Digne héritier de René Dumont ?

Dans l’article du Nouvel Obs, Marc Dufumier est aussi présenté comme « l’héritier direct de René Dumont, le père de l’écologie française ». De fait, il est un ancien élève de René Dumont et titulaire de la chaire du célèbre agronome écolo. Il semble que M. Dufumier voue à son prédécesseur une grande admiration puisqu’il a occupé le poste de vice-président de l’Association pour la création de la Fondation René Dumont (à ce jour dissoute, n’ayant pas réussi à mettre sur pieds cette fondation) et a dirigé un ouvrage collectif intitulé Un agronome dans son siècle. Actualité de René Dumont.

Rappelons que René Dumont, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 1974 soutenu par les Amis de la Terre, a embrassé la cause écologiste au tout début des années 70, après avoir été « saisi à la gorge » par les perspectives catastrophistes des études Halte à la croissance ? du Club de Rome et Changer ou disparaître de The Ecologist. Depuis ce moment-là, Dumont adopta une vison malthusienne du monde, considérant jusqu’à la fin de sa vie que « la plus grave menace pour l’avenir de l’humanité reste l’explosion démographique, la prolifération du plus redoutable prédateur, l’homme, sur une petite planète ». Selon lui, il fallait rapidement atteindre la croissance démographique zéro, en l’imposant même avec « des méthodes autoritaires – que le danger mondial permettrait de justifier. » Et il précise : « L’abandon des petites filles dans les familles pauvres chinoises, ou l’avortement systématique au Japon, avant 1869 comme après 1945, peuvent être, à la lumière de nos récentes observations, considérés comme des mesures comportant une certaine sagesse. » Il ne changera plus d’avis puisqu’en 1999, René Dumont déclare encore : « Le XXe siècle est un siècle maudit. Il n’y a jamais eu autant de conneries que durant ce siècle. La première étant l’explosion démographique. » Vient quand même ensuite, en deuxième position, les guerres, dont les deux guerres mondiales.

Il faut reconnaître que Marc Dufumier n’a jamais tenu de tels propos malthusiens, et déclare même sur un mode optimiste qu’« il y a toute possibilité aujourd’hui de nourrir dix milliards d’hommes sur ce monde ». Néanmoins, à notre connaissance, il n’a jamais non plus condamné les paroles choquantes de René Dumont, pourtant au cœur de sa pensée. Cette discrétion est due peut-être au caractère tabou qu’est devenu le thème de la surpopulation en France. A ce sujet, Henri Rouillé d’Orfeuil, président l’Association pour la création de la Fondation René Dumont, a déclaré que « face à des mondes finis et agraires, [René Dumont] dénonçait le silence qui s’est progressivement installé autour de la question démographique ».

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