France : du malthusianisme à la décroissance

L’idéologie malthusienne trouve son origine dans le monde anglo-saxon et a eu peu d’influence en France. Ce n’est véritablement que quand les premiers mouvements écologistes américains et britanniques ont débarqué en France, à la fin des années 70, que les arguments malthusiens ont commencé à être repris. Influencé par Halte à la croissance ? et Changer ou disparaître, l’agronome René Dumont, candidat écologiste à la présidentielle française en 1974 et soutenu par les Amis de la Terre, fera de la menace de la surpopulation le cœur de sa campagne. Pour lui, l’explosion démographique a été la pire des « conneries » du XXème siècle et prône dans l’Utopie et la mort (1973) une croissance démographique zéro : «Il serait possible, surtout quand les méthodes contraceptives et d’avortement précoce auront fait des progrès décisifs, de n’autoriser qu’une natalité compensant exactement la mortalité, donc d’atteindre vite la croissance zéro, si on employait des méthodes autoritaires – que le danger mondial permettrait de justifier», n’hésitant pas à ajouter que « l’abandon des petites filles dans les familles pauvres chinoises, ou l’avortement systématique au Japon, avant 1869 comme après 1945, peuvent être, à la lumière de nos récentes observations, considérés comme des mesures comportant une certaine sagesse. » Des personnalités plus populaires comme le commandant Cousteau partagent le même point de vue en affirmant qu’«il faut que la population mondiale se stabilise et, pour cela, il faudrait éliminer 350.000 hommes par jour», ou encore le botaniste Jean-Marie Pelt de déplorer que« les hommes pullulent comme des criquets ». Le philosophe Jacques Ellul, alors que ce n’est pas la base de sa critique de la société industrielle, estime « qu’il semble bien que finalement Malthus ait raison, non dans l’absolu peut-être mais certainement dans le concret », constatant avec dépit que cette croissance démographique est le produit de « techniques « bonnes« , positives. »

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