Les précurseurs français de la décroissance

Les thèses malthusiennes ont toujours eu du mal à se développer en France, à tel point que depuis une quinzaine d’années au moins, rares sont les écologistes qui osent parler de surpopulation ou en faire un argument de campagne. En revanche, il existe dans notre pays une longue tradition de la critique de la société industrielle, avec les véritables précurseurs de la décroissance comme Jacques Ellul, son ami Bernard Charbonneau, son disciple Ivan Illich, et d’autres comme Cornelius Castoriadis, André Gorz, François Partant, etc. L’historien Patrick Troude-Chastenet explique que, dès les années 30, au sein de mouvement personnaliste, Ellul et Charbonneau défendaient « un projet de « cité ascétique« , centré sur le qualitatif, préfigurant les thèses de l’écologie politique et radicale des années 70 (Illich, Castoriadis, Schumacher, Gorz, Dumont) axées autour du principe « daustérité volontaire« . » Même en pleine période de pénurie en 1946-1947, Ellul écrit qu’« il s’agit non pas de pousser à la consommation, mais de la restreindre » (http://www.jacques-ellul.org/ecologiste.php). Cinquante ans plus tard, il restera sur cette même ligne en disant qu’il fallait « réduire notre niveau de vie » et revenir « à une certaine frugalité ».

En fait, ces penseurs sont convaincus que la société industrielle n’est pas amendable, qu’elle est aliénante et qu’il faut un changement radical de société basée principalement sur de petites communautés autonomes. Ivan Illich veut une « société conviviale » et propose entre autres de supprimer les services publics de santé et d’enseignement, car «les hommes ont la capacité innée de soigner, de réconforter, de se déplacer, d’acquérir du savoir, de construire leurs maisons et d’enterrer leurs morts». Ainsi, plus besoin d’écoles ni d’hôpitaux, d’enseignants ni de médecins. Illich affirme d’ailleurs que l’école fait partie de «ces outils qui sont toujours destructeurs, quelles que soient les mains qui les détiennent», car elle «accroît l’uniformisation, la dépendance, l’exploitation et l’impuissance». Il précise: «Or, les hommes n’ont pas besoin de davantage d’enseignement. Ils ont besoin d’apprendre certaines choses.» En l’occurrence, «les hommes doivent apprendre à contrôler leur reproduction, leur consommation et leur usage des choses. Il est impossible d’éduquer les gens à la pauvreté volontaire.»

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