OGM : Comment « L’Obs », « Le Monde » et l’AFP se sont laissés avoir par la mise en scène de Séralini

Ceci n’est pas un scientifique honnête et sérieux, mais un manipulateur, businessman averti et marchand de peur expérimenté.

Cyrille Vanlerberghe revient dans Le Figaro sur l’étude désormais officiellement invalidée de Gilles-Éric Séralini qui concluait sur l’apparition de tumeurs chez des rats nourris au maïs OGM et qui « a brouillé la perception des OGM par le grand public ».

Tout commence le 19 septembre 2012 avec la parution de l’étude dans la revue Food and Chemical Toxicology aussitôt suivie par un article (très imprudent) du Nouvel Observateur. Celui titre en une, tout en nuances : « Oui, les OGM sont des poisons ! » Puis, l’information est « reprise par les médias du monde entier, donnant l’impression trompeuse que manger du maïs OGM pouvait provoquer des cancers » ce qui en dit long sur le peu de sérieux de la plupart des médias. Vous savez, ceux qui, aujourd’hui, prétendent partir à la chasse aux fake news en collaboration avec les autorités.

Sauf qu’en réalité, rien ne permet de penser que les OGM provoquent des cancers. « La publication en question a, depuis, été retirée des archives de la revue » précise d’ailleurs Le Figaro. Mais le mal est fait : « la force de ce message très inquiétant a laissé des traces sur la perception des OGM par le public ».

« En ce sens, Gilles-Éric Séralini, biologiste et militant anti-OGM, a réussi son ‘coup' » décrypte Cyrille Vanlerberghe :

Car c’est bien d’un coup scientifico-médiatique minutieusement orchestré dont il s’agit. L’universitaire caennais avait en effet proposé son étude quelques jours avant sa publication à un petit groupe de journalistes triés sur le volet. Pour avoir accès au scoop avant tout le monde, ils devaient auparavant signer un accord de confidentialité dans lequel ils promettaient de ne pas soumettre ces travaux à des experts indépendants. Les journalistes étaient alors dans l’incapacité de faire correctement leur travail, puisqu’ils ne pouvaient pas interroger d’autres toxicologues qui n’auraient pas manqué de relever les gros problèmes de méthodologie ou les faiblesses statistiques de l’étude.

Ont accepté : Le Nouvel Observateur, Le Monde et l’AFP. Retenez bien ces noms. Ils sont souvent cités, en mal, sur Alerte Environnement. Leur absence de professionnalisme et leur biais idéologique ne sont malheureusement plus à démontrer.

D’autres médias, dont la BBC, l’ont refusé. C’est tout à leur honneur et une marque de sérieux.

En effet,

Si les journalistes scientifiques ont l’habitude d’avoir accès à des travaux de chercheurs avant leur publication (toutes les plus grandes revues scientifiques internationales comme Scienceou Nature ont mis en place de tels systèmes « d’embargo »), ils ont toujours la liberté de présenter les travaux à quelques experts extérieurs, d’autres spécialistes du domaine, pour avoir une lecture critique. Le journaliste s’engage simplement à ne pas divulguer l’information au grand public avant une date donnée.

En l’espèce, « les conditions imposées par Gilles-Eric Séralini lui-même interdisaient toute contestation ». On résume la situation : d’un côté, une manipulation, de l’autre, des médias autoproclamés « de référence » avides de sensationnels, peu professionnels et idéologiquement complices. Et derrière, la meute des médias suiveurs (par manque de moyens, par idéologie, par naïveté, par course au clics…)

Résultat : un emballement médiatique puis « une réaction immédiate du gouvernement, promettant un contrôle plus strict des OGM avant même que d’autres experts ne puissent faire remarquer les nombreuses faiblesses de l’étude : échantillon réduit, lignées de rat connues pour développer naturellement des cancers, etc. »

Vraiment, Gilles-Éric Séralini avait magnifiquement préparé son coup : son livre OGM, tous cobayes ! (Flammarion) paraissait la même semaine !

La manipulation avait pourtant été très fermement condamnée par de nombreux journalistes scientifiques étrangers : « C’est une façon répugnante, corrompue, de parler de la science », avait notamment asséné sur son blog Carl Zimmer, collaborateur du New York Times et de National Geographic. Les médias français ne s’en étaient alors pas émus.

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