Reconversion à une agriculture paysanne

Marc Dufumier prône « une reconversion à une agriculture paysanne », parce que, selon lui, « on a été trop loin dans les mécanismes de spécialisation et de détérioration ». Et bien qu’il dénonce constamment « les méfaits de l’agriculture industrielle » et la « chimisation parfois outrancière de notre agriculture », il laisse en général à d’autres de détailler l’impact de l’agriculture conventionnelle sur l’environnement. Lui-même déclarait avec prudence, il y a quelques années : « Je suis devenu consommateur de produits biologiques plus à cause de la traçabilité et pour des questions de saveur, que pour des questions de santé. (…) Mais pour la santé le bilan n’est pas évident, ça reste à prouver. »

Les arguments de Marc Dufumier en faveur d’une agriculture paysanne sont davantage d’ordre économique, tels qu’il les a développés encore récemment lors d’une conférence en mars 2007. En effet, selon lui, la vocation exportatrice de la France ne situe pas dans la nécessité de nourrir le monde et propose plutôt de « réorienter notre agriculture vers le marché solvable », en ne faisant non pas des « produits standards mais des produits de qualité », c’est-à-dire des produits artisanaux de terroirs. Et il rappelle à ce sujet que « déjà dans notre excédent de la balance commerciale, les 2/3 sont des vins, des spiritueux et des fromages ». Il conclut : « On a fait de nos terroirs difficiles, un atout et un avantage comparatif sur le marché mondial. Et c’est ça que nous exportons aujourd’hui au sein de l’Europe et à l’extérieur, jusqu’aux Etats-Unis. C’est ça qu’il nous faut continuer de poursuivre. »

Derrière ce discours qui fleure bon « la France qui gagne », il oublie par exemple de dire que l’ancrage dans un terroir ne constitue pas l’atout ultime dans la compétition économique mondiale. Pour preuve, la crise actuelle qui touche depuis quelques années le vin français de qualité, concurrencé en France comme dans le monde entier par les vins venant d’Amérique du sud, des Etats-Unis, d’Australie ou d’Afrique du sud. En outre, Marc Dufumier fait mine d’oublier aussi une des raisons de la hausse des prix agricoles (qui n’est pas prête de s’arrêter) : l’offre mondiale insuffisante en lait, céréales, etc., autrement dit tous ces produits « standards » que l’agronome aimerait que la France cesse de produire ! Or le grand atout de la France dans ce type de denrées, c’est qu’elle est le pays dont la production, en termes de rendement, est le plus stable en Europe – un avantage indéniable en ces temps de quasi pénuries. Bref, quand l’agronome Marc Dufumier enfile son costume d’économiste, il néglige un petit détail : le monde réel.

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