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Et si on débattait (enfin) du principe de précaution ?

debateLe 24 juin, l’ANSES et la chaire « développement durable » de Sciences Po organisent un colloque intitulé « Risques sanitaires, précaution et innovation »

L’introduction de la présentation du colloque est intéressante en mettant le doigt sur le cœur du problème lié au principe de précuation :
« Dans le contexte économique difficile que connaissent la France et une bonne partie des pays européens, caractérisé par une panne de la croissance et des effets collatéraux préoccupants sur le plan social et économique, la compétitivité des entreprises est perçue comme un moteur de croissance qu’il faudrait débrider.

 

Certains considèrent que le principe de précaution conduit à des excès de prudence, freine la créativité scientifique et nourrit une anxiété injustifiée, ou a minima disproportionnée, des citoyens face au développement technologique et à l’avenir de nos sociétés : en bref, l’esprit de précaution, le « précautionnisme » ainsi qu’il est parfois désigné serait nuisible à l’innovation et à la performance des acteurs économiques dans une compétition mondiale où les règles du jeu ne sont pas les mêmes pour tous. Pour d’autres, qui évoquent des précédents tristement célèbres du point de vue de leurs conséquences environnementales et sanitaires (e.g. le DDT, l’amiante, le plomb dans l’essence, ou diverses substances chimiques ayant contaminé durablement l’environnement), la référence au principe de précaution ne peut qu’inciter à plus de clairvoyance dans la mise en marché de certains produits et plus généralement dans les choix technologiques. »

On croit même rêver en lisant la suite :
« Dans les deux cas la recherche et l’expertise scientifiques sont mises à contribution, quand elles ne sont pas objet de controverses, qu’il s’agisse de disposer des connaissances pour juger de la plausibilité des dommages, d’établir la proportionnalité des mesures de régulation envisageables, d’évaluer l’existence d’alternatives, ou encore qu’il s’agisse d’inciter à davantage d’audace et de créativité en vue d’affronter les défis du futur. Dans les deux cas la responsabilité des décideurs est engagée et critiquée, soit pour s’être retranchée derrière le caractère nécessairement incomplet ou incertain des connaissances scientifiques, soit pour avoir privilégié une logique économique court termiste au détriment d’enjeux collectifs sanitaires et environnementaux de long terme. »

Enfin un colloque qui ose poser clairement la question du principe de précaution ! Chouette ! Mais avant de bloquer tout de suite la date dans votre agenda, je dois malheureusement aller au bout de la présentation et vous faire part des objectifs du colloque. Et là, on se rend compte qu’il ne s’agit que d’une opération de sauvetage du principe de précaution. En même temps, comment avoir pu penser une seconde que Sciences Po oserait donner un coup de pied dans la fourmilière et remettre en cause le politiquement correct. Car à lire les objectif du colloque, on sent bien vite que les débats vont être à sens unique :

Remettre à plat le principe de précaution dans une volonté de compréhension partagée des motivations politiques initiales et de son application depuis son inscription dans la constitution française.

  • Observer comment l’approche de précaution est pratiquée et comment elle évolue dans d’autres régions du monde.
  • Interroger le rôle et les responsabilités des différentes parties prenantes (pouvoirs publics, agences, entreprises, recherche) dans l’application le principe de précaution
  • Interroger la capacité des acteurs (économiques) à s’approprier le principe de précaution dans une vision systémique et à gérer l’incertitude sur un temps long
  • Illustrer en quoi l’application du principe de précaution peut être un facteur d’innovation, voire d’avantage compétitif.

Interroger la notion même d’innovation dont les implications ne sont pas que techniques et économiques mais aussi sociales. Ne sommes-nous pas en demande d’innovations plus inclusives ?

Dommage. On avait cru un instant que la science serait à l’honneur. Mais non !

22 commentaires

  1. On devrait surtout l’appliquer comme il a été défini dans la loi : »les autorités publiques veillent… à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques  »
    Combien de procédures d’évaluation ont été mises en oeuvre ?

  2. La principe de précaution, on pourrait poser la question aux Grecs, ce qu’il en pensent, et encore ils n’ont pas tout vu le meilleur pour eux est à venir dans les prochains mois.

    Combien de mois avant le bail-in en France?

    http://ca.reuters.com/article/businessNews/idCAKBN0OD14Z20150528
    http://bourse.lesechos.fr/infos-conseils-boursiers/actus-des-marches/infos-marches/l-ue-somme-11-pays-dont-la-france-d-adopter-les-regles-sur-les-defaillances-bancaires-1053541.php

    Voila une information très très peu relayée par les médias ! et dans tous les cas non commentée, pourtant le second indice du séisme économique à venir.

    Combien de mois durera le principe de précaution une fois le bail -in appliqué ?

    Cette obsession de la « précautionite » apparaitra bien au dessus de nos moyens et ce qui valait sous forme emphatique pour les technologies aura été ignoré pour l’économie, même pas la plus élémentaire prudence, prudence dont font preuve les allemands en réduisant leur dette.

    Rappelons que cela correspond à ce qu’ont vécu les chypriotes mais en beaucoup plus violent, la limite des 100 000 euros par compte a été respectée dans le cas des chypriotes, dans le notre, très incertain.

    Quelle légitimité les hommes et femmes politiques conserveront une fois le bail in prononcé, la douche économique, froide, glaciale, vécue( très mal) par la quasitotalité des français.

    Peuvent sortir du lot, éventuellement François Fillon et quelques économistes qui ont posé les cartes sur la table et expliqué ce qui allait se passer si la dette enflait à l’excès, le président de la cour des comptes aussi , pour faire bon poids et équilibrer le réalisme de part et d’autre de l’échiquier.

    Alors le principe de précaution, porté par NKM, lourde responsabilité, voté sous Chirac et repris en cœur par la gauche … secondaire et bientôt « has been » une fois le bordel économique enclenché.

    Tant que le citoyen ne touche pas du doigt un fait désagréable mais certain, inutile d’aller contre le sens du poil… vu la date, cette conférence est donc dans le ton de rigueur de l’époque et non pas dans le ton rigoureux.

  3. Dans la presse luxembourgeoise, on est plus loquace et on explique ce que cela implique : http://www.wort.lu/fr/economie/mise-en-place-de-l-union-bancaire-la-commission-rappelle-le-luxembourg-a-l-ordre-556880c70c88b46a8ce5a28f

    Pourquoi traiter d’économie, alors qu’il est question de technologies avec le principe de précaution, seuls les bobos et les imbéciles ne verront pas le lien, sinon lire : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1624

    Note de lecture sur l’essai « La peur est au-dessus de nos moyens – Pour en finir avec le principe de précaution »
    Jean de Kervasdoué. Plon, 2010, 235 pages, 19 €

  4. Je change de sujet (quoique…) :

    http://agriculture.gouv.fr/Projet-arrete-modifie-flavescence-doree

    Complètement débile !

    • Une bonne épidémie, ça serait pédagogique, unesorte de piqure de rappel…

    • en quoi c’est débile ?
      un peu d’explication de texte ne nuirait pas , svp.

  5. Cette annonce de colloque fait exactement ce qu’il ne faut pas faire : mettre en balance le principe de précaution et la compétitivité économique.

    • C’est toujours ce débat, et c’est précisément le rapport cout bénéfice de l’innovation. Le problème du principe de précaution c’est sa nature même de principe, de dogme. Étant un préalable à la réflexion il met l’innovation en position de faiblesse face au conservatisme. Il faut détruire le dogme, de façon absolu (et pas uniquement par rapport à un enjeu économique) et systémique.

  6. Opposer principe de précaution et économie est en fait totalement stupide, mais c’est le jeux classique de l’on conçu, qui le défendent actuellement. Le risque technologique et sanitaire d’un coté, les bénéfices économiques de l’autre, et on oppose les deux, une approche très marxiste de bas étage voire de caniveaux, qui fait rigoler vu l’utilisation des insecticides dans les plan quinquennaux.

    Il est intéressant de prendre le cas du DDT en 1974 contre le paludisme ou plus récemment du malathion contre le chikungunya, la balance n’était pas et n’est pas économique mais oppose un petit risque anthropique ( toxicité chronique du moyen chimique comme pour les médicaments) contre très gros risque naturel ( épidémie) .

    Le chikungunya a ravagé les Antilles et la Polynésie française, plusieurs centaines de milliers de malades par zone, et plusieurs centaines de morts, plus de 200 morts respectivement aux Antilles et en Polynésie, lorsque l’on applique le ratio ( mortalité 1/1000 qui est bien en deçà des services de santé du Quebec qui penchent pour 4/1000) plus les séquelles pour 10 à 20% des malades soit quelques dizaines de milliers.

    La Nouvelle Calédonie qui a réagit correctement, utilisation rationnelle du malathion, a été en relatif épargnée.

    La Guyane dans un premier temps rationnelle grâce au ministère de la santé, vient de basculer dans le principe de précaution, il est intéressant de suivre les conséquences: chikungunya puis bientôt Zika qui vient du Brésil. Au Brésil, en Guyane sud les politiques aussi appliquent un « principe de précaution » par défaut…de moyens, dans la zone amazonienne mais à cause de l’incapacité à mobiliser les moyens de lutte ( désorganisation et surtout manque de moyens financiers) alors que coté guyanais c’est la métropole qui paie, pour l’instant, mais les politiques qui refusent d’utiliser ces moyens pour protéger les populations.

    Très dur d’avoir des données sur l’épidémie ce mois de mai en Guyane par l’ARS, presque l’omerta, cela doit flamber dur.

    Les chiffres d’avril traduisent une plage de temps qui fait suite aux pulvérisations de malathion de fin mars, alors que les mois de mai et surtout juin s’annoncent, en terme de progression des malades en Guyane, passionnants. Des morts bien naturelles, des morts bien vertes.

    De ce point de vue Karg a raison: « Une bonne épidémie serait pédagogique, une sorte de piqure de rappel » une épidémie bien prévue, les moyens de l’éviter proposés mais refusés par le politique en raison du principe de précaution, drôle de précaution, drôle de politique , il est vrai.

    Je n’arrive toujours pas à comprendre que s’appuyant sur un risque chimique, anthropique, un plan de réduction drastique de la prise médicamenteuse ne soit pas appliqué en France, réduction de moitié en volume et en valeur sur 5 ans.
    Visiblement le principe de précaution est bordé coté consommation de médocs dont la France est toujours un des champions mondiaux par tête d’habitant, sans que la sécu proteste.

    • « consommation de médocs dont la France est toujours un des champions mondiaux par tête d’habitant » –
      C’est tout à fait normal puisque ces médocs sont « gratuits ».
      Et ce n’est pas en généralisant le tiers payant que nous allons aller vers la responsabilisation des consommateurs.

      • C’est pas tout à fait vrai :
        Nous sommes dans la moyenne en Europe .
        il n’y a que deux médicaments dont la conso reste la plus élevée d’Europe :
        les antibiotiques et les anxyolytiques .
        Dire que les médicaments sont gratuits est une absurdité : la part pris en charge pas la S.S. n’arrête pas de diminuer et ce sont les complémentaires privées qui prennent le relais (bonjour le coût pour les familles à bas revenus )
        Il faut savoir que ce qui coûte cher (80% des coût ) à la sécu c’est 10% des malades (maladies graves nécessitant une longue hospitalisation et des traitements lourd .Vous souhaitez qu’on débranche les cancéreux et autres ?
        Il y a surtout l’Homéopathie ( 200 millions d’Euros ) et les bains d’eau chaude (même coût ) dont on connait l’inefficacité .

        Et puis le fait que (vous , moi , la plupart des français ) n’admettent pas de sortir de chez le médecin sans une ordonnance !?

        Que chacun balaye devant sa porte avant d’accuser les autres !

        • Nous sommes d’accord.
          Le « gratuit » avec le tiers payant est une fausse gratuité.
          C’est effectivement la partie « mutuelle » qui prend de plus en plus de poids. Et les cotisations mutuelles vont à l’avenant.

        • C’est à dire que moi qui ai besoin d’un traitement à vie contre l’hypertension, la réglementation m’oblige à aller voir mon médecin tous les six mois pour me faire renouveler mon ordonnance. Ce n’est pas moi qui exige de mon médecin une ordonnance, c’est mon état de santé et la réglementation qui m’oblige à le consulter pour cela. On pourrait peut être espacer un peu les consultations, ça ferait des économies, non ?

  7. Ce que l’on trouve sur le site de l’ARS Guyane au 31/05/201:

    Dernier point épidémiologique relatif au Chikungunya dans les départements français d’ Amérique (10 avril2015)

    lire aussi, excellent http://www.jim.fr/medecin/actualites/pro_societe/e-docs/chikungunya_en_guyane_fallait_il_reellement_renoncer_au_malathion__152063/document_actu_pro.phtml

    En matière de silence radio des autorités sanitaires:
    http://polynesie.la1ere.fr/2015/05/15/silence-radio-sur-le-chikungunya-aux-iles-cook-256261.html

    « On vient d’apprendre que l’épidémie de chikungunya a atteint les îles Cook. Selon le journal Cook Island News, les autorités sanitaires du pays ne peuvent pas communiquer sur une possible épidémie de chikungunyna qui s’étendrait dans l’archipel. La seule personne autorisée est le directeur de la Santé, le docteur Neti Herman.
    Mais jusqu’à présent, il n’a pas encore parlé.
    Selon les journalistes, plusieurs sportifs qui doivent participer aux Jeux de Papouasie-Nouvelle Guinée seraient malades. Ils ne pourraient donc plus s’entraîner. Mais de nombreux habitants de tous âges seraient également atteints par le virus. »

    Politique de l’omerta qui rappelle l’épidemie de sang contaminé, pas au niveau du ministère de la santé mais bien des politiques, au nom du principe de précaution.

  8. > « Dans le contexte économique difficile que connaissent la France et une bonne partie des pays européens, caractérisé par une panne de la croissance et des effets collatéraux préoccupants sur le plan social et économique, la compétitivité des entreprises est perçue comme un moteur de croissance qu’il faudrait débrider.

    Après deux siècles de « science économique », nous n’avons toujours pas compris que l’activité économique consiste fondamentalement à 1) transformer 2) des ressources naturelles.

    Et comme la plupart de ces ressources ne sont pas renouvelables, la croissance ne peut que connaître un pic avant de décroître.

    Mais comme peu d’économistes ont une formation scientifique avant d’être économiste, ils peuvent continuer à rêver d’une économie hors-sol.

    « Croissance forever ? »
    http://www.youtube.com/watch?v=e8UFFvACib0

    • « Y a-t-il vraiment un risque d’épuisement des ressources ? »
      http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2185

      • Merci Alex, tu m’épargnes cette peine…
        Il y a d’autres livres cadre sur le sujet, malheureusement pas en français.

      • il y a par contre un risque important de tarissement de l’approvisionnement des ressources ( comme le pétrole )
        Parce que les risques sont politiques , surtout !

    • @vincent :
      vous avez quoi comme formation pour donner des leçons au économistes que visiblement vous connaissez peu .
      Vous croyez qu’ils n’ont pas intégré tout ce que vous leur reprochez ?

      Vous avez une vision étriqué , je crois .

      • Il a tout appris dans Malthus, le plus grand économiste de tous les temps. Avec le Club de Rome ! Hi, hi, hi !

  9. Une info que je n’aurai jamais cru lire dans un canard français!

    Américain ou québecois, oui! mais français!

    « Le moustique-tigre a fait son apparition pour la première fois dans les Alpes-Maritimes, puis a colonisé le couloir rhodanien. Depuis l’an dernier, il a migré vers l’Alsace, Paris et la vallée de la Loire. Les autorités françaises ont placé ce vecteur de la dengue et du chikungunya sous une surveillance accrue.
    « On le chasse toute la journée »

    À la Grande-Motte, dans l’Hérault, dès que le marais prend l’eau, un avion doit pulvériser des insecticides en permanence pour éviter la prolifération du moustique. Depuis quelques années, les habitants de la région subissent des attaques sans précédent. « Cette année, ils sont précoces. Cela fait plus d’un mois que l’on fait la chasse toute la journée », déplore une retraitée. Pour l’éradiquer, l’option serait de développer de nouvelles molécules, mais les industriels ne sont pas intéressés. »

    http://www.francetvinfo.fr/animaux/environnement-la-proliferation-du-moustique-tigre_908799.html

    Grande panique, les chasseurs de moustiques disent une vérité que l’on connaissait, par indiscrétions diverses, déjà, mais de là à l’écrire dans la presse, fut-elle régionale… »À la Grande-Motte, dans l’Hérault, dès que le marais prend l’eau, un avion doit pulvériser des insecticides en permanence pour éviter la prolifération du moustique » ouf! rien que cela même si c’est du Bacillus thuringiensis israelensis, en outre suffit pas si la multiplication est rapide et les adultes décollent.

    L’épidémie n’est pas loin!

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