Pisseurs volontaires : « La farce des tests au glyphosate »

Nos lecteurs ne l’ignorent pas, chez certains rurbains, la dernière mode est au prélèvement de son urine pour la confier à une association militante. Celle-ci l’envoie pour analyse à un laboratoire allemand, toujours le même, qui y trouve systématiquement du glyphosate (en moyenne 1,2 ng/ml sur 5 400 échantillons)…

Récemment, une vingtaine d’agriculteurs conventionnels, originaires du Morbihan, ont à leur tour, fait tester leurs urines. Celles-ci ont été prélevées et déposées au CHU Vannes puis envoyées par congélation au CHU de Limoges. Surprise, cette fois-ci, les échantillons sont tous négatifs (<0,4 ng/ml). Alors qu’il s’agit d’agriculteurs qui utilisent régulièrement des phytos dont du glyphosate.

De quoi faire s’interroger Le Mensuel du Morbihan de novembre 2019 :

comment des agriculteurs conventionnels, utilisant régulièrement des pesticides, peuvent avoir des taux inférieurs à ceux de citoyens, qui, pour beaucoup, mangent bio ? Qui des agriculteurs ou des pisseurs ont le bon taux de glyphosate dans les urines ?

Ce que Libé, Cash-Investigation ou Le Monde n’avaient jamais fait, ce magazine l’a tenté, et avec succès :

réaliser des tests d’urine croisés en envoyant des échantillons semblables au CHU de Limoges et au laboratoire allemand BioCheck

Le risque étant bien entendu d’arriver à ce verdict :

Ce sont les tests des pisseurs qui sont biaisés. Pour des raisons scientifiques, comme le démontrent nos propres tests, mais pas seulement…

Première erreur volontaire des pisseurs, comparer la dose tolérée de glyphosate dans l’eau (fixée à 0,1 ng/ml) à celle présente dans l’urine humaine. « Comparer une valeur dans un fluide humain comme l’urine avec une valeur de contamination dans l’eau n’a aucune signification toxicologique » explique Christian Mougin, directeur de recherche à l’Inra, au Mensuel du Morbihan. « Il vaudrait mieux comparer à la dose journalière admissible, qui, pour le glyphosate est de 0,5 mg/kg de poids corporel », ajoute Laurence Payrastre, chercheuse au sein de l’unité Toxalim de l’Inra.

Deuxième erreur volontaire des pisseurs, ne faire appel qu’au laboratoire BioCheck

qui utilise la méthode d’analyse immuno-enzymatiques « Elisa ». Problème : cette dernière a été initialement conçue pour des tests rapides dans l’eau, « une matrice beaucoup moins complexe (que l’urine) », souligne Sophie Goulitquer, cheffe du service des micropolluants à Labocea. Ce laboratoire public breton utilise une technique d’analyse par chromatographie et spectrométriede masse comme le CHU de Limoges. « La spectrométrie de masse en tandem est quelque chose de rodé, fiable », détaille Mireille Canal-Raffin, enseignante-chercheuse à l’université de Bordeaux. Christian Mougin va dans le même sens : « Je pense que cette méthode, qui sépare, identifie et quantifie les composés à analyser fournit des résultats beaucoup plus fiables que la méthode immuno-enzymatiques dans le cas de dosages dans des milieux complexes. »

Éthiquement, le laboratoire n’est également pas exempt de tout reproche non plus :

L’établissement accompagne toujours ses résultats d’une notice en allemand signée par l’une de ses vétérinaires. BioCheck y invite ses testeurs d’urines à consulter le site antipesticides www.ackergifte-neindanke.de (traduction : « poison agricole non merci ») pour « être à jour » sur les dangers des phytos. Pas vraiment l’image que l’on se fait d’un laboratoire impartial.

Par ailleurs, Monika Krüger, vétérinaire spécialiste du glyphosate et cofondatrice du labo, s’est clairement exprimée dans la presse allemande pour le retrait de la molécule du marché, ajoute Le Mensuel du Morbihan.

Mais pourquoi seulement ce laboratoire ?

Les principaux intéressés avancent plusieurs arguments. D’abord, la sensibilité du test. Avec sa méthode Elisa, BioCheck propose un seuil de détection très bas et attractif de 0,075 ng/ml. « Des laboratoires français nous proposait eux des seuils à 0,4 ou 0,5. Statistiquement, 30% d’entre nous auraient été en-dessous. Ce qui aurait pu signifier qu’ils n’avaient pas de glyphosate. C’était contraire à ce que l’on voulait montrer. »

Autre argument avancé : la simplicité et le prix du protocole. Pour envoyer les échantillons d’urines en Allemagne, pas besoin de congélation. Un simple colis suffit pour un prix d’analyse de 75 euros. « À l’époque, on n’avait pas trouvé plus précis, plus près, moins cher et plus facile que BioCheck. » Des arguments qui à l’époque étaient peut-être valables mais qui, pour certains, tombent aujourd’hui à l’eau. Depuis plusieurs semaines, le CHU de Limoges a de fait diminué son seuil de détection de 0,4 ng/ml à 0,05 ng/ml, soit en-dessous du laboratoire allemand. Quant au prix de l’analyse, il est d’environ 68 euros pour le CHU.

Bref, pour nos pisseurs rurbains, tout va de mal en pisse.

Mais peu importe les faits, « le glyphosate est toxique pour la santé », assène Joël Labbé, sénateur écologiste du Morbihan. Aucune agence nationale ou internationale n’est jamais arrivée à cette conclusion, à part le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui classe le glyphosate « cancérogène probable » comme la viande rouge, mais pas « cancérogène certain » comme la pilule contraceptive et la charcuterie, dans un travail orienté. Joël Labbé, après avoir abandonné ses études à 20 ans et être devenu technicien dans un laboratoire de contrôle alimentaire, serait-il plus qualifié que ces centaines de scientifiques ? Que cet élu commence par être cohérent en demandant aussi l’interdiction de la viande rouge et, à plus forte raison, de la charcuterie et de la pilule contraceptive. En attendant, nos conseillons à nos lecteurs d’acheter Le Mensuel du Morbihan de novembre ou même de s’y abonner, ne serait-ce que pour encourager les journalistes qui font vraiment leur travail.

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