« Libérez les semences ! »

Comme on l’aura compris, Guy Kastler considère les OGM comme l’aboutissement de démarches commencées il y a plus d’un siècle, avec l’avènement de la société industrielle, et condamne par exemple aussi l’hybridation : « Depuis la mise au point de la sélection généalogique à la fin du XIXe siècle, on a sélectionné des variétés standardisées (clones pour la vigne suite aux maladies virales générées par le productivisme, lignées pures puis croisement dirigé de lignées pures avec le maïs « hybride ») pour favoriser la mécanisation et les transformations industrielles des produits agricoles, bref pour faire du paysan un simple rouage d’une chaîne de valorisation industrielle et marchande. » Sa défense des semences paysannes s’inscrit dans cette même réflexion, car le deuxième acte de la décroissance agricole consiste, selon lui, à « rendre aux paysans le droit de ressemer le grain récolté et d’échanger leurs semences afin qu’ils ne soient plus condamnés à cultiver les variétés des firmes dépendantes des firmes. » Il ajoute même que faire sa semence est une nécessité qui passe par la désobéissance civile. Lors d’une conférence en 2001, il déplorait en effet le fait que « pour qu’une plante soit commercialisée, il faut qu’elle soit inscrite au catalogue officiel des semences. Je suis dans une association qui promeut la conservation de la biodiversité, Kokopelli. Nous avons plusieurs milliers de semences différentes. Or, l’inscription dans le Catalogue officiel nécessite 1400 francs par variété et par an ! L’entreprise qui le faisait avant était donc dans l’illégalité à vendre des semences que des générations de paysans avaient mis au point, par la sélection variétale. » Kokopelli a d’ailleurs été reconnu coupable d’avoir mis sur le marché des « semences de variétés non-conformes » et a été condamné en décembre 2006 à une lourde amende par la cour d’appel du tribunal de Nîmes.

Une fois de plus, les paysans seraient victimes du système ? Pas du tout. Comme l’explique le grainetier Philippe Baumaux : « S’il existe une législation, c’est précisément pour protéger le consommateur contre les falsifications et les mélanges, en imposant des contraintes aux semenciers et aux multiplicateurs ». Il rappelle que ces contraintes «assurent une qualité régulière, une pureté variétale, un bon état sanitaire et une bonne aptitude à germer». Pour le journaliste Gil Rivière-Wekstein, comme il l’a documenté en détails dans un article d’Agriculture & Environnement, le discours de Kokopelli cache une autre intention : « Au nom d’une prétendue “libération de la semence”, le patron de Kokopelli veut visiblement pouvoir vendre tout et n’importe quoi. »

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