Décroissance et retour à la terre

Guy Kastler veut engager une véritable révolution de la société, rejetant la croissance économique et la société industrielle. Pour lui, « la société industrielle, depuis qu’elle existe, fait tout pour rendre tout homogène dans le but de faire des marchandises et de pouvoir mettre des étiquettes. Ce phénomène nous amène à avoir des produits toxiques et à dérégler les équilibres naturels : c’est un triste constat. » De même, il considère que « la puissance économique ne peut exister sans une croissance incessante, qui uniformise tout ce qu’elle domine, en tuant toujours l’autre – le concurrent – jusqu’au jour où il n’y a plus « d’autre » et où le monopole s’effondre sur lui-même n’ayant plus rien à conquérir. » Et il lance un terrible avertissement à « l’agriculteur qui se soumet au marché » : « Il se spécialise et s’agrandit en tuant son sol, les « mauvaises » herbes, les insectes, les microbes, en éliminant son voisin après avoir tout empoisonné à coup de pesticides : il finit par en mourir lui-même. »

La solution qu’il avance est simple : « la décroissance en agriculture », proposant de revenir à des « pratiques culturales et d’élevage saines économiquement et écologiquement, tournant le dos à l’industrialisation ». Il s’agit évidemment de l’agriculture bio mais, ajoute-t-il, « pas d’une bio « industrielle », porteuse des mêmes effets pervers que l’agriculture dont elle se veut l’alternative ». En effet, Guy Kastler considère qu’il existe une « incompatibilité de la bio avec le système économique mortifère actuel » et qu’il faut privilégier « l’échange et le commerce de proximité », car « il n’y a pas d’autonomie possible si on travaille sur le marché mondial ». Dans un élan quasi lyrique, il explique qu’une véritable bio dépend avant tout d’hommes et de femmes qui prennent « le temps de s’occuper des plantes, des animaux et des paysages. (…) Il faut, pour cela, les regarder, les sentir, les écouter, les toucher. » Il ajoute enfin : « Et les grosses machines ne peuvent faire tout cela. De plus, elles tassent et détruisent les sols. » Autrement dit, on peut envoyer à la casse les grosses machines et les remplacer par de petites mains !

D’ailleurs, le « premier acte » de la décroissance consiste, selon Guy Kastler à « remettre en grand nombre des femmes et des hommes dans les champs ». « Il ne manque pas en France de chômeurs qui ne demandent qu’à avoir accès aux terres en friches pour vivre », ajoutant que la décroissance, « dans un pays comme la France, cela veut dire redistribuer des terres à plusieurs millions de familles ! »

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