Décryptage du phénomène Bové

José Bové est devenu, depuis quelques années, l’icône de la lutte contre la mondialisation et contre les OGM. Même s’il n’a pas participé au Grenelle de l’Environnement, il est apparu comme un interlocuteur privilégié du gouvernement, tutoyant et faisant la bise à Nathalie Kosciusko-Morizet, la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie. Aujourd’hui, tous les médias consacrent José Bové comme l’homme qui a réussi à obtenir l’interdiction de la culture d’OGM en France, avec sa grève de la faim entamée début janvier 2008 pour réclamer un moratoire sur le maïs transgénique Mon 810. Toutefois, comment expliquer le phénomène Bové et les raisons de l’importante médiatisation dont il bénéficie ? Certes, il privilégie des opérations spectaculaires dont les médias sont friands, mais ce n’est pas une raison suffisante puisque le premier fauchage d’OGM en 1997 est, par exemple, resté inaperçu. Certes, sa dénonciation de la malbouffe et des dangers de la mondialisation le rend sympathique aux yeux de l’opinion publique, mais ses positions radicales sont loin de séduire l’électorat puisque 98,7 % des Français n’ont pas jugé opportun de voter pour lui à la présidentielle de 2007.
A posteriori, il n’est sans doute pas saugrenu de se demander si l’émergence du phénomène Bové n’a finalement pas été souhaitée par certains milieux institutionnels. En novembre 2000, le très libéral Alain Minc déclarait par exemple : « Je pense qu’entre ce qu’incarne José Bové et le point de vue idéologique que je défends, il y a une parfaite complémentarité. Je suis tout à fait désireux qu’en face du jeu économique il y ait des contre-pouvoirs forts. » Paradoxe ? Pour Denis Pingaud, auteur d’une biographie sur Bové et ami de ce dernier, « le paradoxe n’est cependant pas si surprenant qu’il y paraît ». Il explique ainsi la convergence entre Minc et Bové : « Entre les deux hommes, qui s’expriment apparemment dans deux camps opposés, il y a pourtant un point commun fondamental : la conviction que l’Etat-nation n’est pas le lieu où peut s’incarner la régulation des forces du marché. Alain Minc, en libéral conséquent, le combat comme un obstacle au libre déploiement de la loi de l’offre et la demande. José Bové, en libertaire convaincu, le contourne comme une instance pervertie par la logique administrative et technicienne. » De même, le discours altermondialiste de José Bové a, au départ, dû apparaître sympathique aux yeux de Jacques Chirac qui a, du moins en paroles, toujours fustigé la mondialisation, dénonçant en 1995 le « sida financier » et se prononçant en 1999 « pour une mondialisation maîtrisée et civilisée, au service de tous, respectueuse de notre diversité culturelle et protectrice de notre environnement ».
Alors, il semble bien vraisemblable que la médiatisation de José Bové fait partie d’un jeu politicien, de la même manière que, par exemple, la Gauche et la Droite ont régulièrement instrumentalisé le Front national pour leurs propres fins politiciennes. D’ailleurs, sur plusieurs points, le phénomène Bové se rapproche du phénomène Le Pen :
• il s’agit de deux hommes charismatiques aux convictions radicales et dont il faut reconnaître la constance et la sincérité ;
• tous deux ont assis leur popularité sur des peurs de la population – insécurité, peur des immigrés et peur de la mondialisation, pour l’un ; peur des OGM et peur de la mondialisation, pour l’autre ;
• leur marginalité fait qu’ils ne représentent aucun danger pour le pouvoir en place, personne n’imaginant que leur programme respectif soit un jour appliqué en France.

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