L’association Objectif Bio, membre également de L’Alliance pour la planète, est intervenue au Grenelle de l’environnement dans le Groupe 4 « Modes de production (agriculture) », représentée par sa vice-présidente, Maria Pelletier. Il s’agit d’un collectif d’associations créé en novembre 2004 à l’initiative de Philippe Desbrosses, le « pape de la bio ». Au 1er juin 2006, ce collectif comptait 56 associations adhérentes et 134 professionnels adhérents, dont 70 Biocoop. Selon Guy Kastler, écologiste radical et membre de Nature et Progrès, la création d’Objectif Bio était nécessaire car « la bio est de plus en plus définie et dirigée par des partenaires non bio, en fonction de leurs propres intérêts, et de plus en plus souvent contre la volonté des acteurs de la bio ». Il ajoute qu’il est « urgent de reconstruire un lieu où l’ensemble des acteurs de la bio puissent se retrouver pour définir entre eux leur conception de la bio et les actions qu’ils doivent propulser pour qu’elle devienne réalité, avant d’en débattre et de les négocier avec d’autres dont l’Etat et les organisations de l’agriculture conventionnelle ». L’idée de « débattre » et « négocier » avec les organisations de l’agriculture conventionnelle peut apparaître sympathique et même sans doute constructive. Le hic, c’est qu’Objectif Bio se fixe comme tâche d’éradiquer totalement l’agriculture conventionnelle. Selon ses statuts, il est précisé qu’Objectif Bio veut « agir par tous moyens légaux pour représenter et promouvoir, en France, en Europe et à l’international, la filière biologique agricole et alimentaire française, afin de permettre le passage dans les meilleures conditions possibles à une agriculture 100 % biologique sur l’ensemble du territoire français, dans la perspective de protéger l’environnement, l’alimentation et la santé. »

    Après les « khmers verts », les « khmers bio » ? Pourtant, quand on regarde la liste des membres fondateurs d’Objectif Bio, on ne peut être que frappé par le contraste qui existe entre d’un côté des structures professionnelles, comme la FNAB (syndicat de l’agriculture biologique), le Synabio (Syndicat des transformateurs de produits naturels et de culture biologique), Ecocert et Biocoop, censées promouvoir l’agriculture biologique sans pour autant jeter l’anathème sur l’agriculture conventionnelle, et de l’autre, des associations au militantisme écologiste radical, comme le MDRGF, Nature & Progrès et le Mouvement de Culture Biodynamique. On peut ainsi légitimement se demander s’il n’y a pas là une tentative de radicaliser les milieux de l’agriculture biologique.

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