L’écologie fait irruption dans le débat politique

Dès avril 1973, les Amis de la Terre soutiennent la lutte des paysans du Larzac contre la réquisition de leurs terres destinée à permettre l’extension d’un camp militaire. Ils sont venus en nombre aux réunions qui s’y tenaient et ont pris part dans le Groupement Foncier Agricole destiné à retarder les expropriations. Cette participation au Larzac, ainsi que les manifestations antinucléaires organisées par les Amis de la Terre et d’autres groupes écologistes, ouvrent la voie à une candidature écologiste pour l’élection présidentielle de 1974. Comme on peut en effet le lire dans le bulletin des Amis de la Terre, « L’association a été parmi les initiatrices des candidatures écologistes aux élections politiques, notamment la présidentielle de 1974 avec René Dumont, devenu ensuite Président d’honneur. » Ce sont en effet deux responsables des Amis de la Terre – Brice Lalonde et Alain Hervé (aujourd’hui chroniqueur dans la revue de Teddy Goldsmith, L’Ecologiste) – qui vont organiser la campagne de René Dumont. Il est à noter qu’un des thèmes de la campagne écologiste a été la surpopulation, car l’agronome partage le même point de vue que David Brower : pour lui, la croissance démographique constitue le problème principal. Dans une des émissions officielles de sa campagne, René Dumont explique que l’homme « a sans cesse réduit la capacité productive de notre planète », ajoutant : « il y a déjà trop d’hommes à la surface du monde, il y a surtout trop d’hommes dans le tiers-monde ». Même s’il réalise un score bien modeste de 1,32% des suffrages, Dumont va faire connaître pour la première fois les thèses écologistes à des millions de Français.

A partir de là, le mouvement écologiste participe d’ailleurs à tous les scrutins et les militants des Amis de la Terre joueront un rôle essentiel dans ce processus. Toutefois, cela s’est fait au détriment l’activité purement associative. Une grande partie des militants vont même par la suite quitter l’association pour participer à la création des Verts, comme Yves Cochet ou Dominique Voynet. D’autres, comme Brice Lalonde, créeront plus tard Génération Ecologie. Comme le reconnaît amèrement l’association : « Ces départs ont entraîné un affaiblissement des ressources militantes », ajoutant « qu’en 1983, les Amis de la Terre décidaient cependant de se recentrer sur leurs activités associatives ». Il est intéressant de noter que trois anciens militants des Amis de la Terre – Brice Lalonde, Dominique Voynet et Yves Cochet – sont un jour devenus ministres de l’environnement.

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