Revenir avant la révolution industrielle

David Brower a d’abord été influencé par les idées d’Henry David Thoreau et de John Muir, deux figures clés des mouvements préservationnistes américains du XIXème siècle. Ainsi, il est devenu en 1952 le directeur exécutif du Sierra Club, l’une des grandes associations de protection de la nature aux Etats-Unis. En 17 ans, il réussit à augmenter le nombre d’adhérents de l’association de 7000 à 77.000. Ce succès est attribué à des méthodes auxquelles les organisations de conservation étaient peu accoutumées : pour la première fois, Brower utilise des images de destructions du milieu naturel pour sensibiliser l’opinion publique, et s’engage dans une politique d’édition de livres de photos de la nature pour accroître les fonds du Sierra Club. Considéré par certains membres du Conseil d’administration du Sierra Club comme un activiste trop radical, il est écarté de la direction en 1969.

David Brower ne reste pas inactif très longtemps. La même année, il reçoit 200.000 dollars pour créer les FOE des mains d’un… pétrolier et financier américain, Robert O. Anderson, président de la firme Atlantic Richfield (Arco) et du think tank « Aspen Institute », et membre depuis 1951 du National Petroleum Council. Dans le conseil des FOE, on trouve des personnalités de premier plan comme le Canadien Maurice Strong, président de Petro-Canada (encore un pétrolier !) et l’organisateur de la première conférence de l’ONU sur l’environnement, ou encore l’Italien Aurelio Peccei, ancien dirigeant de Fiat et Olivetti ainsi que président du Club de Rome, rendu célèbre l’année précédente par la publication du rapport Halte à la croissance ? annonçant la pénurie prochaine des ressources naturelles.

Malgré le parrainage de ces prestigieux industriels, David Brower affirme la nécessité de revenir sur les progrès de la société industrielle : « Comme le dit le Gallois Allen Reese : « Quand on est au bord du gouffre, le seul mouvement de progrès que l’on peut faire consiste à reculer. » Les montagnards disent la même chose de façon différente : « Quand vous vous perdez, retracez vos pas jusqu’au dernier point de repère connu. » (…) Nous devons chercher notre dernier point de repère connu qui soit en sécurité. » Selon le fondateur des FOE, ce point de repère est le début de la révolution industrielle : « Je ne peux pas dire exactement où il se trouve, mais je pense qu’il remonte environ à un siècle quand, au début de la révolution industrielle, on a commencé à appliquer de grandes quantités d’énergie à des outils avec lesquels on a commencé à saccager l’environnement. » En 1982, David Brower fonde une nouvelle association écologiste – le Earth Island Institute – et livrera, dix ans plus tard, la stratégie qu’il a poursuivie dans son combat écologiste : « J’ai fondé les Friends of the Earth pour faire paraître le Sierra Club raisonnable. Ensuite, j’ai fondé le Earth Island Institute pour faire paraître les Friends of the Earth raisonnables. Aujourd’hui, c’est le groupe Earthfirst! qui nous fait paraître raisonnable. Maintenant nous attendons ce qui pourrait venir faire paraître Earthfirst! raisonnable. »

    email