Opération McDo à Millau

Avant le « démontage » du McDonald’s de Millau le 12 août 1999, José Bové était inconnu du grand public et les médias ne lui apportaient aucune attention particulière. Même cette opération spectaculaire aurait pu rester dans la rubrique des faits divers locaux. Après tout, lors de cette action, il n’y avait guère qu’une équipe de France 3 régionale, quelques journalistes et pigistes locaux et un seul représentant de la presse nationale : Jean-Paul Besset, correspondant du Monde. Or c’est bien ce dernier qui va contribuer à faire naître le mythe Bové. Journaliste dans les années 70 à la rédaction de Rouge, la publication des Jeunesses communistes révolutionnaires, Jean-Paul Besset a un parcours atypique puisque, après plus de dix ans passés à la LCR, il rejoint le Matin de Paris, avant d’atterrir en 1984 au cabinet du Premier ministre Laurent Fabius. Jean-Paul Besset entre ensuite à Libération, puis à Politis dont il sera le rédacteur en chef pendant quatre ans. Et si le journaliste a commencé sa carrière politique dans les rangs de l’extrême gauche radicale, il s’est bien rangé pour intégrer la rédaction d’un journal pas vraiment trop révolutionnaire, en devenant correspondant régional à Toulouse du Monde. C’est à ce titre qu’il couvre l’action de Bové sur le McDo de Millau et surtout va consacrer pas moins d’une dizaine d’articles au leader syndical et à ses revendications entre août et septembre 1999, allant jusqu’à le qualifier de « Robin des bois du Larzac » et de « héros national de la résistance contre l’importation de viandes de boeufs nourris aux hormones de croissance et les OGM imprévisibles ». Derrière cette couverture médiatique importante assurée par Besset, on peut soupçonner une connivence idéologique avec Bové plutôt que la volonté d’apporter une information avec le plus d’objectivité possible. D’ailleurs, quelques années plus tard, Jean-Paul Besset écrira un livre intitulé Comment ne plus être progressiste… sans devenir réactionnaire, véritable hymne à la décroissance qu’aurait pu sans difficulté signer José Bové. Le journaliste est aujourd’hui le conseiller de l’animateur de TF1 Nicolas Hulot, réputé aussi très proche du pouvoir politique et de certaines grandes entreprises.
Il est à souligner que l’action de Millau est parfaitement en phase avec la politique menée par le pouvoir en place à l’époque. En effet, le saccage du McDo avait comme objectif de protester contre des sanctions américaines imposées à l’Europe, en particulier sur le roquefort, en raison de son refus de la viande aux hormones. Or cela ne pouvait pas déplaire au président Jacques Chirac, pas spécialement connu pour être l’ami des Américains et qui était tout aussi opposé à ces sanctions que José Bové. Déjà en février 1996, Jacques Chirac entendait « ne rien céder aux prétentions américaines » et voulait « défendre la production naturelle de viande bovine contre la production de viande aux hormones ». Ce conflit entre les Etats-Unis et l’Europe aurait-il pu encourager certains à agiter médiatiquement « l’étendard Bové » comme signal aux interlocuteurs outre-Atlantique ?

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