Abeilles et néonicotinoïdes : « Too Late Show » ou « Too Many Lies » ?

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C’est payé par la redevance publique et ça cible nos ados. Je veux bien sûr parler de France TV Slash. Bien évidemment, ça ne défend pas la francophonie. Ça donne des émissions comme « Le Too Late Show » pour faire avaler à nos enfants de la bonne propagande écolo bien grasse. Dernier épisode sur le sujet qui nous intéresse, un numéro intitulé « Il faut sauver les abeilles ». On vous prévient, c’est lourd de chez lourd :

Fake news et aspiration d’emails

L’animateur commence par une fake news, selon laquelle les Chinois polliniseraient manuellement certaines cultures… par manque d’abeilles. C’est raconté par un mec déguisé en abeille et c’est évidemment faux. Ne jamais croire les abeilles qui parlent :

Ne pas écouter davantage les abeilles géantes qui font la promotion d’une association, Pollinis (« Heureusement pour se défendre, les abeilles peuvent compter sur l’association Pollinis. Pollinis, c’est un peu la CGT des abeilles »). Car non content de donner la parole à de nombreuses reprises et de façon complaisante à l’une de ses représentants, le « Too Late Show » invite aussi à signer l’une de ses pétitions (contre les SDHI), qui servent ensuite à l’association pour effectuer des campagnes de dons, dans la plus pure tradition Laarman.

Après l’apiculteur-YouTubeur Sveniel qui affirme que « l’environnement devient toxique », on entend la dame de chez Pollinis critiquer « les intérêts privés qui sont en jeu » et les opposer à « l’intérêt général »… Dur, dur de ne pas sourire, venant d’entrepreneurs associatifs ! Puis le « Too Late Show » cite un micro-extrait d’une allocution d’un ancien patron de l’Union de la Protection des Plantes et des cultures (UIPP) que le présentateur qualifie de « lobbyiste », étant entendu que Pollinis n’est évidemment pas un lobby…

Une accusation récurrente, de multiples causes probables tues par France Télévisions

On a aussi le droit au fait qu' »en Europe, trois quart des insectes volants ont disparu en trente ans ». C’est évidemment plus compliqué que ça mais ça marche depuis des années, alors pourquoi s’en priver ? De la part d’urbains qui appellent les agris à la moindre invasion d’insectes, c’est drôle… Des urbains si épris d’abeilles domestiques que leurs ruches nuisent à la biodiversité (papillons, bourdons, abeilles sauvages, etc.) de nos villes. Ça, c’est moins drôle !

Le présentateur affirme ensuite, toujours à propos des disparitions d’abeilles, que « le consensus scientifique désigne un principal coupable : les pestoches ou les pesticides (…) produits par les géants de l’agrochimie ». Une accusation classique de la part de France Télévisions. Nos lecteurs ne l’ignorent pas, les néonicotinoïdes sont accusés à tort de tuer les abeilles alors que ceux-ci ont été mis hors de cause (voir ici et ) et que les causes de mortalité de ces insectes semblent multifactorielles (même les apiculteurs en conviennent) : varroa, pratiques apiculteurs, maladie noire, frelon asiatique, recul de la diversité botanique, feuilles de cire (d’origine chinoise) gaufrées polluées, etc.

Tant pis pour les 46 000 emplois de la filière sucrière !

L’émission fait sa fête à Barbara Pompili, le ministre de la Transition écologique, parce qu’elle n’est finalement pas opposée à une dérogation à l’interdiction des néonicotinoïdes pour la filière de la betterave sucrière. Son argumentaire est présenté défavorablement, comme si elle avait renié ses idéaux. « On ne va pas les réintroduire, arrêtez de faire peur aux gens. On a juste quelques dérogations ultra-ciblées sur une filière », « parce que là on tuerait une filière en France » explique-t-elle. Les enjeux économiques ne sont jamais abordés par le « Too Late Show ». Il n’est jamais précisé que la filière sucrière française, c’est 46 000 emplois directs (et combien d’indirects ?) mais aussi que la France est le premier producteur mondial. Une fierté qu’il ne faut surtout pas partager avec nos ados…

À la question de savoir quoi faire, la dame de Pollinis n’est pas aussi claire quand lorsqu’il s’agit d’aspirer les emails des Français. La marchande professionnelle de peur parle « des études nationales, internationales, des plans de transition agricole qui sont sur les bureaux depuis cinq ans, dix ans ». Elle a un scoop pour nous : « Tout ce qu’on appelle agroécologie existe, il y a la possibilité de mettre un plan de transition agricole en s’appuyant sur ces études, il y a la possibilité de revoir les réseaux de financement… » Ok, mais on fait quoi, concrètement ? CON-CRÈ-TE-MENT, je veux dire ! Bref, on n’a rien compris. Puis, elle fait la promotion du bio sans préciser qu’il utilise des phytos et sans nous dire qu’il ne suffirait pas à nourrir sept milliards d’êtres humains. Pourtant, ses interventions sont écoutées religieusement, respectées, valorisées même : elle est considérée par le « Too Late Show » comme objective. La parole de l’ancien patron de l’UIPP est, elle, systématiquement tournée en dérision et remise en cause.

Complotisme et terrorisme écolo

Signe qu’il y a deux complotisme dans notre société, l’interdit et l’autorisé (pour ne pas dire l’encouragé), on a ensuite le droit à une séquence d’anthologie sur le SCOPAFF, une sorte de Davos des pollueurs. Pollinis explique ensuite que « l’agrochimie est en train de gagner ». C’est flagrant ! « Au niveau européen, les producteurs de pesticides sont en train de réécrire peut-être pas la loi mais en tout cas les processus d’homologation des pesticides » se plaint-elle. Disons que les processus d’homologation écolos qui visent à interdire tous les phytos sauf ceux utilisés en agriculture bio (pour remplacer le conventionnel par le bio) ne conviennent pas tout à fait aux producteurs de ces mêmes phytos, c’est compréhensible, non ? L’émission s’achève sur un couplet anti-SDHI (« Les associations de défense des abeilles considèrent déjà le SDHI comme le prochain scandale sanitaire contre les butineuses ») et par une apologie des actions de La Ronce, un groupuscule extrémiste qui appelle à ouvrir les paquets de sucre dans les supermarchés pour les rendre impropres à la consommation mais aussi à dégonfler les pneus des SUV, au risque de provoquer des accidents graves… De vrais irresponsables, les uns comme les autres. On s’lâche sur France Télévisions…

7 commentaires sur “Abeilles et néonicotinoïdes : « Too Late Show » ou « Too Many Lies » ?

  1. A propos de redevance que paient (presque) tous les Français, on ne peut que déplorer que France Télévision, sur touts ses chaines, fasse la promo, dans ses reportages et documentaire, du bio (5 % de l’agriculture française) et dénigre systématiquement l’autre agriculture (95 %) qui nourrit la majorité des Français et bien d’autres habitants de la planète.

    1. TF1 fait exactement pareil. Il suffit de voir l’émission de cuisine juste avant les info de 13h. La promo du bio est partout. Elle est imposée par l’Etat en réalité.
      J’ai même vu des pub de produits bio dans des revues de chasses…

  2. En fait, tout ceci est caractéristique de l’esprit socialo-étatiste dans lequel baigne la France depuis la fin de la guerre.
    Une vision manichéenne du « méchant industriel » contre « le gentil intérêt général ».
    Sauf que :
    – l’intérêt général, cela n’existe pas !!! Il n’y a même aucune loi, ni même d’article de la Constitution qui définisse l’Intérêt Général.
    En fait, c’est impossible à définir. Tout simplement parce que l’intérêt des uns est contraire ou opposé à l’intérêt des autres.
    Prenons un exemple avec les écolos :
    – L’intérêt des écolos c’est d’avoir un environnement « naturel » (avec des oiseaux qui gazouillent, des grillons qui grillonnent etc etc etc) pour se balader tranquillement !!! Leur intérêt est purement « romantique ».
    – L’intérêt des citoyens (dont les écolos font partis) c’est de pouvoir manger à sa faim, d’avoir un toit, et un travail.
    – L’intérêt des agriculteurs, c’est de fournir de la nourriture à tout le monde, le efficacement possible.
    On voit bien immédiatement que l’intérêt des écolos s’oppose déjà à celui des citoyens: comment préserver la nature si en même temps il faut détruire la nature pour construire des maisons et cultiver des champs !
    On voit aussi que l’intérêt des écolos s’oppose à celui des agriculteurs.
    On voit aussi que l’intérêt des agriculteurs s’oppose à celui des citoyens : les uns veulent garder leurs champs, les autres veulent construire des maisons et des usines…
    Bref, l’intérêt général n’existe pas. C’est une fable pour faire accepter aux citoyens les mesures coercitives d’un petit groupe de personne qui défendent… Leur intérêt particulier !!!

  3. Le constat sur le terrain dans le Grand Est
    Quasiment toutes les exploitations professionnelles spécialisées dans la production de miels des années 80 ont trouvé des repreneurs souvent les enfants en individuel ou en société ( Gaec Earl )
    Le nombre de nouveaux exploitant installés a explosé les dernières années
    Le nombre de ruches est en forte augmentation comme dans le reste du pays .
    Cette activité agricole reste très attractive malgré certains problèmes sanitaires ou du a une météo parfois défavorable a la production .

  4. @ Daniel 57

    « Le nombre de nouveaux exploitant installés a explosé les dernières années »
    « Le nombre de ruches est en forte augmentation comme dans le reste du pays . »

    > > > Et sur ce grand nombre « d’exploitants » résultant d’une « explosion » au cours de ces dernières années, pensez-vous que tous sont compétents, expérimentés, respectueux des principes et des critères des bonnes pratiques de la profession….

    1. file:///C:/Users/UTILIS~1/AppData/Local/Temp/MicrosoftEdgeDownloads/50fe72d5-f84f-4e40-9075-b9d59f3015d9/vetsci-07-00166-v2.pdf

      Factors Associated with Honey Bee Colony Losses: A Mini-Review

      Peter Hristov 1,* , Rositsa Shumkova 2 , Nadezhda Palova 3 and Boyko Neov 1
      Vet. Sci. 2020, 7, 166

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