L’abbé Chartier au secours du bon sens et de l’homme

Partager sur : TwitterFacebook

Le quotidien L’Opinion a rencontré l’abbé Augustin Chartier, un agronome de formation passionné de questions agricoles. Il a été chargé par l’évêque de Beauvais, diocèse auquel il est rattaché, de réfléchir à la façon dont l’Église catholique évoque les questions liées à l’agriculture, à la terre, à son travail, à la façon de nourrir les hommes et au progrès agronomique. Ses réponses à la journaliste Emmanuel Ducros valent le détour et n’ont rien à voir avec le prêt-à-penser écologiste ambiant…qui déteint de plus en plus sur des catholiques ayant troqué leur catéchisme contre le programme décroissant écologiste.

Écologie intégrale et « maison commune »

Après avoir rappelé que l’encyclique Laudato si de 2015 « n’est pas un texte sur l’agriculture, (mais) une réflexion sur l’écologie intégrale qui s’inscrit dans la lignée des textes de doctrine sociale publiés depuis 1891 par l’Église », il explique qu’il s’agit d' »un bilan écologique large, qui parle de notre rapport d’hommes aux créatures, à la Terre et aux autres qui l’habitent. Car les aspects économiques et sociaux ne sont pas oubliés. On parle d’une « maison commune ». L’abbé rappelle au passage que « l’Église n’apporte pas de réponses définies sur ce qu’il faut faire, ou pas, selon elle. Elle rappelle seulement que l’homme et son environnement sont intrinsèquement liés, comme un tout, et que l’on ne peut pas penser l’un sans l’autre ». Les récupérateurs professionnels en sont pour leurs frais.

Ne pas renoncer à l’élevage

Prenez la question de l’élevage par exemple : se basant sur Gn 1, 1 – 2,4 (l’humain, créé le sixième jour, parachève la création du monde) et Gn 2, 4 – 25 (Dieu crée les animaux pour être des « aides » à l’homme, c’est à lui qu’est donnée la responsabilité de les nommer), le prêtre rappelle que « dans les deux cas, il existe une hiérarchie entre les animaux humains et non humains ». Mais « l’attention portée à l’animal sera à l’image de l’attention portée à l’humain » : « la lecture théologique ne conduit pas à renoncer à l’élevage. Mais clairement, on doit se soucier de la façon dont on le pratique, de manière à éviter toute maltraitance ». L’agronome rappelle souvent à ses amis théologiens qu’ « un éleveur qui ne se soucie pas de ses animaux, de leur bien-être, se nuit à lui-même autant qu’il leur nuit, puisque cela pénalise le rendement, l’économie ». Du bon sens, ajoute-t-il, qui manque toutefois à certains cercles militants.

Un usage raisonné d’outils comme les phytos

Les pesticides ? Laudato si évoque les « produits chimiques, mais pas spécifiquement pour ce qui concerne le domaine agricole, mais l’industrie, au sens large du terme. Le texte parle des excès, qui causent des situations contre-productives. L’esprit du texte n’est pas de poser des interdits. Il est plutôt de promouvoir des usages raisonnés des outils mis au point par l’homme. Avec, toujours, comme souci d’altérer le moins possible la biodiversité de la ‘maison commune’ ». En résumé, le pragmatisme des agriculteurs d’aujourd’hui…

« La technique est quelque chose de bon »

La technique ? « Dans les encycliques dans leur ensemble, la technique est quelque chose de bon, Dieu ayant donné aux hommes la capacité de faire usage de leur intelligence. Il n’y a pas de raison qu’ils ne l’utilisent pas, puisqu’ils en sont doués. Et nourrir les frères humains est une justification au développement d’une agriculture productive ! » Bien sûr, cela « place aussi les hommes devant la nécessité de réfléchir aux conséquences de leurs actes. Devant leurs responsabilités. (…) C’est aussi en cela que l’Encyclique nous invite à réfléchir au souci très ancien de « garder la Terre » exprimée par les Pères de l’Église. C’est un rappel utile. »

La question de l’accès au progrès, donc aux OGM, pour tous

Les OGM ? « Dans l’Encyclique, le pape François en questionne clairement l’usage et ne se montre pas favorable aux « manipulations du vivant ». Le fait que la technique prenne le pas sur celui-ci le conduit à montrer des préventions nettes. Mais encore une fois. Il ne dit pas non. Il met des points d’interrogation. Dans la question des OGM, ce que le pape met en évidence, c’est que ces techniques, accessibles aux plus aisés puisque chères, ne profitent pas à tous. Et cela a pour conséquence directe que les plus pauvres deviennent des « travailleurs précaires » alors qu’il avait une situation vivable. » Bref, les OGM pour tous ou pas d’OGM du tout. Mais pas des OGM seulement pour les riches… C’est décidé, dimanche prochain, je retourne à la messe !

6 commentaires sur “L’abbé Chartier au secours du bon sens et de l’homme

  1. Puisque le sujet des OGM est ici abordé j’ai quand même une pensée pour Axel Khan qui il y a 25 années de cela à tenté de vulgariser les biotechnologies à tout le monde via les médias avec ces explications claires et compréhensible par le plus grand nombre d’entre nous .

      1. Certes, mais sur la fin, il a commencé à être un peu moins carré:

        http://www.forumphyto.fr/2018/09/15/le-point-daxel-kahn-sur-le-glyphosate-la-capitulation-de-la-science/

        Sans oublier ses prises de positions en tant que Président de la Ligue nationale contre le cancer, contre la charcuterie et les nitrites, positions assez hasardeuses vu les données contestables apportées contre l’utilisation des nitrites (en oubliant notamment, les effets positifs de ces nitrites, tant sur la santé humaine que sur la conservation des produits).

  2. Dieu merci, un prêtre qui a la tête sur les épaules.

    Ce qui n’est pas tout à fait le cas d’une partie de sa hiérarchie.
    Ainsi parmi les signataires de l’appel « nous voulons des coquelicots », nous retrouvons Marc Stenger, Évêque de Troyes, Pascal Ruffenach, PDG des éditions Bayard (La Croix, Pomme d’Api…).
    E je pense que c’est loin d’être neutre dans la ligne éditoriale de « La Croix ».
    A la conférence des Évêques de Lourdes, en 2019, l’Évêque de Rennes était accompagné de deux laïcs, agriculteurs (paysans plutôt), de la Conf’, vous pouvez être certain du discours qu’il a pu entendre.
    Idem, j’ai entendu une homélie de l’Évêque de Vannes, Raymond Centène, qui fustigeait l’élevage « industriel », sans aucun argument derrière. Mais quel baltringue, de quel droit se permet il de juger, sait il que cet élevage « industriel » a permis à des milliers de bretons de pouvoir rester travailler au pays?

    L’Encyclique Laudate Si a ceci de bien, c’est qu’elle est tellement vague, que tout le monde y trouve son compte selon sa grille de lecture.

    1. @ douar

      « …..sait il que cet élevage « industriel » a permis à des milliers de bretons de pouvoir rester travailler au pays? »

      >>> Et à combien d’autres de ses « prochains » et leurs enfants de manger tous les jours à leur faim une nourriture de qualité, saine, diversifiée et équilibrée à des prix abordables?

  3. Pour ce qui est de faire passer son idéologie avant la réalité, l’église catholique a beaucoup pratiqué.

Répondre à Zygomar Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *