OGM : pas contre… tant qu’on n’en fait pas

Marc Dufumier est convaincu que les OGM ne permettront pas de nourrir ceux qui ont faim, car ces derniers sont dans leur grande majorité des paysans non solvables, incapables donc de payer chaque année leurs semences. Toutefois, même devant des audiences de militants anti-OGM, il se fait de temps à autres plus mesuré. Il affirme ainsi « qu’il ne faut pas diaboliser les OGM en tant que tels. Il faut toujours étudier les OGM au cas par cas. Les scientifiques doivent faire à chaque fois la démonstration de leur utilité et de leur innocuité. A eux de convaincre. » Il ajoute même que « le seul OGM qui trouverait peut-être grâce à mes yeux est le riz doré », à condition qu’il n’y ait pas de brevet Terminator, qu’on soit sûr qu’il n’y a pas de transfert du gène vers une espèce sauvage lui donnant un avantage sélectif, et qu’il ne provoque pas d’allergie. Et de conclure : « Je ne crains pas d’affirmer que si ça pouvait aider, je serais favorable à cet OGM. » En fait, Marc Dufumier ne veut pas diaboliser les OGM en tant que technique. En revanche, il pense « que le diable se camoufle sur leurs conditions de naissance : à savoir qu’effectivement c’est la rentabilité du capital, et d’un capital de plus en plus monopolistique, qui est à l’origine de tout ce qui nous arrive ». Et parlant des « grosses entreprises agroalimentaires », il déclare : « Je crois que l’ennemi n’est pas en tant que tel l’OGM que ces puissances-là. »

Cependant, il ne faut pas non plus trop se leurrer en ce qui concerne la relative bienveillance de Marc Dufumier à l’égard de la technique des OGM. Evoquant les dangers pour l’environnement, il affirme qu’il y a des « choses sur les OGM où on sait que la probabilité est plus faible, et comme pour le nucléaire, elles sont infinitésimales. » Et de conclure : « Je pense que le principe de précaution doit s’appliquer dans ces cas-là. » Il s’agit là d’un principe de précaution absolu, appliqué s’il n’y a pas la garantie du risque zéro puisqu’il déclare : « On n’a pas le droit de se lancer dans des trucs où il y a des risques très faibles mais non nuls. Il y a des moments où le principe de précaution doit s’appliquer en totalité, on dit non, on ne prend pas ce risque aussi petit soit-il. » Etant donné que le risque zéro – et Marc Dufumier en est parfaitement conscient – n’existe pas, l’agronome condamne de façon définitive la technique des OGM, sans paraître trop extrémiste.

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