Quand le WWF convertit les religions à l’écologisme

Depuis quelques années, le WWF a décidé de s’appuyer sur les leaders religieux de la planète afin de faire accepter plus facilement les contraintes écologiques à la population. Il est vrai que si ces contraintes se trouvent profondément ancrées dans la culture ou dans une foi, les mesures écologiques coercitives, qui peuvent être l’objet de rejets, apparaîtront moins indispensables. Selon le prince Philip, les responsables religieux ont un rôle à jouer pour convaincre par exemple les populations de restreindre leur fécondité : « Quand vous commencez à parler de population humaine, certaines personnes pensent que vous voulez la contrôler. Je ne veux pas la contrôler : je veux que les gens se contrôlent eux-mêmes pour leurs propres bonnes raisons. Ces raisons peuvent relever de leurs religions (…). » Mais convertir les responsables religieux à l’écologie représente pour le WWF un autre avantage : élargir leur audience. « La collaboration avec le monde religieux, explique Thierry Thouvenot, ancien responsable du WWF-France, permet tout d’abord à une ONG comme le WWF de toucher un public nouveau, immense, puisque quatre à cinq milliards de personnes dans le monde sont adeptes d’une religion. A travers les communautés religieuses, le WWF peut donc sensibiliser aux enjeux écologiques un public qui va bien au-delà de ses cinq millions de donateurs actuels à travers le monde. »

Cette initiative de marier écologisme et religion revient au prince Philip. En 1986, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire du WWF, le prince consort a organisé à Assise (Italie) une rencontre internationale de trois jours, réunissant des représentants de cinq religions mondiales – le bouddhisme, le christianisme, l’hindouisme, le judaïsme et l’islam – qui se sont engagés à renforcer la prise de conscience à l’égard de l’environnement. D’autres religions et spiritualités se joindront à cette initiative, générant de nombreux projets de conservation. Comme le raconte Rob Soutter, directeur du WWF-International, « notre idée était que, par ce biais, nous pouvions atteindre beaucoup plus de gens que cela n’eut été possible par nous-mêmes, et d’une façon plus vraie qu’à travers des communiqués de presse et des mailings de masse », tout en ajoutant : « Mais, nous pensions qu’il nous fallait coordonner le tout. » Pour coordonner tout cela, le WWF crée l’Alliance pour la religion et la conservation (ARC), mis en place lors d’un nouveau « sommet religieux » organisé en 1995 par le prince Philip au château de Windsor. Deux ans plus tard, l’ARC organise au Lambeth Palace de Londres une réunion coprésidée par l’archevêque de Canterbury et le président de la Banque mondiale. Au cours de cette réunion, la Banque accepte « de travailler avec les principales fois pour développer des modèles alternatifs de développement économique et écologique », une coopération qui se poursuit encore aujourd’hui.

Si le WWF est intéressé par les religions pour imposer leur vision du monde, ce n’est pas seulement en raison de leur capacité de conviction mais aussi de leur pouvoir financier. Selon un communiqué du WWF de mars 2004, « le WWF a été un instrument clé pour créer une organisation mondiale qui pourrait placer jusqu’à 1000 milliards de dollars dans des investissements socialement responsables d’ici les dix ans à venir. » En effet, l’ARC, en partenariat avec le WWF, a fondé l’International Interfaith Investment Group (3iG) composé au départ de 27 organisations représentant les membres de sept religions mondiales et différentes banques. Martin Palmer, le secrétaire général de l’ARC, estime qu’« à terme, 3iG pourrait devenir l’un des plus importants blocs de puissance économique au monde. » Et le WWF d’ajouter : « Le WWF sera un partenaire séculier, offrant ses conseils sur les questions d’environnement comme les énergies renouvelables ou le changement climatique. »

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