SDHI : Rustin en voie de séralinisation ?

Pierre Rustin, qui n’est pas n’importe qui, un chercheur reconnu même (un peu « fou » disent certains mais sans connotation négative), vient de publier dans la revue scientifique PLOS One une étude qui affirme que l’utilisation des SDHI, une classe de pesticides destinée à lutter contre les champignons et moisissures autorisée en Europe depuis la fin des années 2000, provoquerait des pathologies chez l’être humain.

Sur la forme : Nous assistons à une inquiétante mutation, celle d’un chercheur émérite au CNRS en militant qui a parfaitement compris les « séquences de la communication » et pilote parfaitement celle-ci.

Pierre Rustin organise ainsi la publication d’une étude puis fait partir un communiqué de presse signé du CNRS envoyé à quelques médias complaisants triés sur le volet avec mise sous embargo. Tiens, ça nous fait penser à la méthode d’un certain Seralini verrouillant sa communication pour faire croire à une « révélation » sur le danger des OGM…

Ce jeudi à partir de 20h donc, déferlante chez tous les amis du militant Fabrice Nicolino, qui a fait parler de lui récemment pour avoir commis un livre sur le sujet. L’objectif (plutôt réussi) est bien d’avoir le plus gros impact média possible.

Complaisants, les journalistes tombent dans le panneau et « oublient » de demander l’avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) qui est en charge de l’homologation des produit phytosanitaires mis en cause ou même de leurs fabricants (l’UIPP). Le principe du contradictoire, c’est valable pour Eric Zemmour… et puis c’est tout. Dommage car l’ANSES est on ne peut plus clair sur les fongicides SDHI. Il n’y a pas lieu d’émettre la moindre alerte a rappelé l’ANSES a moulte reprises cette année.

Sur le fond : suite à la publication en avril 2018 d’une tribune alarmiste signée par un collectif de neuf personnes donc Pierre Rustin dans Libération, l’ANSES réagissait  avec des propos très rassurant sur les SDHI.

A l’époque, nous nous étonnions que ce « collectif » ne soit composé que de 9 membres, tous français alors que les fongicides sont utilisés partout dans le monde pour protéger les cultures et garantir la sécurité sanitaire des récoltes pour les consommateurs. Nous jugions étonnant qu’en la matière seuls des scientifiques français soient mobilisés. En outre, notions-nous, la tribune ne présentait pas les résultats d’une étude mais formulait des hypothèses à partir d’études dont la plus récente datait de… 2016. « Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de réagir ? Et encore une fois, pourquoi privilégier les médias aux autorités publiques ? » nous interrogions-nous. Le choix du titre de presse pour la publication de la tribune n’était pas non plus anodin. Libération est en effet connu pour ses prises de position militante en matière de pesticides. La publication de la tribune était d’ailleurs accompagnée d’un article à tonalité alarmiste destiné à faire le buzz…

En janvier 2019 puis en juillet, l’ANSES réaffirmait sa position en concluant à l’absence d’alerte sanitaire pouvant conduire au retrait des autorisations de mise sur le marché de ces fongicides.

Gérard Lasfargues, directeur général délégué de l’Anses, interpelé par le député militant LFI Loïc Prudhomme, le 14 juin 2019 lors d’une audition de la commission d’enquête « Alimentation industrielle » à l’Assemblée nationale, sur le refus de l’ANSES de financer les recherches du professeur Rustin sur les SDHI nous amène plus loin sur la question du sens des responsabilités de P. Rustin  (et vous allez voir pourquoi) :

« Je vais entrer dans le détail des échanges que nous avons eus avec M. Rustin. En fin d’année 2017, il nous a contactés pour nous dire qu’il travaillait sur des maladies rares, liées à des mutations du gène de la succinate déshydrogénase (SDH). Chez l’homme, ces mutations conduiraient à des associations avec certaines maladies chroniques, voire des cancers. C’est une autre problématique que les SDHI. Il nous a dit être étonné que des substances capables d’inhiber la respiration mitochondriale puissent être mises sur le marché, nous indiquant qu’elles étaient cancérogènes.

Interpellés, nous lui avons demandé de nous fournir les données des études qui lui permettaient d’affirmer de telles choses. Aucune des études de cancérogènes qui figurent dans nos dossiers ne permet de classer les SDHI mis sur le marché comme cancérogènes avérés ou cancérogènes probables. Il y avait donc une contradiction. À ce jour, j’attends toujours les données de ce scientifique.

[…] Nous avons ouvert nos dossiers à M. Rustin, nous lui avons dit de ne pas hésiter à nous faire part de ses observations en matière d’évaluation et que nous étions prêts à en discuter et à faire des corrections si c’est nécessaire. M. Rustin nous a répondu qu’il fallait être inhumains pour regarder ces dossiers. Il y a donc plein d’êtres inhumains à l’ANSES qui regardent ces dossiers jour après jour, page par page… Et beaucoup de chercheurs de l’INSERM, de l’INRA et du CNRS, sont capables de se pencher sur ces dossiers et de regarder ce qu’ils contiennent. Avant de lancer une alerte, peut-être aurait-il fallu prendre le temps de consulter attentivement ces dossiers et d’échanger avec les collègues chercheurs et experts. »

L’étude publiée le 7 novembre ne peut être basée sur des éléments dont n’aurait pas connaissance l’ANSES… ou alors ceux-ci auraient dû être communiqués par Pierre Rustin. Lui-même déclare à Libération du 7 novembre :

« Si j’étais responsable d’une agence sanitaire et qu’on me livrait les informations que nous publions, j’interdirais les SDHI dans la journée. Chaque jour compte. »

Comme « chaque jour compte », nous ne pouvons ne serait-ce qu’imaginer que Pierre Rustin aurait caché à l’ANSES plusieurs mois durant des informations susceptibles de sauver des vies humaines en vue de faire le buzz en novembre 2019. Ce serait totalement irresponsable et parfaitement criminel. Non, nous penchons plutôt pour l’absence d’éléments nouveaux. D’autant que – comme le souligne fort justement l’UIPP dans un communiqué – « dans le cadre des évaluations des produits phytosanitaires, l’ANSES prend en compte l’ensemble des études scientifiques intégrant notamment les effets potentiels sur les organismes entiers, ce qui va au-delà d’études réalisées in vitro sur des cellules isolées. » Dans le brouhaha médiatique, ce communiqué est passé inaperçu.

De quoi nous faire craindre pour Pierre Rustin une pathologie qui n’a (vraiment) rien à voir avec les phytos : la séralinisation. Du nom de GE Seralini qui a préféré les lumières éphémères des médias au sérieux de la science.

 

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Commentaires
  1. Dan
  2. Visor
  3. max
    • max

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