Le complot

Fabrice Nicolino n’a pas attendu sa collaboration avec le militant anti-pesticides pour se lancer dans la dénonciation tous azimuts des responsables de cette « crise écologique et morale ».

Dans Tour de France d’un écologiste, il accuse le pouvoir secret d’une petite élite, sorte d’oligarchie scientiste : les grands corps d’Etat, et notamment les Mines, les Ponts et chaussées et le Génie rural des eaux et forêts (Igref). « Qui commande ? Officiellement les politiques, les ministres, l’Etat. En réalité, quelques centaines d’ingénieurs issus des plus grandes écoles, animés d’une vision du monde que je crois totalement inadaptée aux questions posées », assure-t-il.

Pour Fabrice Nicolino, cette « face cachée de la société française » ne représente pas grand-chose numériquement : « A l’échelle du pays, ils ne sont qu’une poignée. Une cohorte, un groupuscule. » Mais ils sont indestructibles, et l’un de leurs principaux crimes est de disposer du « monopole d’expertise technique ».

D’où l’impérieuse nécessité de les dissoudre. « Si j’étais Vert en France, la première chose que je ferais, c’est une campagne pour l’abolition des grands corps d’Etat », déclare le célèbre militant allemand anti-nucléaire Mycle Schneider, cité par Fabrice Nicolino à la fin de l’ouvrage. Jean-François Terrasse, directeur scientifique du WWF-France de 1985 à 1996 – également cité dans le livre – estime pour sa part que « la lutte contre les grands corps techniques de l’Etat devrait être une priorité du mouvement écologique.

Il faudrait démanteler l’EDF, les Igref, les Mines et le reste. » « Les technocrates ne sont pas responsables de tout », reconnaît néanmoins Fabrice Nicolino. Car il y a aussi les scientifiques, dont « bon nombre sont des cons [sic] ». Tout ce beau monde est, bien entendu, manipulé par les multinationales, vraies responsables aux yeux du militant : « La vérité, qui finira bien par être connue, c’est que la chimie, totalement aux mains des multinationales, a déclaré la guerre à la vie sur terre. »

S’exprimant au sujet de L’effroyable imposture de Thierry Meyssan, Fabrice Nicolino en critiquait la « méthode, qui est aussi celle des négationnistes, et qui consiste à empiler certains faits réels sur d’autres controuvés, puis de passer le tout au hachoir de la surinterprétation ». Cette remarque semble avoir été formulée spécialement pour Pesticides, révélations sur un scandale français, qui se résume à dénoncer un monde aux mains de puissances occultes (ici le « lobby des pesticides »).

Ce type de construction paranoïaque est irréfutable, car, pour ceux qui s’y adonnent, toute contestation est vaine dans la mesure où « les preuves avancées qu’un complot n’existe pas se transforment en autant de preuves qu’il existe », comme l’analyse le sociologue Pierre-André Taguieff. « Si vous niez l’accusation, cela prouve que l’accusation est vraie », conclut Damien Theillier, professeur de philosophie.

Bienvenue donc à Pesticides, révélations sur un scandale français, dans l’univers obscur des puissances masquées qui manipulent le monde !

Merci à www.agriculture-environnement.fr

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