Bien que le cancérologue Dominique Belpomme, fondateur de la modeste Association française pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (ARTAC), ait dénoncé « les médecins “spectacle” qui cherchent à établir leur réputation grâce aux médias et non grâce à leurs qualités professionnelles », celui-ci est devenu depuis 2004 la coqueluche des médias. Or, justement, la notoriété du Pr Belpomme ne s’est pas établie sur une quelconque découverte fondamentale sur le cancer ou sur la mise au point d’une nouvelle thérapie. Ce succès, il le doit avant tout à son livre intitulé Ces maladies créées par l’homme (Albin Michel, 2004) dans lequel il dresse un tableau apocalyptique concernant l’impact de la société industrielle sur la santé publique. En effet, selon lui, 80 à 90 % des cancers seraient causés par la pollution et « demain c’est la survie même de l’espèce humaine qui pourrait être (menacée) ». Certes, le fait que le Pr Belpomme ait demandé à Bernard Pascuito de l’aider à écrire ce livre indique qu’il s’intéressait sans doute plus à marquer le grand public qu’à proposer un ouvrage scientifique rigoureux. En effet, Bernard Pascuito n’est pas un spécialiste de santé publique mais l’auteur de biographies sur Dalida, John McEnroe, Coluche, Claude François, Romy Schneider et Serge Gainsbourg… Or, quand le professeur est confronté à ses pairs comme ce fut le cas lors d’un débat contradictoire en juin 2004 à l’Académie de médecine, il tient des propos bien plus prudents. Il a même reconnu à cette occasion que ce « nouveau paradigme scientifique liant cancer et environnement […] n’est encore que du domaine de l’intime conviction scientifique », admettant que « le cancer n’est certainement pas un bon marqueur » en ce qui concerne la pollution… Un comble quand on sait que l’augmentation du nombre des cancers est l’argument principal du Pr Belpomme pour affirmer l’impact de la pollution sur la santé !

Peu embarrassé par ses contradicteurs, et fort de son succès de librairie, le Pr Belpomme a organisé dans la foulée un colloque à l’Unesco sur le thème « Cancer, environnement et société », lors duquel il rend public l’Appel de Paris qui déclare notamment que « le développement de nombreuses maladies actuelles est consécutif à la dégradation de l’environnement » et que « la pollution chimique constitue une menace grave pour l’enfant et pour la survie de l’Homme ». Bénéficiant du soutien de personnalités médiatiques comme Nicolas Hulot, l’Appel de Paris fait la une des journaux.

Toutefois, le constat alarmant du cancérologue ne repose pas sur des recherches épidémiologiques originales qu’il aurait menées. Comme l’a dit justement Bernard Meunier, chimiste réputé et président du CNRS entre 2004 et 2006, « L’Appel de Paris, notamment dans ses attendus, n’est qu’un copié-collé de textes issus des associations écologistes des années 60-70 ». De fait, un groupe de grandes organisations écologistes américaines avaient déjà annoncé que « les scientifiques estiment maintenant que 90% de tous les cancers sont reliés à des facteurs environnementaux »… en 1977, il y a juste trente ans ! D’ailleurs, à la veille du colloque de l’ARTAC à l’Unesco, le Pr Belpomme reconnaissait dans les colonnes de la revue L’Ecologiste que « l’ARTAC et moi-même avons rejoint le combat des écologistes », ajoutant « car aujourd’hui, polluer est devenu un crime contre l’humanité ». Bref, Dominique Belpomme ne fait rien d’autre que reprendre le discours catastrophiste écologiste, mais en lui apportant l’autorité de sa blouse blanche.

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