Une impartialité de pacotille

Le maître mot du CRIIGEN est : indépendance. Dans l’article 4 des statuts du CRIIGEN, on peut lire : « L’Association se déclare indépendante des pouvoirs publics, civils et militaires, de toute organisation extérieure, quelle qu’elle soit, et de toute tutelle individuelle et collective, en ce qui concerne les buts qu’elle poursuit et le mode d’action qui lui est propre. » Et sur son site, il est précisé qu’il « s’agit d’un comité apolitique et non-militant d’expertise, de conseil, indépendant des producteurs d’OGM ». Effectivement, le Criigen n’est pas dépendant « des producteurs d’OGM ». C’est d’ailleurs sa seule indépendance, car l’association de Corinne Lepage est loin de représenter une association de chercheurs ou scientifiques de tous bords désirant apporter une contribution objectif et impartial dans le débat des OGM. En revanche, elle est constitué de militants engagés soit directement dans différents partis politiques, soit dans des associations militantes écologistes. Dire qu’il s’agit d’un « comité non-militant » ne reflète pas vraiment la réalité.

Déjà, son appartenance à L’Alliance pour la planète, un collectif d’associations écologistes militantes, entache cette réputation de non-militantisme autoproclamé. Et quand on regarde les membres du conseil d’administration du CRIIGEN, on est loin d’avoir des personnes impartiales. En effet, Jean-Marie Pelt, secrétaire général de l’association, est un combattant anti-OGM de la première heure qui a été très proche de François Bayrou lors de sa dernière campagne présidentielle ; Corinne Lepage, la présidente, a elle aussi mené dès le début la bataille contre les OGM et elle dirige de surcroît un parti politique écologiste – Cap 21 – fraîchement affilié au MoDem de François Bayrou ; et le non-militantisme et apolitisme des autres membres est tout aussi discutable : Jacques Maret est Faucheur Volontaire, ancien responsable du programme agricole des Verts et candidat aux dernières législatives pour le MoDem ; Marianne Buhler est secrétaire générale adjointe de Cap 21 et suppléante aux dernières légilsatives d’un candidat du MoDem ; Paul Lannoye est député Vert européen ; Philippe Desbrosses est un militant de longue date pour une agriculture 100% bio ; Chantal Jacquet est administratrice de l’organisation écologiste WWF-France. Quant au conseil scientifique du CRIIGEN, il est présidé par Gilles-Eric Séralini qui, par exemple en avril 2007, participait à un meeting électoral de Dominique Voynet dans lequel il déclarait : « Dans cette campagne présidentielle, il y a un espoir important, c’est que l’écologie que vous représentez gagne davantage de terrain ».

Bref, tout ce beau monde ne donne pas vraiment une image de non-militantisme, ni d’un comité d’experts indépendant. In fine, le Criigen n’est peut-être rien de plus qu’une association militante, sans adhérents, au service de Corinne Lepage. D’ailleurs le siège du CRIIGEN est à la même adresse que Cap 21 qui se trouve être aussi l’adresse du cabinet d’avocats de Corinne Lepage, spécialisé dans le droit de l’environnement !

A moins, qu’il ne s’agit pour le Criigen que de récolter des fonds pour financer les travaux de ses membres, comme cela a été le cas avec l’étude de Gilles-Eric Séralini sur maïs OGM MON 863 de Monsanto, financée à hauteur de 17.000 euros… par Greenpeace ! Une étude qui a fait plus de bruit dans les couloirs des médias, que dans la communauté scientifique internationale, qui l’a jugée comme parfaitement inintéressante… (voir l’article « M. Séralini se mobilise contre la CGB et l’Aesa » dans Agriculture et Environnement N°47.) Par ailleurs, Gilles-Eric Séralini a mené d’autres études pour le compte du CRIIGEN, celles-ci financées par la Fondation pour une Terre humaine, explicitement engagée du côté des écologistes et dont un des membres du conseil d’administration est… Etienne Vernet, ainsi que par la Fondation Denis Guichard qui a longtemps été présidée par… Jean-Marie Pelt. Décidément, le monde est petit.

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