L’idéologie malthusienne du WWF

Durant toute sa vie, Julian Huxley sera un ardent défenseur des thèses malthusiennes, considérant que les ressources naturelles sont limitées et menacées d’épuisement par l’accroissement de la population. Il écrit en 1960 : « Depuis le début du siècle, l’équilibre écologique du monde a été profondément dérangé et sa structure écologique bouleversée par le redoutable accroissement de sa population et la surexploitation non moins redoutable de ses ressources naturelles. » Il propose alors « d’évaluer aussi scientifiquement que possible l’accroissement probable de la population au cours des vingt-cinq années à venir, et de définir une politique démographique officielle propre à réduire le taux actuellement excessif d’accroissement démographique ». Logiquement, il pense qu’il faut ajuster – grâce aux moyens de contraception, voire à la stérilisation – le nombre d’individus aux ressources économiques existantes, et surtout pas accroître les richesses matérielles.

La défense d’une politique malthusienne a été une constante au sein du WWF et a souvent été mise en avant par le prince Philip, qui a un engagement et une influence considérables au sein de la multinationale verte. En juillet 1983, lors d’une réception à l’université de l’Ontario, le prince Philip évoquait les conséquences néfastes du succès dans la lutte contre le paludisme au Sri Lanka : « Le problème, c’est que le Sri Lanka doit aujourd’hui nourrir trois fois plus de bouches, trouver trois plus d’emplois, tripler les logements, l’énergie, les écoles, les hôpitaux et les terres habitables, afin de maintenir les mêmes niveaux. Il n’est guère étonnant que l’environnement naturel et la faune dans ce pays en aient souffert. » Pour lui, il ne fait pas de doute que la croissance démographique constitue le principal problème pour l’environnement. En 2003, il déclarait : « La population mondiale dépassait à peine 2 milliards d’individus il y a soixante ans et nous sommes aujourd’hui plus de 6 milliards. Cet énorme accroissement – une véritable explosion – a sans doute fait plus de mal à l’environnement que tout le reste. » Et en août 1988, selon l’agence de presse Deutsche Press Argentur, le prince Philip affirmait : « Au cas où je serais réincarné, je souhaiterais l’être sous la forme d’un virus mortel afin d’apporter ma contribution au problème de la surpopulation. »

Il ne s’agit pas du point de vue personnel de quelques individus mais de la politique officielle du WWF. Dans un rapport intitulé Sauver la planète, stratégie pour l’avenir de la vie rédigé par le WWF en 1991, avec l’Union internationale pour la conservation de la nature, pour préparer le Sommet de la Terre, on peut lire : « La Terre a ses limites et, même avec les meilleurs technologies imaginables, elles ne peut être repoussées indéfiniment. Pour respecter la vie dans ces limites et faire en sorte que ceux qui ont le moins auront bientôt davantage, deux choses sont nécessaires : arrêter partout la croissance démographique et stabiliser, sinon réduire, la consommation des ressources des pays riches. » L’idéologie malthusienne du WWF transparaît en particulier dans la vaste campagne qu’il mène depuis quelque temps sur le thème de l’« empreinte écologique ». Officiellement, il s’agit de sensibiliser la population au sujet de l’impact de son mode de vie sur l’environnement. L’empreinte écologique consiste en fait en une estimation de la superficie nécessaire pour répondre à l’ensemble de nos besoins en ressources naturelles. Par exemple, si tout le monde consommait comme la moyenne américaine, il faudrait 6,81 planètes pour subvenir aux besoins de toute la population ; si tout le monde consommait comme la moyenne européenne, il faudrait 3,4 planètes. Ces chiffres à l’appui, le WWF insiste sur la nécessité de changer son mode de vie, plus respectueux de l’environnement, en évitant de parler de démographie, un sujet devenu ces dernières années plus sensible. Or, selon les estimations de l’association écologiste Optimum Population Trust, adopter un mode vie écologique n’est pas suffisant car « si les 6 milliards d’habitants vivaient avec un mode de vie occidental modeste basé entièrement sur des énergies renouvelables, on aurait encore besoin de 1,8 planète ». Conclusion des intéressés : « Il y a tout simplement trop d’habitants aujourd’hui sur la planète ! » Il est d’ailleurs révélateur de lire les recommandations du WWF pour diminuer son empreinte écologique. Il y a neuf recommandations permettant d’économiser entre 100 et 1000 m2, par exemple en remplaçant des ampoules classiques par des ampoules fluocompactes ou en faisant sécher son linge sur une corde au lieu d’utiliser un séchoir électrique. Or la dixième recommandations est : « Je reporte d’un an la décision d’avoir un enfant », avec une économie record de 26.000 m2 ! Comme par hasard, le WWF a ensuite publié une nouvelle version de ces recommandations… en omettant la dernière jugée sans doute un peu trop choquante.

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