Une idéologie sectaire et radicale

Pour mettre en confiance ses interlocuteurs, François Veillerette peut quelquefois adopter un discours modéré, comme par exemple dans une intervention sur Direct 8, où il a déclaré : « Je ne doute pas (…) que les industriels disposent dans leurs cartons d’un certain nombre de molécules intéressantes, avec un potentiel de toxicité moindre que le benzène, par exemple. (…) On a souvent opposé les environnementalistes et l’industrie mais il ne s’agit pas de revenir à la bougie ou à la grotte, (…) mais de faire un saut qualitatif au niveau de la technique de la chimie pour aller vers des chimies basées sur des produits qui ont des persistances ou des toxicités nettement moindres que ceux qu’on emploie actuellement. » Il ne faut cependant pas se leurrer. L’idéologie de François Veillerette est radicale et sectaire. Car pour lui, il ne s’agit pas d’avoir des pesticides de synthèse moins toxiques mais de ne plus en avoir du tout, comme le titre de son article dans le n°22 de L’Ecologiste (avril 2007) – « Objectif zéro pesticides » – le laisse clairement entendre. De façon cohérente, François Veillerette, avec le MDRGF, est cofondateur de l’association Objectif Bio, une initiative du « pape de la bio » Philippe Desbrosses. Or cette association prône une agriculture 100% bio ! Bref, dans son monde idéal, il n’y a pas de place, même infime, pour l’agriculture conventionnelle.

Outre ces prises de position sectaires, François Veillerette a de nombreuses affinités avec l’écologisme le plus radical. En effet, il collabore de façon étroite et régulière avec L’Ecologiste, la revue fondée par le milliardaire franco-britannique Teddy Goldsmith. C’est ce magazine qui, ces dernières années, a promu l’idée de « décroissance ». Ainsi, en 2001, on peut lire dans l’éditorial de la revue signé Serge Latouche, le chantre de la décroissance, une attaque cinglante contre le développement durable : «Le développement durable, considéré par certains comme le remède à la mondialisation, participe à la même toxicité, il nous enlève toute perspective de sortie, il nous promet le développement pour l’éternité!» Thierry Jaccaud, le rédacteur en chef de L’Ecologiste, abonde dans le même sens : «La principale conséquence de l’adoption de cette expression est de gommer l’essentiel de la critique écologiste pour la cantonner à la surveillance des excès de la société industrielle sans aucunement la remettre en cause.» Même si François Veillerette ne s’est jamais fait le porte-parole de la décroissance – ses écrits concernent seulement les problèmes agricoles –, cette idée ne semble pas le gêner. En tout cas pas au point de remettre en question sa collaboration avec L’Ecologiste, ni celle avec Fabrice Nicolino, adepte de la décroissance et co-auteur avec lui du livre Pesticides, un scandale français.

Enfin, au-delà de ses prises de positions, il faut noter que les méthodes de François Veillerette sont contestées même parmi les écologistes. Cela a été particulièrement le cas dans l’affaire de l’ortie. En effet, en septembre 2006, un Collectif Ortie et Cie est créé afin de défendre une homologation simplifiée pour les pesticides et herbicides « naturels », dont le purin d’ortie. Le MDRGF fait dès le début partie de ce collectif et assez rapidement tente de s’imposer au détriment des autres participants. Ainsi, un représentant des Amis de la Terre s’interroge sur le côté autoritaire de François Veillerette et s’agace de voir ce dernier tenter de définir les règles. Un autre responsable du collectif s’étonne lui aussi du comportement particulier du président du MDRGF, excédé de le voir « se comporter en despote ». Ainsi, François Veillerette se voit accusé par une responsable du Collectif de garder au siège du MDRGF les pétitions et la liste des demandes d’adhésions pour Ortie et Cie et de ne pas les communiquer aux associations qui les réclament. Cette même responsable reproche à François Veillerette d’en faire un usage à des fins autres que le collectif, lui écrivant « je prends donc acte de votre tentative de cambriolage à la minable sur une action dans laquelle vous avez surtout repéré un créneau à subventions et l’opportunité de quelques postes factices quand ses fondateurs y voyaient la naissance d’une action citoyenne désintéressée, (…). La mobilisation citoyenne que vous tentez de resquiller ne vous doit rien, en l’espace d’un trimestre nous avons fait davantage que vous en… combien d’années déjà ? (…) Honnêteté, efficacité, bravo les anti tout, vous êtes les champions… de la récup parasitaire. »

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