Même si Philippe Desbrosses, président de l’association Intelligence Verte et organisateur des Entretiens de Millançay, n’apparaît pas directement dans les groupes du Grenelle de l’environnement, son influence est indiscutable. En étant membre du conseil d’administration de Crii-Gen, l’association anti-OGM dirigée par son amie Corinne Lepage, ou en étant membre du comité de veille scientifique de la Fondation Nicolas Hulot, ou encore en participant à L’Alliance pour la planète, elle-même pilotée par le très « institutionnel » WWF, Philippe Desbrosses est incontournable sur les questions liées à l’agriculture biologique. De plus, Maria Pelletier, une de ses amies et présidente d’Objectif Bio, une association créée par Philippe Desbrosses, est présente dans le Groupe 4 consacré entre autres aux activités agricoles.

    A première vue, Philippe Desbrosses donne l’image d’une personnalité mesurée, pragmatique et assez institutionnelle, bien qu’il déclarait en 2005 porter le même regard, toutes proportions gardées, sur les Faucheurs Volontaires « que (ses) parents sur la résistance contre le nazisme ». Toutefois, on l’a rarement vu aux côtés des écologistes les plus radicaux étant donné que le « pape de la bio », comme on le surnomme quelquefois, n’a en effet jamais fauché de champs OGM, que ses propos sont rarement repris dans la revue radicale L’Ecologiste, qu’il ne fréquente pas les réunions des adeptes de la décroissance et qu’il reste très discret sur les activités de l’association Kokopelli. Philippe Desbrosses est sans doute plus à l’aise dans les milieux de l’écologie bo-bo…

    De plus, depuis qu’il a repris l’exploitation de ses parents (convertie bien sûr en bio) et son adhésion à Nature & Progrès au début des années 70, Philippe Desbrosses a joué un rôle essentiel pour faire reconnaître l’agriculture biologique au niveau institutionnel. En 1978, il fonde la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) avec trois autres membres de Nature et Progrès. Il négocie aussi, entre 1980 et 1983, l’officialisation et la certification de l’agriculture biologique auprès des pouvoirs publics et est élu au comité de direction de l’International Federation of Organic Agriculture Movements (Ifoam) qui le charge des premières négociations à Bruxelles pour faire aboutir la reconnaissance de l’agriculture biologique au niveau européen. Enfin, il est également conseiller-expert à la CEE depuis 1983 et au Parlement européen depuis 1985.

    Il faut ajouter que Philippe Desbrosses a aussi une casquette de chef d’entreprise, renforçant son image de pragmatisme. En effet, avec comme base son exploitation familiale de la Ferme de Sainte Marthe située en Sologne, Philippe Desbrosses s’est lancé depuis longtemps dans le « bio business ». Cela fait plus de vingt ans, par exemple, qu’il édite un catalogue tout en couleur d’une centaine de pages pour proposer à la vente des semences bio – le Catalogue de la Ferme de Sainte Marthe – qu’il a vendu, en 2001, à Graines Voltz. La Ferme de Sainte Marthe est également, avec l’aide de son comparse Jean-Yves Fromonot, le lieu de formations diverses : cuisine bio, jardinage bio, etc., à l’attention de « ceux qui souhaitent devenir des rurbains, c’est-à-dire trouver une activité équilibrée entre la ville et la campagne ». Il est à noter qu’il y a aussi des stages de formation en agriculture biologique, censés préparer la conversion d’agriculteurs traditionnels en bio, mais qui attirent surtout des jeunes issus des mouvances écologistes et peu d’agriculteurs professionnels puisque ceux-ci représentent à peine 10% des participants.

    Cependant, l’image « modérée » de Philippe Desbrosses ne doit pas faire oublier son idéologie écologiste catastrophiste et mystique, que l’on trouve présente aussi bien dans ses livres que dans ses discours.

      email