Agriculture, glyphosate et phytos : un aimable lecteur interpelle son député

Bravo à lui. N’hésitez pas à faire de même !

M. Matthieu Orphelin – député 1ère circonscription de Maine et Loire

Lors de notre rencontre du 26 mars vous n’avez que très partiellement répondu à mes interrogations concernant vos positions sur l’agriculture.

J’ai suivi votre participation à la  mission d’information commune sur les produits phytosanitaires et vos amendements à l’Assemblée Nationale. Dans ces instances vous formulez des avis afin d’orienter certaines décisions agricoles

Vous souhaitez la transparence ; çà serait bien de nous éclairer sur vos liens avec les ONG anti pesticides dont vous répétez mot à mot les arguments. N’êtes vous pas en conflits d’intérêts ?

Voici quelques points que je souhaite vous exprimer :

1) Pourquoi se baser uniquement sur les conclusions du CIRC (centre international de recherche sur le cancer) classant le glyphosate probablement cancérigène ?

Les agences européennes et mondiales ont toutes réfuté les conclusions de cet organisme. Suite au classement du glyphosate par le CIRC en mars 2015, l’OMS (maison mère du CIRC) et la FAO ont réalisé une nouvelle étude publiée en mai 2016 indiquant « nous estimons improbable que l’herbicide Monsanto constitue un risque cancérogène pour l’homme ». Dans le même temps l’ANSES ( agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.) a publié en 2016 sa réponse au CIRC dans les termes suivants : « Nous avons suffisamment d’arguments pour lever l’incertitude et estimer que le caractère cancérigène probable qui a été avancé par le CIRC n’est pas fondé » Toutes ces informations n’ont pas été reprises par les médias ou les politiques. Pas d’enquête en cours… Des droits de réponse accordés au compte goutte. Producteurs mis sous silence… De même l’animation de la commission du CIRC, relative au glyphosate, par Mr Christophe Portier serait entachée par un conflit d’intérêts (Discrétion des médias et des Politiques )
De plus, même en l’absence de dévoilement par les médias, nous pouvons suspecter la collusion de certains députés avec ces ONG peu respectueuses de l’objectivité, spécialisées dans la communication intensive et adeptes du productivisme informatif.

Les avis des scientifiques de l’OMS/FAO et de l’ANSES sont confirmés par les agences de l’Allemagne, de l’Australie, de la Corée du sud, du Canada, des USA, du Japon, de la Nouvelle Zélande et de la Suisse. Toutes ces agences ont conclu à un risque improbable issu du glyphosate (l’absence est indémontrable). Enfin l’agence européenne des produits chimiques (EChA) évaluant les dangers sur la base de la prépondérance de la preuve, n’a pas classé le glyphosate en cancérogène, mutagène et reprotoxique. Que faut il de plus ?

2) Les classements du CIRC et alors…

C’est plutôt rassurant de constater que le glyphosate soit classé moins dangereux que la charcuterie, et du même niveau que la viande rouge et rose.
– groupe 1 : cancérigènes pour l’homme : charcuteries, benzène, rayons x, aflatoxines (toxines produites par les plantes. Une récente étude de 2017 montre que certains insectes provoquent la production d’aflatoxines. Des moisissures se développent dans les perforations des parasites.), poussière de bois, alcool, tabac, contraceptifs (total 120 agents classés dans ce groupe).
– groupe 2A : cancérigènes probables pour l’homme : viande rouge, glyphosate, rayonnements ultra violets, combustion du bois, friture à haute température (total 82 agents dans ce groupe).

Je sais que vous défendez âprement le principe de précaution. La logique serait donc de supprimer tous les produits classés groupe 1 et groupe 2A. Quid de la cohérence…

Avez-vous eu connaissance de la communication Suisse du Département fédéral de l’intérieur – DFI Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) ? Voici un extrait : […] Il en est ressorti que les résidus de glyphosate seraient dangereux pour la santé si l’on consommait par exemple 71 kg de pâtes, 655 kg de pain, 10 kg de pois chiches ou 1600 litres de vin par personne et par jour.
Sur cette même note, on peut lire : le CIRC évalue le potentiel cancérogène indépendamment de la dose ???

Ma question : « Face à l’histoire, comment comptez-vous faire pour éluder autoritairement de telles observations ? En quoi seraient-elles moins pertinentes que les allégations des lobbies qui décident et exigent la mise en œuvre de tels ou tels interdits ? Ce sont bien les générations à venir qui feront le bilan des conséquences de toutes les réglementations qui pèsent sur la génération actuelle

3) Avec les pesticides il y a ceux que vous condamnez et ceux qui ne vous dérangent pas. Que dire du renouvellement de certaines substances ?

a) le cuivre plus dangereux et plus toxique que le glyphosate.
b) l’huile de neem : insecticide qui obtient chaque année une dérogation bien que ce produit soit classé perturbateur endocrinien avéré et très toxique pour les bourdons, etc.
c) Que dire aussi de la pilule, classée perturbateur endocrinien et de ses effets, à plus ou moins long terme sur notre santé et sur l’environnement ? Des milliers de fois plus toxique que le plus perturbant des pesticides homologués (source Inserm). L’UE consommerait plus de 100 millions de pilules par jour…

Il y a là deux poids deux mesures. Que les pesticides soient naturels ou de synthèse, ils doivent être évalués et autorisés selon les mêmes protocoles. Ce n’est pas le cas…

4) Pourquoi ne parlez vous pas des résultats de la contre expertise des travaux de Mr Séralini ? (étude suspecte financée par Carrefour, Greenpeace Allemagne, Auchan ??? etc.)

Je rappelle que ce scandale médiatico-politique et ses résultats ont été condamnés par la communauté scientifique française et internationale. Cette  « étude »( ?) a été retirée de la revue qui l’avait publiée.
C’est un cas d’école de manipulation médiatique. Qu’en pensez vous ?
Trois programmes de recherche ont été lancés pour vérifier cette analyse (coût : 15 millions d’euros).
Les résultats viennent d’être publiés. L’étude de M. Séralini est « invalidée »  par les trois expertises.
Silence des médias, silence des politiques…
Votre promptitude à la divulgation des informations « exactes, pertinentes et impartiales serait elle sélective ? »

La science est la grande perdante dans cette affaire. Grâce au buzz Seralini et à des dizaines d’émissions et articles… à charge, on a influencé l’opinion en multipliant les omissions ; plus de 75 % de nos concitoyens craignent les pesticides. Dans ces conditions, en entretenant des non-dits, comment pouvait-il en être autrement ?
La peur au ventre a toujours eu ses porte-paroles, et derrière, un business entretenu en profite. Exemple : le business des remèdes santé et bien-être, c’est 3 720 milliards de dollars au niveau mondial (4 fois plus que l’industrie pharmaceutique et 250 fois plus que Monsanto…).

Des lobbies (représentants d’intérêts) ont leur entrée à l’Assemblée Nationale. Avec ou sans badge ils influencent la distribution nominative de ces badges. Cette pratique doit ou devrait être questionnée ?

La fabrique de la peur est d’une redoutable efficacité pour mettre les consommateurs sous influence. En soufflant sur des peurs irrationnelles, on développe de l’anxiété. Ces campagnes alarmantes en cachent beaucoup… La protection végétale souffre d’un manque de considération, qui traduit de la part des décideurs une insuffisance de lucidité, une faille vis à vis des préventions et précautions à prendre. Cette situation profite à des associations, ONG, en cheville avec des médias et favorisent des récupérations politiques que l’on n’ose plus qualifier. Qu’importe les pesticides quand c’est une certaine idée de la démocratie que l’on interpelle.

5) Un des slogans souvent entendu : « produire local »

Le ministre de l’Agriculture vient de rouvrir les frontières aux importations de cerises provenant de Turquie. Ce pays autorise l’utilisation du diméthoate insecticide interdit en France depuis 2016. Bel exemple de distorsion de concurrence… Mauvais temps pour nos cerises… Une décision, une parmi tant d’autres, mais sur ce sujet, vous devez en savoir beaucoup plus… Encore faut-il expliquer cette situation aux producteurs de cerises de votre circonscription… Cette décision sacrifie et trahit les producteurs français de cerises (conventionnels ou bios).
Les importations agricoles progressent. A vous d’en analyser les effets sur la balance commerciale de la France, négative depuis plus de 15 ans, et d’identifier la contribution positive de l’agriculture en voie de détérioration.

Résultat : On constate actuellement un net recul des surfaces plantées en cerisiers. Les contraintes sont telles que des producteurs abandonnent. Les cerises locales seront-elles toujours présentes sur les étals ?

6) La cerise sur le gâteau avec l’article du Courrier de l’Ouest du 21 juin 2018 qui titre en vous citant : « J’ai eu l’impression d’être utile »

Afficher ce genre d’autosatisfaction est accommodant quand les médias évitent d’en questionner la réalité. L’agriculture française perd des parts de marché, mais des médias véhiculent que notre politique fait grandir l’image de la France. Allez donc expliquer cela aux agriculteurs ?

Personne n’est dupe… Il vous faudra beaucoup d’arguments pour convaincre les agriculteurs du bien fondé de votre politique technocratique, à défaut d’être écologique et pédagogique…

7) L’agriculture, c’est notre richesse naturelle, grâce à notre climat tempéré et à la variété de nos sols. Si peu d’agriculteurs, moins de 2 au km², pour nourrir plus de 66 millions de français.

En perpétuel évolution depuis des siècles, on veut changer de modèle agricole, modification exigée par des groupuscules intéressés, qui eux ne sont pas prêts de changer de paradigme. Mais qui s’en soucie?

L’ensemble de ces remarques montre qu’une bonne connaissance de l’agriculture n’est pas forcément indispensable ; il suffit de s’en tenir aux désidératas de ses associés : clubs, fédérations, partis, ONG, etc… de savoir y faire avec les médias et d’être à l’aise dans les réunions de travail ou devant une salle… Il n’en faut pas d’avantage pour entretenir un « fossé »
culturel entre agriculteurs, certains médias et milieux intellectuels.

En guise de résumé, voici une note du 29 mai 2018 de Philippe Chalmin du cercle Cyclope. Ce texte ci-dessous en dit long :

À l’Assemblée nationale, la discussion du projet de loi Agriculture et Alimentation permet une « libération » de tous les démons d’une majorité parlementaire à laquelle l’exécutif lâche les rênes de manière plus ou moins volontaire. Le texte de loi est issu des États généraux de l’Alimentation de 2017 et comprend surtout un ensemble de mesures destinées à améliorer autant que possible les relations entre agriculture, industrie et grande distribution. La discussion est là technique et parfois fructueuse. Mais tout autre est le volet sociétal. Là, on peut dire que nos néo-députés se sont « lâchés » dans une sorte de délire d’amendements où l’on retrouve en désordre tous les poncifs de la « nouvelle pensée alimentaire » : glyphosate et néocotinoïdes, bien-être alimentaire et véganisme… tout à peu près y est passé sous l’œil impitoyable des « ONG » autoproclamées gardiennes du temple de la rectitude morale ou environnementale. Tout ceci pourrait prêter à sourire si le monde agricole ne se trouvait désormais otage de ce nouveau fanatisme. Il est devenu pratiquement impossible de tenir un débat serein et surtout fondé sur des bases scientifiques sérieuses. Tout doit être relativisé à l’aune d’une démocratie médiatique qui affirme, juge et condamne et que les sondages transforment en vérité. La politique n’est alors plus que spectacle… et démagogie.

Philippe Chalmin (historien et économiste publie chaque année,depuis 1986 un rapport complet sur l’état et les perspectives des marchés mondiaux des matières premières).

Conclusion :

Je ne suis pas un inconditionnel des pesticides et je respecte la pluralité de l’agriculture. De nouvelles techniques sont utilisées ou en essais mais il y a souvent une marge entre l’idée et la réalité. Toutes les innovations ont besoin d’être confirmées et validées sans oublier d’étudier leurs coûts et leurs inconvénients qu’il faudra bien maîtriser… Et de toute façon, il faut du temps, tant que le resserrement des contraintes ne sera pas concomitant avec des solutions techniques agronomiques humaines à mettre en œuvre, ce sera l’échec assuré.

Pour ma part je constate ce qui se passe sur le terrain. J’observe les évolutions et je mesure le chemin parcouru et les efforts de la profession, d’ailleurs beaucoup plus modestement médiatisés :

  • En serre les biotechnologies ont permis de remarquables avancées (l’utilisation des pesticides devient de plus en plus accessoire)
  • En arboriculture, viticulture, maraîchage et grandes cultures, les progrès sont conséquents ; quelques exemples. (vergers éco-responsables, agriculture raisonnée,agriculture biologique, réseau fermes déphys, agroécologie etc…)

La recherche est indispensable, encore faut-il que les budgets ne soient pas à la baisse ou les essais vandalisés…

Les 15 millions investis dans la contre expertise Seralini auraient été plus utiles aux 18 organismes techniques regroupés au sein de l’Association de coordination technique agricole  ? De même que les sommes dépensées pour le procès « singulier » anti Monsanto organisé en Hollande l’an dernier.

Je m’arrête, mais je n’ai pas fini. Les vrais problèmes qui se posent au monde ne sont pas réglés (la faim, la santé et les prix des denrées alimentaires sont de vrais menaces pour l’humanité) .

Je suis prêt à débattre ou à vous lire sur ce sujet à partir des bases scientifiques exposées ci dessus…

En attendant, pour retrouver la confiance du monde agricole, je vous souhaite bon courage.

Salutations distinguées.

Dominique Trouillard (technicien agricole retraité) 49124 Le Plessis Grammoire

NB : Ce texte est transmis à mes amis et correspondants. Les organisations agricoles, les politiques du secteur sont également destinataires de ce mail.

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Commentaires
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