Le bio et le cancer : déméler le vrai du faux

Une étude publiée dans la revue scientifique JAMA, réalisée par des chercheurs de l’Inra, fait parler d’elle depuis plusieurs jours. En effet, en suivant près de 69 000 personnes entre 2009 et 2016, les chercheurs ont décelé 25% moins de cancers chez les personnes mangeant du bio. De quoi affoler des médias 1° parfois de mauvaise foi, 2° souvent incompétents, 3° en réalité peu divers (leurs journalistes sont en immense majorité des urbains plus tournés vers le bio que la moyenne des Français) 4° toujours avides de buzzes. « Mais gare aux conclusions hâtives » alerte Grégory Rozières dans Le HuffPost.

Tout d’abord, il faut savoir que

souvent, les personnes qui mangent bio sont aussi celles qui sont moins sujettes aux risques de cancer, comme l’ont montré de précédentes études : moins souvent fumeurs, moins en surpoids ou obèses, un meilleur équilibre alimentaire, moins d’antécédents familiaux, plus de diplômes.

Mais les chercheurs de l’Inra disent avoir justement pris en compte ces éléments pour « corriger » le résultat. Tous les biais sociétaux peuvent-ils avoir été compensés ? Sans doute pas, ne serait-ce que parce qu’ils ne seront jamais tous connus, mais c’est un bon début.

Que dit précisément l’étude ?

Qu’il n’y a aucune incidence (ou très faible) de la consommation de produits bios sur le cancer… « excepté possiblement pour les lymphomes non-hodgkiniens ».

« Possiblement ». En effet,

si 70 000 personnes, cela semble beaucoup, il n’y a eu que 1340 cancers. Dans le détail, 2,2% des personnes du groupe ne consommant pas de produits bio ont été touchés, contre 1,6% pour celui consommant le plus de produits bio. Et sur les lymphomes non-hodgkiniens, c’est encore plus limité : moins 50 personnes ont contracté ce type de cancer.

Ces observations « sont basées sur un faible nombre mais sont similaires aux résultats de la seule précédente étude [publiée en 2014 par Nature, réalisée sur 623 000 femmes, ndlr] », estime toutefois Tim Key, professeur d’épidémiologie de l’université d’Oxford.

Autre nuance, que ne saisissent pas la plupart des médias, la différence entre « corrélation » et « causalité ». En effet, rappelle Le HuffPost,

Une corrélation peut-être due à de nombreux facteurs extérieurs et ne veut pas dire causalité. Il y a même un site qui répertorie des corrélations qui n’ont aucun rapport.

En termes scientifiques, on ne peut donc pas parler de preuve :

Il faudrait des cohortes encore plus importantes, suivies pendant encore plus longtemps. Et même des études « à l’aveugle » où l’on vérifie en détail ce que mange chaque personne et son mode de vie, ce qui est difficile à mettre en place sur le long terme. C’est ce que la majorité des chercheurs qui se sont exprimés sur le sujet, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, appellent de leurs vœux.

Par contre, ce qui est prouvé, c’est l’impact d’autres facteurs, comme le poids, l’activité physique ou la diète, sur le risque de cancer. Par exemple, consommer des fruits et des légumes non transformés diminue les risques de cancer.

Le risque avec ce genre d’études que ne comprennent pas, donc déforment les médias, c’est de décourager la consommation de fruits conventionnels, sachant que « les produits biologiques sont souvent plus chers et inaccessibles à de nombreuses personnes ». Donc en réalité d’augmenter le nombre de cancers chez ceux que les compte-rendu médiatiques effraieront et qui cesseront du coup de consommer des fruits…

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Commentaires
  1. Alzine
    • jb
  2. Alzine
  3. Alzine

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