Rudolf Steiner et l’anthroposophie

Dans un premier temps, Rudolf Steiner adhéra à la Société théosophique, association ésotérique fondée par Madame Helena Blavatsky, médium adepte du tantrisme. Jugeant cette société trop orientaliste, il fonde l’anthroposophie et décide de faire reposer sa démarche spiritualiste sur des fondements chrétiens, considérant qu’« il est nécessaire d’approfondir par la Science spirituelle le texte des Evangiles ». Steiner prétend accéder à la perception de forces extrasensorielles et explique ainsi que « la méditation, la concentration sur les représentations symboliques et les sentiment décrits plus haut a en réalité pour but la formation d’organes de perception supérieurs dans le corps astral humain. » Il donne à ces « organes psychospirituels » le nom de « fleurs de lotus », censées permettre la perception du « monde supérieur ». Evidemment, souligne-t-il, il faut une certaine disposition d’esprit pour accéder à cette perception, en l’occurrence la vénération : « Celui qui cultive (un) sentiment (de vénération ou de dévotion) ou chez qui il existe comme une heureuse aptitude naturelle possède une base excellente, pour les forces de connaissance supra-sensorielles. (…) Seul celui qui est capable de ces sentiments peut accéder à la vision des mondes supérieurs. Celui qui ne peut éprouver aucun sentiment de vénération n’ira pas loin dans la connaissance. » Pour ceux qui suivent le « chemin de la connaissance », Rudolf Steiner affirme que « les phénomènes psychiques et spirituels deviennent visibles (…) dans les mondes de l’âme et de l’esprit qui l’entourent. Les sentiments lui apparaissent sous forme de phénomènes lumineux qui ont leur source dans les êtres sentants. » De la sorte, l’« œil spirituel » perçoit des couleurs qui « rayonnent autour de l’être physique absorbé dans ses occupations et l’enveloppent comme d’un nuage (…), c’est ce que l’on appelle l’Aura humaine ».

De même que dans son agriculture biodynamique, comme nous le verrons ci-dessous, Steiner insiste sur l’influence des astres sur l’homme. A ce titre, il rend hommage à la culture païenne, car « elle repose sur une connaissance, une vision, une action humaine, fondées sur des forces extra-terrestres. (…) L’homme, tel qu’il vivait sur la terre au temps de cette ancienne civilisation païenne, se sentait membre du cosmos tout entier ». Il est à noter une forte convergence entre les milieux écologistes spiritualistes et cette nostalgie pour les cultures païennes.

En dépit de ces croyances bizarroïdes, l’héritage de Rudolf Steiner est encore bien présent, apparaissant sous différentes formes. Il existe d’abord une vingtaine d’écoles Steiner-Waldorf enseignant selon la pédagogie préconisée par Steiner. Ces écoles ont reçu le soutien de l’Unesco ainsi que de personnalités comme Albert Jacquard et Jean-Marie Pelt. Il y a également la diffusion en pharmacie des produits pharmaceutiques et cosmétiques anthroposophiques sous la marque Weleda, une société basée en Suisse qui, avec 20 filiales réparties dans le monde entier, totalise un chiffre d’affaires de 435 millions d’euros. On peut aussi mentionner la Société financière de la NEF (Nouvelle économie fraternelle) fondée en 1978 par Henri Nouyrit, un agriculteur adepte de l’anthroposophie et également membre fondateur d’Intelligence Verte. Outre le financement de projets anthroposophiques (la charte de la Nef fait explicitement référence à Steiner), la Nef finance aussi de nombreux projets des milieux écologistes et alternatifs. Enfin, il y a l’agriculture biodynamique, avec ses produits labellisés« Demeter », conçue en 1924 par Rudolf Steiner et dont les principes se trouvent le livre intitulé Agriculture – Fondements spirituels de la méthode biodynamique et dont nous allons décrire quelques aspects ci-après.

Les anthroposophes tentent aussi depuis peu de réunir 1 million de signatures à l’échelle européenne en défense de l’anthroposophie. Cette pétition « vise à assurer la reconnaissance juridique pleine et entière de la médecine anthroposophique, des produits alimentaires Demeter, de la pédagogie Steiner-Waldorf et des autres initiatives issues de l’anthroposophie en Europe. » Jean-Marie Defrance de l’association Demeter, justifie cette pétition car, selon lui, « l’agriculture biodynamique “et par là même la liberté de choix du consommateur” sont menacées par des réglementations européennes trop hygiénistes ou trop productivistes. » Les anthroposophes ont pour l’instant recueilli plus de 300 000 signatures et leur comité de soutien est composé de nombreux militants écologistes opposés à l’agriculture conventionnelle comme Jean-Marie Pelt, Albert Jacquard, Pierre Rabhi, Lylian Le Goff (France Nature Environnement et Fondation Nicolas Hulot), Jean-Pierre Camo (journal Biocontact), Philippe Desbrosses, Christophe Devena (Nature & Progrès).

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