Club de Rome et croissance zéro

Comme l’explique fort justement Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de la revue L’Ecologiste, « en 1972, le débat fut extrêmement nourri sur ce qui constitue l’un des piliers de l’identité écologiste : la critique de la « croissance » et du « développement ». »

Plus qu’un débat, ce fut un choc culturel remettant en cause l’idée même de progrès présente dans la prospérité des Trente Glorieuses. Les premières salves viendront d’un groupe d’industriels, d’économistes et de scientifiques appelé Club de Rome. Fondé en 1968 à l’initiative d’Aurelio Peccei, dirigeant de Fiat et d’Olivetti, et d’Alexander King, ancien directeur scientifique de l’OCDE, le Club de Rome va se faire connaître avec un rapport réalisé à sa demande par plusieurs chercheurs du MIT. Ce rapport intitulé Halte à la croissance ? (Limits to growth) est publié en 1972 en douze langues et, à grands renforts de publicité, son message est repris dans le monde entier, message que l’on peut résumer ainsi : si la croissance se poursuit, on se dirige de façon inéluctable vers la pénurie des ressources naturelles. Jean-Marc Jancovici, proche de Nicolas Hulot, explique que ce rapport conclut « que la croissance matérielle perpétuelle conduira tôt ou tard à un « effondrement » du monde qui nous entoure, et que, même en étant très optimiste sur les capacités technologiques à venir, l’aptitude à recycler ou à économiser les matières premières que nous consommons, le contrôle de la pollution, ou encore le niveau des ressources naturelles, l’effondrement se produit avant 2100 » Et cet effondrement, c’est « la diminution brutale de la population accompagnée d’une dégradation significative des conditions de vie de la fraction survivante ».

A partir de là, un nouveau slogan apparaît et qui sera repris par tous les mouvements écologistes : la croissance zéro. Aurélio Peccei, président du Club de Rome, préconise une politique d’austérité : « L’éthique de la sobriété doit remplacer les mythes de la surconsommation », ajoutant que l’humanité « devra sacrifier des principes et des prémices consacrées par l’expérience; renoncer à certaines attitudes qui lui ont donné bien-être et confort ». Mais la démographie reste une question centrale. Peccei écrit en effet : «Un autre comportement aberrant de notre espèce l’inculpe lourdement au tribunal de la vie. C’est sa prolifération exponentielle, qu’on ne peut définir que comme cancéreuse. Excepté les insectes, rares sont les espèces qui se multiplient aussi farouchement et aveuglément que la nôtre.» Les arguments avancés par le Club de Rome auront d’autant plus d’impact que l’année suivante le monde connaîtra le premier choc pétrolier qui donna l’impression de confirmer les prévisions catastrophistes.

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