« 60 Millions de consommateurs » : le lobby des huiles essentielles rue dans les brancards

« Désodorisants aux huiles essentielles : naturels mais polluants et allergisants » alerte 60 Millions de consommateurs de juin 2018. « Très en vogue, les désodorisants aux huiles essentielles jouissent d’une image saine liée à ces ingrédients d’origine naturelle. Certains revendiquent même d’assainir l’air intérieur. À tort. Comme les autres produits désodorisants, ils exposent à des substances indésirables. Nos analyses le montrent » écrit le mensuel. « Des résultats qui nous rappellent que ‘naturel’ rime parfois aussi avec ‘risques potentiels’ ».

Cela lui a fait tout drôle, le Consortium HE, qui regroupe 9 entreprises fournissant 90% du marché français des huiles essentielles, de voir les produits de ses membres mis en cause par un média grand public indépendant, édité par l’Institut national de la consommation. Parmi ces groupes, le géant Léa Nature, serial financeur de marchands de peur comme Générations Futures, chargés de jeter le discrédit sur le conventionnel afin de pousser le grand public dans les bras des multinationales bio sans scrupule (Il est bon, le shampooing bio réalisé à base de contraceptifs venus d’Inde !). C’est donc, en quelque sorte, l’arroseur arrosé qui n’aime pas l’eau, mais alors pas du tout.

C’est sans doute cet énervement qui empêche le Consortium HE de lire correctement : dans une « alerte presse » visant à  » rétablir la vérité », le lobby écrit que « 60 Millions de consommateurs prend violemment parti » alors que 60 Millions de consommateurs analyse et alerte, se contentant de partager des faits, rien que des faits, sans réclamer la moindre intervention des pouvoirs publics ou interdiction. Rien à voir avec l’action du groupuscule Générations Futures qui partage à longueur de journée des croyances sans fondement, par exemple sur le glyphosate, tout cela pour exiger de l’État l’interdiction de ce dernier. Qu’on se le dise : personne chez 60 Millions de consommateurs ou sur votre blog ne souhaite empêcher les multinationales du bio de faire du beurre sur la naïveté du grand public. Honnêtement, on a même plutôt envie de les féliciter : réussir à vendre des produits beaucoup plus chers sous prétexte qu’on utilise des pesticides « naturels » à la place des pesticides « synthétiques » en jetant l’opprobre sur toute une filière, c’est un coup de génie !

Le lobby détaille ensuite ses griefs : par exemple, il ne tolère pas que des composés organiques volatils comme les huiles essentielles puissent être qualifiés de « polluants » par 60 Millions de consommateurs. En effet, plaide-t-il, ces derniers sont « issus des plantes » et « indispensables à la vie sur terre »… Comme O2, ce qui n’empêche pas ce dernier d’être toxique !

Selon le Consortium HE, le caractère irritant de certaines huiles essentielles serait lié au « mésusage », « la première cause d’effets indésirables comme l’ont démontré de façon constante, tous les rapports des Centres Antipoison ». Il assène : « Les huiles essentielles utilisées conformément aux recommandations des fabricants et des réglementations sont d’un usage sûr. » Comme on est taquin, on a envie de répondre : « exactement comme pour le glyphosate » ! A une différence près, il est vrai : l’usage du glyphosate a fait l’objet d’évaluations de la FAO, de l’OMS, de l’Efsa, de l’Anses, des agences allemande, australienne, canadienne, coréenne, états-unienne, japonaise, néo-zélandaise ou encore suisse, sans parler de l’Agence européenne des produits chimiques… Qui dit mieux ?

Et le lobby des huiles essentielles de conclure en beauté, c’est-à-dire en mode complotiste, s’interrogeant « sur la réelle motivation de 60 Millions de consommateurs » (sic), appelant à une « bonne et juste information du consommateur » (sous-entendu : toute critique même étayée est une Fake News…). Ce que n’ont pas compris Léa Nature and Co, c’est que le jour est proche où leurs méthodes se retourneront contre eux. Eux aussi, comme le monde conventionnel aujourd’hui, seront attaqués avec les arguments dont ils se servent pour se démarquer et simplement exister commercialement. Pas dit qu’ils le supportent nerveusement (cf. le ton de l’ « alerte presse » supra) ni même commercialement, leur clientèle étant, sur la thématique des questions sanitaires, la plus influençable de toute.

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Commentaires
  1. Daniel
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