« L’Obs » et le permis de procréer

« Permis de procréer. Tel est le nom d’un drôle d’essai qui rêve de limiter les naissances pour le bien des enfants… et de la planète. Son auteur s’explique. »

« S’il y a bien une chose qui exaspère Antoine Bueno, c’est qu’on le félicite à propos de la naissance, il y a quelques mois, de sa fille. Cet essayiste et chargé de mission au Sénat est, jure-t-il, très heureux à 36 ans d’être papa pour la seconde fois. Mais il ne peut pas prendre une naissance comme une bonne nouvelle, plutôt comme l’assouvissement d’un désir égoïste. Car il y a la question environnementale : chaque nouvel individu est, surtout dans notre société d’hyper-consommation, un émetteur de CO2 de plus, un mangeur de viande de plus, un producteur de déchets de plus… Bref, un clou supplémentaire dans le cercueil de la planète Terre. »

Ainsi est complaisamment présenté par L’Obs l’essai Permis de procréer (aux éditions Albin Michel) d’Antoine Bueno qui demande, en vrac, une « politique dénataliste mondiale » assortie de l’organisation d’un « marché mondial des droits à procréer » ainsi qu’un « contrat de parentalité » en France. Celui-ci serait accordé au terme de séances en couple chez un psy.

Et si les parents refusent de s’y soumettre ? « Ils seront possiblement déchus de leur autorité parentale. C’est-à-dire que leur bébé pourra leur être retiré, dès sa naissance, pour être confié à une autre famille. » L’écrivain souhaite également imposer des « thérapies » aux parents susceptibles de maltraiter leurs enfants et, dans le pire des cas, les inviter à avorter jusqu’à la 24e semaine. S’ils refusent, « le bébé leur sera retiré dès sa naissance et confié à une autre famille ».

« Redevance de procréation » et néocolonialisme

« Je souhaite que nous mettions fin à cette sacralisation absurde du lien biologique » explique-t-il. Antoine Bueno préconise aussi la création d’une « redevance de procréation », autrement dit un impôt que les couples devraient verser à chaque enfant, dans « la logique du principe ‘pollueur-payeur' ».

Le sinistre prospectiviste fait montre de néocolonialisme en demandant que les pays du Nord récompensent ou sanctionnent les pays du Sud dans le cas où ceux-ci obéiraient ou désobéiraient aux exigences malthusiennes des premiers. La démographie prise dans son ensemble étant une thématique mondiale, résoudre ce que l’on croit être un problème dans ce domaine ne peut l’être que globalement, par la contrainte (en l’espèce feutrée : on ne force personne à avorter mais on vous prendra votre enfant à la naissance ou alors il faudra payer un nouvel impôt) au sein des pays et vis-à-vis des pays en voie de développement.

Et c’est un hebdomadaire de gauche, soi-disant attaché aux libertés individuelles et hostile au colonialisme, qui véhicule de telles pensées. Un contradicteur sérieux et crédible eut été indispensable ! Mais non, le journaliste interviewer est complaisant, joue à la vierge effarouchée (« Un permis, c’est quand même une méthode très coercitive ! ») et n’a surtout pas les compétences pour répondre sérieusement à cet illuminé.

Voilà où mène l’écologisme des marchands de peur : au totalitarisme le plus sordide. « Pour sauver l’homme, on ne va quand même pas tuer l’homme ? » me répondrez-vous. Justement, si, car il ne s’agit pas de sauver l’homme mais la planète perçue, dans une vision mystique très new age (post-chrétienne, mais qui emprunte aussi à des croyances pré-chrétiennes), comme un organisme vivant qui serait aujourd’hui malade des hommes.

La peste verte

Vous l’avez compris, la vision des extrémistes qui propagent ces idées n’est plus du tout anthropocentrée. Les catastrophes et les massacres deviennent des bénédictions et l’être humain est perçu par eux comme un microbe qui prolifère. Sauf que, justement, le (vrai) microbe qui prolifère n’est pas capable de se percevoir ni d’ailleurs de changer de système (c’est un animal social donc organisé, mais en aucun cas politique).

Ils sont donc eux-mêmes la démonstration de l’inanité de leur raisonnement. C’est parce qu’ils ne sont justement pas des microbes (et nous pas plus qu’eux) ou des dauphins mais des êtres humains que ces dingues se stérilisent et, pour les plus convaincus (et cohérents d’entre eux), programment des suicides de masse (Cf. par exemple le manifeste OOS). Ils n’ont pour l’instant ni le pouvoir de stériliser autrui de force ni celui-ci de « suicider » des populations entières mais leur raisonnement montrent qu’ils pourraient un jour être amené à le faire en invoquant la légitime défense de Gaïa. Un peu comme un vegan pourrait tuer un être humain qui s’apprêterait à abattre une vache, l’antispécisme étant opposé à toute hiérarchie entre espèces. Il ne fait plus la différence entre la vache et l’homme.

Ces individus sont donc, par leur idéologie, objectivement dangereux pour le reste de l’humanité, humanité dont ils s’excluent (et nous excluent au passage) en se comparant aux animaux. Notre logique anthropocentrée mais respectueuse du vivant nous empêche de les prendre au mot et des les traiter comme des vaches. Mais la défense légitime de nos libertés et de nos vies conduira sans doute nos systèmes démocratiques à affronter un jour autrement que verbalement les plus extrémistes, les plus déraisonnables d’entre eux. Pour éviter cela, commençons à argumenter sérieusement pour qu’ils quittent d’eux-même l’impasse mortifère dans laquelle ils s’engagent aujourd’hui.

A l’inquiétante et folle prospective d’Antoine Bueno, répond donc la nôtre, douloureuse mais nécessaire. Il ne fallait évidemment pas compter sur L’Obs, trop occupé à faire joujou avec la boîte de Pandore, pour s’en charger.

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Commentaires
  1. Visor
  2. Max
  3. dom
  4. Alzine
  5. 25/01/2019
  6. Alzine

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