Convertir les religions à l’écologisme

Comme le proposait Lynn White, une des solutions à la crise écologique serait de réorienter les religions dominantes vers le paradigme environnementaliste. C’est cette tâche que s’est fixé le prince Philip, duc d’Edimbourg, mari de la reine d’Angleterre et président honoraire du WWF. La raison de cette initiative a été clairement exprimée par Thierry Thouvenot, ancien responsable du WWF-France : « La collaboration avec le monde religieux permet tout d’abord à une ONG comme le WWF de toucher un public nouveau, immense, puisque quatre à cinq milliards de personnes dans le monde sont adeptes d’une religion. A travers les communautés religieuses, le WWF peut donc sensibiliser aux enjeux écologiques un public qui va bien au-delà de ses cinq millions de donateurs actuels à travers le monde. » Ainsi, dès 1986, le prince Philip organisa à Assise (Italie), à l’occasion du 25ème anniversaire du WWF, une rencontre internationale réunissant des représentants des principales religions afin, selon ses propres termes, « de discuter sur la responsabilité – s’il y en a une – qu’ils pensaient avoir pour l’environnement naturel en tant qu’entité « sacrée » ». Cette réunion a débouché en 1990 sur l’organisation de la Conférence nord-américaine sur la religion et l’écologie, à l’occasion de laquelle le prince Philip a déclaré : « Il est maintenant clair que le pragmatisme écologique de ce que l’on appelle les religions païennes, comme celles des Indiens d’Amérique, des Polynésiens et des Aborigènes d’Australie, était beaucoup plus réaliste en termes d’éthique de la conservation que les philosophies monothéistes plus intellectuelle des religions révélées. » Autrement dit, il aimerait bien que les grandes religions monothéistes s’inspirent de ce « pragmatisme écologique ». Dans le même cadre, Michael Fox, de la Humane Society, a déploré la perte des « traditions religieuses des premiers âges qui liaient l’humanité au royaume animal par l’intermédiaire de la Terre Mère, la matrice créatrice… Gaïa, Pan Diane » et leur remplacement par les « religions mâles monothéistes de la raison ».

Finalement, toutes ces rencontres sur le thème religion et écologie vont aboutir à la création en 1995 de l’Alliance of Religions and Conservation (ARC), lors d’un nouveau « sommet religieux » organisé en 1995 par le prince Philip au château de Windsor. Deux ans plus tard, l’ARC organise au Lambeth Palace de Londres une réunion coprésidée par l’archevêque de Canterbury et le président de la Banque mondiale. Au cours de cette réunion, la Banque accepte « de travailler avec les principales fois pour développer des modèles alternatifs de développement économique et écologique », une coopération qui se poursuit encore aujourd’hui. Plus récemment encore, en décembre 2007, les Nations unies ont proposé un programme ambitieux qui s’étalera sur plus de trois ans afin de « travailler avec les principales croyances du monde pour s’attaquer au changement climatique ». Ce programme sera cogéré par l’ARC qui devra établir un plan d’action de sept ans et qui sera lancé en 2009 au château de Windsor. Les leaders baha’is, bouddhistes, chrétiens, taoïstes, hindous, jaïns, juifs, musulmans, shintos, sikhs et zoroastres seront chacun, selon les termes de l’ARC, « invités à engager leur foi et leurs adeptes dans des projets et des programmes concrets concernant le changement climatique et la protection de l’environnement naturel – de la conservation forestière à des systèmes d’agriculture biologique, en passant par la promotion et le financement de sources d’énergie alternatives ».

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