Arrêtés anti-phytos interdits par le Conseil d’État : les maires n’étaient que la chair à canon des ONG

Le Conseil d’État a rendu le 31 décembre 2020 une décision qui fera jurisprudence : il interdit aux maires de prendre des arrêtés antiphytos sur le territoire de leur commune. C’est donc la fin d’un long feuilleton juridique qui a démarré au printemps 2019, lorsque le maire de Langouët (Ille-et-Vilaine), Daniel Cueff, a pris un arrêté interdisant l’usage des pesticides à moins de 150 m de tout bâtiment d’habitation ou professionnel. Cette décision avait été suspendue en août 2019 par le préfet.

Félicitons-nous de ce retour à la raison décidé, sans recours possible, par notre cour suprême administrative. Mais celui-ci ne doit pas nous faire croire que la guerre est gagnée. Il ne s’agissait que d’une bataille. Car ces arrêtés n’avaient rien de spontanés. Ces maires, et particulièrement le premier édile de Langouët, n’étaient que des pions envoyés par des ONG dont cet arrêt du Conseil d’Etat ne changera pas les agendas.

Et oui, sans elles, il n’y aurait jamais eu d’arrêtés antipesticides, révélait Géraldine Wœssner en octobre dernier dans Le Point :

« À l’origine de la fronde des maires qui se sont élevés, en cette rentrée préélectorale, contre les épandages au nom de la « protection de [leur] population », se trouve une minuscule association des Yvelines, Ragster, créée il y a un an dans la commune de Bazemont. Ses membres ont fourni au maire de Langouët, Daniel Cueff, qui, dit-il, n’y aurait « jamais pensé tout seul », un texte clés en main. Ragster est constituée en apparence d’anonymes, mais on y retrouve un nom bien connu des militants de l’écologie radicale, Aline Read, très proche de l’association Générations futures et du mouvement Nous voulons des coquelicots. « Je l’ai rencontrée dans une chorale, explique le président de Ragster, Jean-Yves Bohic, chimiste à la retraite. Notre idée au départ, c’était de racheter des terres agricoles autour des habitations. Puis les amis d’Aline ont pensé à cet arrêté. Son mari l’a rédigé… ». On insiste, quels amis ? « Ben, en fait… On milite en relais du mouvement des Coquelicots. L’arrêté, c’était leur idée. » Les maires de la région ne sont pas convaincus. « Ils sont venus nous voir avec un tract hyperviolent », se souvient le maire de Bazemont, Jean-Bernard Hetzel, qui les éconduit poliment. Aline Read approche alors le sénateur EELV Joël Labbé, à l’origine de la loi interdisant les produits phytosanitaires aux collectivités, et lui demande de « trouver un maire militant pour prendre cet arrêté ». Ce sera Daniel Cueff, activiste antinucléaire reconverti dans la lutte contre les pesticides. Si le mouvement a pris avec une rapidité foudroyante, c’est parce que le terrain était préparé. »

Par les ONG. Car

« Il y a quelques années, le thème des pesticides n’existait pas pour le public, rappelle Eddy Fougier, chercheur associé à l’Iris et spécialiste des mouvements protestataires. Quelques associations agissaient contre le Régent, le Gaucho, des pesticides dangereux pour les agriculteurs et pour les abeilles. »

Puis Le Point rend à César ce qui est à César. Le mouvement anti-phytos doit beaucoup à François Veillerette, conseiller à la vie scolaire (aucune qualification ni compétence dans le domaine qui nous intéresse), et à ce que deviendra quelques années plus tard Générations Futures :

« Le champ était libre, il va l’occuper tout entier, avec un succès fulgurant. Pour gonfler son influence, le mouvement s’appuie sur un réseau d’associations (Greenpeace, PAN Europe, Agir pour l’environnement…) et s’impose, sans réelle compétence, comme interlocuteur incontournable auprès des autorités. Veillerette se multiplie : il crée des organisations parallèles (le Réseau environnement santé, le Rassemblement pour la planète…). »

Avec les années, notre marchand de peur préféré, se professionnalise et son mouvement prend une toute autre dimension :

En 2010, il convainc une dizaine de familles « victimes des pesticides » de se rassembler en association pour attaquer les fabricants en justice, notamment Monsanto. Les agriculteurs « ont initialement attribué leur maladie à leur propre responsabilité et à leur négligence, écrit le sociologue Jean-Noël Jouzel dans l’enquête qu’il consacre à la naissance du mouvement (1). Ce n’est que par la suite, par l’intermédiaire d’interactions avec Générations futures (…) qu’ils commencent à imputer leurs souffrances aux acteurs qui fabriquent des pesticides ». Le discours anticapitaliste, aux accents d’apocalypse, séduit les partisans d’une écologie radicale, comme Fabrice Nicolino, fondateur du mouvement Nous voulons des coquelicots, et des journalistes en vue. « Cette organisation a été très habile dans ses campagnes, estime Eddy Fougier, car la réalité, c’est qu’on utilise beaucoup moins de pesticides que dans les années 1980, et des molécules moins dangereuses. Ils ont évolué grâce à un tour de passe-passe génial, en imposant le débat sur les traces de pesticides ! On ne parle plus seulement de la santé des professionnels, mais de celle de tous. »

La manipulation de masse commence, sans qu’aucun contre-pouvoir n’émerge ni ne réponde efficacement alors que les faits ne sont pas du côté des écolos :

Les campagnes alarmistes de Générations futures, au moment où plusieurs scandales ont érodé la confiance et où l’on s’interroge sur l’innocuité des vaccins, ébranlent profondément l’opinion : carte de France des pesticides, analyses de cheveux, taux de glyphosate retrouvés dans l’urine ou les aliments, présentés sans explications scientifiques, sont largement relayés par les médias, installant le sentiment que l’agriculture conventionnelle nous empoisonne… tous.

L’arrêt du Conseil d’Etat est donc une excellente nouvelle, du point de vue de la science, mais il ne résout pas l’énorme problème posé en France par la propagande mensongère des ONG. Au-delà de la justice administrative, le combat est culturel. Et celui-ci est très loin d’être gagné.

Commentaires
  1. JG2433
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