Paludisme : l’arnaque et le danger des médecines alternatives

L’Académie nationale de médecine a alerté mardi sur les « dangers » de l’utilisation des feuilles séchées d’Artemisia annua pour le traitement et la prévention du paludisme, dénonçant les allégations « scientifiquement incertaines et irresponsables » de ceux qui promeuvent ce traitement. La société savante médicale vise notamment (mais pas que) « La Maison de l’Artemisia », une association qui promeut la plantation et la commercialisation de cette plante dans plusieurs pays d’Afrique où l’accès aux médicaments anti-paludéens est insuffisant.

La fake news est dans le détail
Cette organisation entend « prouver que l’artemisia, prise en tisane et cure d’une semaine, peut soigner efficacement le paludisme » (elle avance un taux de guérison de 98%). Le problème, c’est que l’utilisation de la plante seule, en poudre ou en tisane, n’est pas efficace. Pire, elle pourrait aggraver l’émergence de formes résistantes de la maladie, notamment chez les enfants… Certes, « l’artémisinine, le principe actif extrait de l’Artemisia annua, est recommandée pour traiter le paludisme », mais « en association avec d’autres médicaments à l’action plus prolongée », résume Le Figaro. Pas seule, donc.

Des célébrités et même l’Assemblée nationale trompées
L’Académie nationale de médecine déplore que « La Maison de l’Artemisia » et Cie « ont réussi à entraîner dans leur sillage des célébrités non médicales de tous horizons (« peut-être bien intentionnées mais incompétentes en paludologie »), à bénéficier d’une audition à l’Assemblée nationale et d’échos médiatiques qui s’amplifient depuis le début du mois de novembre ». Le documentaire Malaria Business sorti en 2017 et le livre du Dr Lucile Cornet-Vernet, Artemisia, une plante accessible à tous pour éradiquer le paludisme, publié en octobre 2018 n’y sont sans doute pas pour rien…

Une étude truquée pour convaincre
Point d’orgue de cette nouvelle campagne de désinformation du grand public par des organisation écologistes, la publication en décembre 2018 d’une étude réalisée par des membres de « La Maison de l’Artemisia » dans la revue Phytomedicine. Elle prétend démontrer la supériorité de l’artemisia par rapport à un traitement classique (combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine ou CTA). Or, « selon l’Académie, le CTA n’a été donné aux patients que pendant trois jours tandis que la tisane a été donnée pendant sept jours. Et l’étude ne différencie pas les rechutes (patients pour qui le traitement n’a pas fonctionné) des réinfections (patients de nouveau piqués par un moustique infecté) » explique Le Figaro.

La désinfo peut tuer
Selon l’OMS, 219 millions de cas de paludisme ont été recensés en 2017 (à 80% dans une quinzaine de pays d’Afrique subsaharienne et en Inde), entraînant 435 000 décès. Des chiffres qui ne diminuent plus depuis 2015 et qui pourraient augmenter si la fake news continue à se propager malgré la mise en garde de l’Académie nationale de médecine.

> tous nos articles sur les dangers des « médecines » alternatives

email
Commentaires
  1. Max
  2. Seb
  3. Phil
  4. ALAIN Pelfrène
  5. M. Gary
    • Ernst
      • dan
        • Ernst
          • Ernst
  6. Zygomar
  7. Zygomar
  8. JG2433
  9. Xochidou
    • Max
    • Visor
    • Max
    • Daniel