Vaccins et traitements contre la Covid : la France paye (cher) son science-bashing

C’est un comble ! Tandis que les annonces de vaccins étrangers se multiplient (Pfizer/BioNTech, AstraZeneca, Moderna, Sputnik, etc.), appuyées par d’impressionnants taux d’efficacité revendiqués, le pays de Pasteur est loin de figurer parmi les pionniers avec seulement deux projets pour le géant tricolore Sanofi : un vaccin aux protéines recombinantes annoncé pour le printemps, et un vaccin ARN promis pour la fin de l’année 2021. L’Institut Pasteur travaille quant à lui sur trois projets, dont aucun n’est prévu pour bientôt… De quoi interroger et souligner, à l’exemple du Monde du 1er décembre dernier, « la nécessité de mobiliser moyens et structures afin d’assurer la liberté des chercheurs ».

Le quotidien du soir revient sur la saga de l’« ARN messager » et « l’itinéraire de Katalin Kariko, née en Hongrie voici soixante-cinq ans, fille de boucher devenue biochimiste, à l’origine d’applications thérapeutiques faisant appel à l’ARN messager (…) symptomatique des interactions entre un caractère, des institutions et une crise sanitaire, qui font progresser la connaissance scientifique et la médecine ». Le Monde est admiratif :

« Sans son obstination à poursuivre son rêve de « soigner le monde », sans sa persévérance dans une voie aride considérée alors par ses pairs comme une impasse, la biochimiste, recrutée en 1987 par l’université de Pennsylvanie, n’aurait pas supporté l’humiliation d’avoir été mise sur la touche, faute de résultats, par cette prestigieuse institution. Sans sa rencontre « devant la photocopieuse » avec Drew Weissman, jeune médecin immunologiste, ils n’auraient pas été, ensemble, les premiers à maîtriser les réactions immunitaires liées à l’ARN messager. »

L’édito n’est, comme toujours, pas signé. Une chose est certaine, il n’a pas été rédigé par Stéphane Foucart, journaliste-militant écologiste très antiscience (hostile aux OGM, au glyphosate, etc.) bien connu de nos lecteurs. En effet, regrette Le Monde,

Que la France soit quasi absente de ces découvertes, sauf de façon marginale ou à travers des scientifiques expatriés, en dit long sur l’absence de l’écosystème qui, aux Etats-Unis, permet de financer le « risque scientifique » et sur la difficulté, pour les groupes pharmaceutiques français, de laisser tout le temps nécessaire à des chercheurs pour explorer des pistes incertaines. L’amertume de ce constat est renforcée par la récente adoption par les députés d’une loi de programmation sur la recherche scientifique qui, à l’inverse, renforce les financements sur objectifs au risque d’affaiblir les amateurs de chemins de traverse.

A propos d’amateurs de chemins de traverse, nous attirons l’attention de nos lecteurs sur les travaux d’une PME nantaise ignorée de l’Etat français et d’Emmanuel Macron, Xenothera. Cette biotech a développé avec des moyens dérisoires (100 000 euros levés auprès de particuliers sur Internet, puis 200 000 euros de la région Pays-de-la-Loire, et 200 000 euros de la métropole de Nantes, de quoi finir par attirer l’attention d’investisseurs qui ont apporté 7 millions d’euros en juin dernier) un traitement contre la Covid-19 :

« Même quand un vaccin sera disponible, il restera toujours une partie de la population susceptible d’être contaminée par le virus », souligne le docteur Odile Duvaux, cofondatrice et présidente de Xenothera, une société née en 2014 et spécialisée dans la fabrication d’anticorps polyclonaux « humanisés », utilisés dans les greffes d’organes, et dans les infections de coronavirus (Sras, Mers). « D’une part, parce que toute la population ne sera pas vaccinée, d’autre part, parce que le vaccin ne sera pas efficace à 100% ni sur une durée illimitée. »

« Depuis le début du projet XAV-19, à vrai dire, le parcours de Xenothera est jonché d’obstacles » résume l’hebdomadaire Challenges. Outre la difficulté à se financer,

le dossier qu’elle a déposé en juin avec le CHU de Nantes pour lancer les essais cliniques reste bloqué. « Le ministère de la Santé avait décidé de suspendre les autorisations d’essais cliniques pour éviter un embouteillage tandis que le nombre de patients refluait après la première vague. » Pendant ce temps, outre-Atlantique, les géants Eli Lilly et Regeneron, et leurs traitements aux anticorps de synthèse, se sont fait ouvrir toutes les portes des tests par les autorités américaines en un temps record. Et les financement pleuvent.

(…) Soutenue par les élus locaux, en tête desquels le député de Loire-Atlantique et ancien ministre François de Rugy, la PME finit par décrocher son autorisation de l’ Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) mi-août et démarre ses essais cliniques début septembre.

Sa croisade ne s’arrête pourtant pas là :

« Nous sommes autorisés à faire des essais sur deux malades, puis nous devons attendre trois semaines avant de recommencer avec d’autres patients », souligne la scientifique. Un protocole thérapeutique très lent qui repousse l’objectif d’avoir testé 400 patients aux calendes grecques… « Il faut évidemment s’assurer que le traitement ne provoque pas d’effets secondaires, mais cette cadence ‘pas à pas’ est une spécificité française », selon Odile Duvaux. Un retard qui, déplore-t-elle, « ne se rattrapera pas ».

Comment s’étonner ensuite que certains de nos meilleurs chercheurs (ceux qui cherchent et qui trouvent) s’expatrient aux USA ?

Malgré tout, Xenothera, qui travaille à ce stade avec quatre CHU (Nantes, Angers, Paris – Saint-Antoine- et Lyon) entrevoit la fin du tunnel. Le 10 novembre, l’essai clinique a obtenu la validation de la tolérance de la première dose de XAV-19 chez les 10 premiers patients. De quoi démarrer la seconde cohorte de 8 patients recevant une deuxième dose. Et lorsque le cap des 18 patients sera atteint, l’ANSM donnera l’autorisation d’élargir et d’accélérer ces essais. « Nous avons déjà 40 hôpitaux volontaires partout en France et notre objectif est d’achever les essais durant le premier trimestre de 2021. »

Cet exemple ou « la saga de l’ARN messager, clé de ces immenses promesses, confirme le rôle souvent déterminant des amateurs de sentiers buissonniers et de baguenaudage scientifique et, partant, la nécessité de mobiliser moyens et structures afin d’assurer la liberté des chercheurs » conclut avec raison Le Monde.

Dommage qu’il ait fallu attendre la Covid-19 pour que le quotidien dit de référence se mette à faire confiance aux chercheurs, après des décennies de relais sans recul ni esprit critique des discours écologistes antisciences les plus délirants. Car à force de constamment mettre en doute la parole de l’Anses et des scientifiques, Le Monde a une grande responsabilité dans la méfiance absolue des Français vis-à-vis des vaccins, des OGM, donc des prétendus « vaccins OGM » (qui ne modifient en rien l’ADN humain) et plus généralement de la recherche scientifique.

A cela s’ajoute un climat délétère au sein de la sphère publique française de recherche : thématiques de recherches de facto interdite (OGM…) & autocensure, financements orientés vers des études qui n’ont pour unique but que de mettre en doute l’innocuité de solutions trouvées…pas d’autres chercheurs, entrisme écologiste qui transforme beaucoup (trop) des nos chercheurs en militants passant leur temps à remettre en cause les grandes règles scientifiques (science réglementaire, par ex.).

« Des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche… » disait de Gaulle en 1967. Cette maxime est hélas toujours d’actualité, et de manière bien pire que dans les années 60.  La réponse à apporter est simple et connue,  soutien à la science (en commençant par les maths par exemple, où nous sommes parmi les plus « nuls » d’Europe!), à la R&D, à l’agriculture, à la prise de risque. En enfin, et c’est sans doute le plus important, changer notre rapport à la vérité scientifique, battue en brèche en permanence, en particulier par les plus hautes autorités de l’Etat au profit d’une fabrique du doute dont la sphère écologiste s’est faite la spécialiste.

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Commentaires
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  2. Zygomar
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  3. Zygomar
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  4. Albert AMGAR
  5. Albatros

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