Le compost humain, « pour réduire l’impact environnemental de la mort »

Et si le tueur en série Michel Fourniret était un écologiste qui s’ignore, une sorte de visionnaire en avance sur son époque ? Par la force des choses, les corps de ses nombreuses victimes n’étaient ni incinérés ni inhumés mais simplement enterrées, c’est-à-dire, à peu de choses près, « humusées ».

Sur le site Humusation.org, la fondation Métamorphose pour mourir… décrit le processus d’humusation : « Il s’agit d’un processus contrôlé de transformation des corps par les micro-organismes dans un compost composé de broyats de bois d’élagage, qui transforme, en douze mois, les dépouilles mortelles en humus sain et fertile. La transformation se fera hors sol, le corps étant déposé dans un compost et recouvert d’une couche de matières végétales broyées. En une année, l’humusation (…) produira plus ou moins 1,5 m³ de “super-compost” ».

Comme l’explique Le Monde,

les promoteurs de cette démarche revendiquent son caractère écologique. « Contrairement à l’enterrement », elle « ne nécessite pas de cercueil, pas de frais de concession dans un cimetière, pas de frais de pierre tombale, ni de caveau, pas de frais d’embaumement, ni l’ajout de produits chimiques nocifs, elle ne provoque pas de pollution des nappes phréatiques par la cadavérine, la putrescine, les résidus de médicaments, les pesticides, les perturbateurs endocriniens », peut-on lire sur Humusation.org.

« Une fois le corps entièrement transformé en humus, la famille peut récupérer un seau de ce compost, auquel est ajoutée une jeune pousse choisie à l’avance », écrit le site Simplifia, qui se présente comme « la référence du funéraire ».

Le Monde ajoute que

« contrairement à l’incinération, elle ne génère pas de rejets toxiques dans l’atmosphère, ni dans les égouts, pas de consommation déraisonnée d’énergie fossile (+/- 200 l d’équivalent mazout/personne), pas de location de columbarium, pas de détérioration des couches superficielles du sol lors de la dispersion des cendres ».

L’idée du compost humain fait ainsi son petit chemin aux États-Unis, en Belgique mais aussi en France. Objectif : réduire l’impact environnemental de la mort. En effet, certains environnementalistes extrémistes en arrivent à programmer des suicides de masse (Cf. par exemple le manifeste OOS). Mais pour eux, le problème reste entier : en mettant un terme à leur existence, ils vont quand même polluer (une dernière fois). C’est peut-être ce qui les retient encore, qui sait ?

Outre sa légalisation imminente dans l’État de Washington (aux côtés de l’aquamation funéraire : par hydrolyse alcaline, le corps étant dissous dans un bain chimique), l’humusation va être prochainement testée en Belgique par l’UCL sur… deux porcs. Les résultats sont attendus pour 2020.

En France, le ministère de l’intérieur a rappelé en octobre 2016 que « l’humusation (…) est actuellement interdite. Son introduction en droit interne soulèverait des questions importantes, tenant notamment à l’absence de statut juridique des particules issues de cette technique et de sa compatibilité avec l’article 16-1-1 du code civil ».

Dans l’État de Washington, certains se préparent à proposer des prestations d’humusation : elles devraient coûter 5 000 dollars, « moins qu’un enterrement classique, mais plus cher qu’une crémation en bonne et due forme ». On se disait bien aussi qu’il y avait un nouveau marché à conquérir (exactement comme pour le bio), basé sur la critique environnementale des prestations existantes (exactement comme pour le conventionnel). On devine que la marge, elle, sera plus importante que pour la crémation ou l’enterrement classique (car on est exclusivement dans le service. La prestation ne comprend plus l’achat de fioul ou d’un cercueil en bois).

Tandis que les lobbies et ceux qui les financent se frottent les mains, « le processus se heurte à une certaine opposition de la part de l’Église catholique », reconnaît dans le Guardian Jamie Pedersen, qui siège à l’Assemblée législative de l’État de Washington. Vous savez, celle qui met de façon inédite à disposition des habitants de la planète 400 000 prêtres parfaitement bénévoles et à l’écoute. M’est avis que l’avis de cette institution est, quoi qu’on en pense par ailleurs, parfaitement désintéressé, lui.

Des élus belges s’interrogent sur la pertinence de l’humusation souligne L’Avenir. A Mons, Yves André, du Centre démocrate humaniste, remarque : « On touche là à un élément sacré qu’est la dépouille humaine ».

Quant au caractère réellement écologique de la pratique, il pose question : « On peut (…) s’interroger sur le parcours alimentaire et médicamenteux de nos défunts puisque celui-ci influence les risques de pollution des sous-sols par les liquides organiques ou par les risques de pollution gazeuse. » L’allongement de la vie s’accompagne en effet d’une consommation de médicaments à même d’avoir un impact sur l’environnement… Prochaine étape pour sauver la planète, l’interdiction des médicaments ?

Source : Le Monde

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Commentaires
  1. Daniel
  2. 25/01/2019
  3. Max
  4. Alzine
  5. Guillaume
  6. François Franck

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