Eloge des sociétés primitives et de la pauvreté

En mars 2002, un colloque est organisé à l’Unesco par Serge Latouche et Le monde diplomatique sur le thème « Défaire le développement, refaire le monde ». Fortement soutenu par L’Ecologiste qui en fera un dossier spécial, cet événement aura de prestigieux intervenants tels Edouard Goldsmith, Serge Latouche, José Bové, Jean-Marie Pelt, Héléna Norberg-Hodge et Ivan Illich. C’est l’occasion pour Teddy Goldsmith de remettre en avant son modèle : les sociétés primitives. Il rappelle que « 99% peut-être de l’expérience humaine sur la planète s’est déroulée dans des communautés tribales dédiées au maintien de la stabilité face au changement » et propose en conclusion que l’on crée « un monde inspiré des communautés d’antan ». De même, José Bové explique à cette occasion que les paysans du tiers-monde doivent absolument continuer à travailler en utilisant la traction animale ou à la main : « Aujourd’hui, sur la planète, 28 millions de paysans travaillent avec un tracteur, 200 millions travaillent avec la traction animale et plus de 1,3 milliard travaillent à la main. Que deviendront ces populations si l’agriculture rentre dans la logique productiviste au niveau mondial ? Ce ne sont pas des millions de paysans qui disparaîtront, comme en Europe ou en Amérique du Nord, mais des centaines de millions, peut-être 1 milliard ou plus. »

Mais pour montrer qu’ils ne sont pas des rabat-joie, ils expliquent que le bonheur est dans la pauvreté. Ainsi, Vincent Cheynet lance « Vive la pauvreté ! », tout en précisant qu’il ne s’agit pas de la misère ou de la faim, mais une « pauvreté choisie », une « simplicité volontaire ». Pour lui, il n’y a pas de doute, « une vie intense et profonde ne peut reposer que sur une certaine forme de dénuement matériel ». Ce type de réflexions font tout de même sursauter certains écologistes, comme l’élu Vert Cyril di Méo qui écrit dans son blog : « Les partisans de la décroissance font l’éloge de la pauvreté (…). Cette posture interroge au moment où on compte 2,7 millions de chômeurs, 1.226.000 RMIstes et plus de 500.000 travailleurs intérimaires. La pauvreté, nombreux sont ceux qui la vivent et la subissent. De plus en plus de personnes doivent se contenter d’expédients pour survivre. On ne peut pas amener ces personnes à l’écologie en leur demandant de « vivre simplement » ou de faire de la « frugalité », ce qui pour eux ne peut être vécu que comme le maintien de leur précarité. » Et de conclure : « L’écologie risque alors d’être considérée à tort comme une lubie de riches et une acceptation de la misère. »

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