Ni expert

François Veillerette est très souvent présenté comme expert ou spécialiste des pesticides. Or il n’a aucune formation scientifique ou agronomique. Il n’est en fait rien de plus qu’un militant écologiste qui a endossé le costume de « Monsieur Antipesticides » en France, parallèlement à son activité professionnelle de« coordonnateur vie scolaire » dans un établissement d’enseignement spécialisé situé dans l’Oise.

On ne peut donc pas le comparer à quelqu’un comme Arnaud Apoteker, responsable de la campagne OGM à Greenpeace, ou Olivier Curieux-Belfond, responsable de la campagne sur les produits chimiques au WWF, tous deux ayant un minimum de formation scientifique.

Les connaissances agronomiques de François Veillerette, il les doit à Georges Toutain, agronome de l’Inra à la retraite et conseiller régional écologiste indépendant entre 1994 et 1998. C’est avec lui qu’il a fondé en 1996 la petite association écologiste baptisée « Mouvement pour le droit et le respect des générations futures » (MDRGF) dont il assure aujourd’hui la présidence.

Ni représentatif

N’étant pas expert sur les pesticides, on pourrait s’imaginer (espérer ?) que François Veillerette représente, à travers son association, les inquiétudes et les revendications de ce que l’on appelle la « société civile ». Il serait alors légitime que les médias lui accordent une certaine place.

Mais il n’en est rien puisque le MDRGF n’est qu’un groupuscule ne comptant officiellement que 400 adhérents. Nous sommes très loin des 100.000 adhérents du WWF ou de Greenpeace. Alors François Veillerette est-il simplement un phénomène parisien ? Oui à en croire ce qu’en dit Jean-François Lyphout des Amis dela Terre(Dordogne) qui, après avoir travaillé deux mois avec lui au sein du Collectif Ortie et Cie, s’exclame : « Je ne sais toujours pas ce que représente le MDRGF, en tout cas, complètement inconnu dans nos campagnes et dans nos médias locaux. »

Et quand au sein de ce même collectif, une personne critique le travail du MDRGF, François Veillerette n’hésite pas à lui reprocher « de juger le travail d’organisations qui représentent des milliers d’adhérents ». Ce qui fait sursauter Jean-François Lyphout : « Le raisonnement de François [Veillerette] suppose qu’il représente des milliers d’adhérents. Quel délire. »

Comment devenir « Monsieur Antipesticides » ?

Il y a encore cinq ans, François Veillerette était un illustre inconnu. Simple militant au MDRGF ainsi qu’à Greenpeace, il a donc très rapidement réussi à occuper ce créneau de la lutte antipesticides vacant jusqu’alors en France.

D’une certaine manière, François Veillerette a acquis son autorité sur les pesticides par procuration. En effet, c’est en devenant le représentant français de Pesticide Action Network Europe (PAN Europe), une organisation écologiste internationale luttant contre les pesticides depuis 1982, et membre du bureau directeur de l’International POPs Elimination Network (IPEN), autre association écologiste internationale antipesticides, que François Veillerette a pu légitimer son statut de « Monsieur Antipesticides ».

Début 2002, c’est la consécration quand il publie son livre intitulé Pesticides – Le piège se referme (Terre Vivante). Cet ouvrage révèle un talent méconnu de François Veillerette (talent qui n’a d’ailleurs pas décliné depuis) – celui de la compilation.

Il ne s’embarrasse pas de réflexions ou d’investigations originales, préférant synthétiser tous les arguments antipesticides tels que fournis par ses nouveaux amis de PAN Europe ou de l’IPEN. Il dépend à tel point des informations de ses amis anglais ou allemands que le livre mentionne à peine le Gaucho et ignore totalement le Régent TS, alors que le débat faisait rage en France à cette époque-là !

Tisser son réseau d’influence

Dans la foulée de la sortie de son livre, François Veillerette devient président du conseil d’administration de Greenpeace, poste qu’il occupera jusqu’en 2005. Toutefois, son passage à Greenpeace n’est pas marquant et en rien comparable à ce qu’a réalisé par exemple Bruno Rebelle, qui a redressé de façon spectaculaire l’organisation écologiste.

On peut cependant penser que cela l’a aidé à acquérir une certaine notoriété dans les milieux écologistes qu’il n’avait pas auparavant. Son organisation ne représentant presque rien, il est bien obligé de s’appuyer sur d’autres organisations et personnalités pour avoir une certaine visibilité.

Il se rapproche ainsi de Teddy Goldsmith, le milliardaire écolo, fondateur du magazine radical L’Ecologiste. Selon Nadine Lauverjat, permanente du MDRGF, l’association dépendrait pour beaucoup des largesses financières de son richissime ami … François Veillerette a écrit plusieurs articles pour L’Ecologiste et le MDRGF s’est vu confier la responsabilité du « dossier pesticide » dans le numéro de décembre 2006.

Il est aussi invité en 2003 aux Entretiens de Millançay, organisés par Philippe Desbrosses, le « pape du bio », et avec lequel il sympathisera. Deux ans plus tard, il fondera avec lui Objectif Bio, un collectif défendant une agriculture 100 % bio. Le MDRGF collabore aussi avecla Confédérationpaysanne : en décembre 2003, l’association manifeste avec elle devant les bureaux de l’UIPP et, par la suite, le MDRGF va assurer la formation de la commission pesticides du syndicat agricole.

Dans le même esprit, le MDRGF collabore à différents collectifs écologistes comme Agir pour l’environnement ou l’Alliance pour la planète. François Veillerette a créé en 2004 son propre collectif – l’Action citoyenne pour les alternatives aux pesticides (ACAP). De façon méthodique, il a tissé son réseau d’influence qui le rend, pour certains, incontournable sur la question des pesticides.

Cherche cautions scientifiques désespérément

Pour paraître sérieux, aux yeux des médias ou de l’opinion publique, les amis écologistes ne suffisent pas. Rien ne vaut quelques scientifiques – des vrais, en blouses blanches ! – pour cautionner son discours.

Outre les quelques sempiternels scientifiques aux thèses écologistes comme Gilles-Eric Séralini, chercheur en biologie moléculaire, Jean-François Narbonne, toxicologue, Geneviève Barbier, médecin généraliste, etc., François Veillerette va trouver un précieux allié dans sa bataille : le professeur Dominique Belpomme. Ce dernier contacte François Veillerette fin 2002, emballé par la lecture de Pesticides – Le piège se referme.

C’est l’illumination et le professeur Belpomme, cancérologue alors inconnu du grand public et étranger au milieu écologiste, par ailleurs fondateur en 1984 de l’association ARTAC (Association française pour la recherche thérapeutique anticancéreuse), entame sa soudaine conversion à l’écologie ! Pour le cancérologue, il n’y a pas de doute : plus des trois quarts des cancers et bon nombre d’autres maladies sont dus à la pollution.

Une collaboration fructueuse débute entre le professeur et « Monsieur Antipesticides ». Celui-ci introduit le professeur dans les milieux écologistes et ce dernier apporte à François Veillerette une caution scientifique… pas toujours très rigoureuse. Question pesticides, Dominique Belpomme affirme par exemple que « la molécule fipronil, contenue dans le Régent et le Gaucho, est un polluant organique persistant ».

Deux erreurs en une seule phrase ! D’une part, il n’y a pas la moindre trace de fipronil dans le Gaucho puisque sa substance active est l’imidaclopride et, d’autre part, le fipronil n’a jamais été classé comme polluant organique persistant (Pop) dans aucune liste officielle

La technique du banc de poissons

Vous connaissez sans doute la technique du banc de poissons : un grand nombre de petits poissons évoluent ensemble, de façon compacte, afin de faire croire qu’ils sont une grande créature.

Imaginez maintenant un de ces petits poissons affirmer qu’il est cette grande créature et vous aurez plus ou moins une bonne idée de la stratégie de François Veillerette. Prenons par exemple l’ACAP, le collectif créé par François Veillerette. Depuis 2006, l’ACAP organise la semaine pour les alternatives aux pesticides.

La première édition a compté environ 90 événements dans toutela Franceet François Veillerette espère atteindre le nombre de 200 pour 2007. Or la très grande majorité de ces actions ne sont pas menées par des militants du MDRGF, puisqu’il n’y en a pratiquement pas, mais par des associations membres de l’ACAP.

François Veillerette tire ainsi bénéfice, une fois de plus, de l’action d’autres associations. De même, pour accroître sa visibilité, il multiplie plus vite que son ombre les sites internet. On a dénombré à ce jour pas moins de 8 sites dirigés par « Monsieur Antipesticides »… et ce n’est sans doute pas fini.

Les étranges amis de François Veillerette

A part ses diatribes contre les pesticides et sa défense d’une agriculture 100 % bio, François Veillerette est peu loquace en ce qui concerne sa vision du monde ou sa conception de l’homme.

Il adopte de temps à autres un discours pragmatique : « On a souvent opposé les environnementalistes et l’industrie mais il ne s’agit pas de revenir à la bougie ou à la grotte, (…) mais de faire un saut qualitatif au niveau de la technique de la chimie pour aller vers des chimies basées sur des produits qui ont des persistances ou des toxicités nettement moindres que ceux qu’on emploie actuellement. »

Toutefois, cela ne reflète pas sa pensée profonde, à en juger les affinités qu’il entretient avec ses amis tels Fabrice Nicolino (adepte de la décroissance, voir sa bio), les écolos malthusiens (comme Teddy Goldsmith et L’Ecologiste), Dominique Belpomme (qui annonce la fin de l’espèce humaine) ou encore Philippe Desbrosses (grand prêtre du bio radical). Tous sont des catastrophistes radicaux dont certaines idées peuvent faire froid dans le dos. A vous de juger : cliquez là.

François Veillerette ? Ce sont les écologistes qui en parlent le mieux…

Nous savons ce que certains pensent. On n’est pas gentil avec François Veillerette parce qu’on est sûrement à la solde des lobbys industriels et qu’on est payé pour dire du mal des gentils écologistes.

Alors, laissons un instant la parole à des écologistes qui ont travaillé avec « Monsieur Antipesticides » au sein du Collectif Ortie et Cie, créé en septembre 2006 afin de défendre une homologation simplifiée pour les pesticides et herbicides « naturels ».

Selon le témoignage de certains, le MDRGF, qui héberge le collectif, a tenté d’imposer son autorité au détriment des autres participants. Ainsi, Jean-François Lyphout (Amis dela Terre) s’interroge, dans un échange de mails sur la liste de diffusion du collectif (ouverte à tous), sur le côté autoritaire de François Veillerette (les fautes d’orthographe sont d’origine) : « Il va falloir éclaircir, si le fait d’etre heberger par le MDRGF amene François [Veillerette] à définir les régles. »

Bernard Bertrand (Editions de Terran), autre responsable du collectif, s’étonne lui aussi du comportement particulier de François Veillerette : « il y a quand même un prob. François [Veillerette], cela fait deux fois […] qu’il m’envoie des mails perso du genre j’ai confiance en toi alors si tu pouvais faire ceci ou cela, et c’est inacceptable, je viens de lui répondre (à lui seul pour pas foutre la merde plus) en le lui, disant pôliment, mais s’il continu à se comporter en despote je serais obligé de prendre position moi aussi… »

Un autre responsable du collectif, Patricia Beucher (journaliste à RTL), lance des attaques plus précises. En effet, elle se plaint que « la décision de remettre les pétitions et la listes des demandes d’adhésions aux associations qui les ont réclamées n’ait toujours pas été respectée à ce jour ».

Or c’est le MDRGF qui a les pétitions et la liste de demandes d’adhésion. Elle reproche alors à François Veillerette d’en faire un usage à des fins autres que le collectif : « décidément, ces pétitions, vous y tenez, vous vous y cramponnez, vous n’avez vraiment pas envie que qui que ce soit vienne les reprendre!

Tout le monde a bien compris que cette décision ne vous convenait pas car bien entendu, cela contrecarre vos petites manoeuvres. le “pas vu pas pris” des petits profits […] je prends donc acte de votre tentative de cambriologe à la minable sur une action dans laquelle vous avez surtout repére un créneau à subventions et l’opportunité de quelques postes factices quand ses fondateurs y voyaient la naissance d’une action citoyenne désinteréssée, c’est une leçon qui ne sera pas oubliée.

La mobilisation citoyenne que vous tentez de resquiller ne vous doit rien, en l’espace d’un trimestre nous avons fait davantage que vous en…combien d’années déjà? Tiens rien que depuis l’entrée en vigueur de la directive, en février 2004, vous n’avez pas été fichus de faire appliquer la directive phytos que tous les bio attendaient.

Mais c’est vrai que pendant que les négos patinent, on peut inventer des budgets fumeux et faramineux, bricoler des postes bidons et se faire mousser avec son soi-disant carnet d’ad ! Honnêteté, efficacité, bravo les anti tout , vous êtes les champions…de la récup parasitaire. […] »

No comment.

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