Corinne Lepage, Ecoropa et la lutte anti-OGM

La lutte de Corinne Lepage contre les OGM n’est pas récente. Dès 1998, elle a défendu l’association Ecoropa devant le Conseil d’Etat afin d’empêcher la commercialisation des trois premières variétés de maïs transgénique. Or cette rencontre entre l’avocate écologiste et Ecoropa n’est pas anodine car cette association, inconnue du grand public, a été à l’avant-garde de la lutte contre les OGM. Cependant, au moment de sa création en 1976, Ecoropa n’agissait pas dans le même registre. Il s’agissait au début, selon les termes de l’un de ses membres, d’un « Club européen des têtes pensantes de l’écologie ». Dans son premier appel, Ecoropa proposait de « subordonner l’économie aux impératifs biologiques, sociaux, psychologiques et spirituels de l’écologie en les situant en deçà et au-delà de toute préoccupation politique à court terme ». Entre autres, les signataires de cet appel (dont Christian Huglo, le mari de Corinne Lepage) « soutiennent particulièrement toutes les initiatives politiques ou autres qui s’opposent (…) au maintien et à l’extension du modèle de production agricole et industriel des pays développés aussi bien chez eux que dans le tiers-monde ». Parmi les penseurs qui animeront Ecoropa, on trouve de nombreux adeptes de l’écologisme conservateur comme Teddy Goldsmith, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Armand Petitjean, Ivan Illich, Nicholas Georgescu-Roegen (père de la décroissance) ou encore Jean-Marie Pelt qui deviendra le président d’honneur d’Ecoropa.

Mais quand Corinne Lepage croise le chemin d’Ecoropa dans les années 90, l’association a perdu plusieurs de ses « tes pensantes » et n’a plus la fonction de « collège invisible » de l’écologisme telle qu’elle le revendiquait auparavant. Elle est désormais dirigée par Etienne Vernet, un proche de Teddy Goldsmith, et l’association devient un instrument au service de l’écologiste franco-britannique. Elle se voit doter dès 1996 d’un budget pour lancer une campagne contre les OGM, financements provenant sans doute en partie de la fortune de Goldsmith mais aussi d’une fondation franco-américaine baptisée French American Charitable Trust (FACT), dirigée par une ancienne responsable de Greenpeace et basée, transparence oblige ( !), aux Bermudes. Ainsi, en 1996, Etienne Vernet contacte Jean-Marie Pelt et lui propose de lancer un appel de scientifiques contre les OGM. Le président d’honneur d’Ecoropa accepte volontiers et donne là le véritable coup d’envoi de la campagne anti-OGM. En 1997, Ecoropa coédite un ouvrage collectif intitulé Génie génétique : Des chercheurs citoyens s’expriment, préfacé par Jean-Marie Pelt et comprenant un texte de Gilles-Eric Séralini. En 1998, l’année où Corinne Lepage devient l’avocate d’Ecoropa, Jean-Marie Pelt persiste et signe dans un ouvrage intitulé Plantes et aliments transgéniques qu’il dédicace à… Etienne Vernet et Gilles-Eric Séralini. Il est donc assez naturel de retrouver Corinne Lepage, Gilles-Eric Séralini et Jean-Marie Pelt en 1999 pour fonder le CRIIGEN ! Quelque temps après, Ecoropa cessera ses activités, mais il est clair que c’est bien ce groupe, associé aux réseaux de Teddy Goldsmith, Corinne Lepage et Jean-Marie Pelt, qui a lancé la dynamique de la campagne contre les OGM, amplifiée ensuite par les opérations de fauchage de José Bové et par les opérations médiatiques de Greenpeace.

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