Développement durable : ne pas céder aux sirènes des apparences et des émotions

Cécile Philippe, de l’Institut économique Molinari (d’obédience libérale), s’intéresse dans La Tribune aux « fausses bonnes idées en matière de développement durable ». En effet, alors qu’on (les médias, les politiques, les ONG, etc.) nous incite à « changer de voiture, bannir l’huile de palme, choisir la voiture électrique, privilégier les biocarburants » au nom du « développement durable », « les choses ne sont jamais aussi simples ». Ainsi que l’explique Nicholas Nassim Taleb dans ses ouvrages, « il est plus facile d’identifier ce qui ne marche pas que ce qui marche, ce qui est faux plutôt que ce qui est vrai, ce qui est mauvais plutôt que ce qui est bon », « le fait d’avoir vu un million de cygnes blancs ne prouve pas que l’affirmation ‘tous les cygnes sont blancs’ est juste. Mais un seul cygne noir suffit à prouver qu’elle est fausse. »

Cécile Philippe donne ensuite quelques exemples comme le fait que « toutes les propositions visant à réduire le CO2 ne sont pas judicieuses ». En effet :

il ne suffit pas de savoir que les émissions de CO2 peuvent-être nuisibles pour l’environnement pour savoir ce qu’il convient de faire. D’une part, on sait qu’il n’est pas possible ou même souhaitable de supprimer toutes les émissions de CO2. D’autre part, toutes les propositions visant à réduire le CO2 ne sont pas judicieuses. (…) Par exemple, dans les années 2010 le bonus-malus ou primes à la casse en matière d’automobile continuaient d’être en vogue en dépit de leurs travers. Il a fallu montrer que la démarche consistant à se féliciter d’économies de CO2 au kilomètre en occultant les émissions suscitées par le rajeunissement prématuré du parc automobile n’avait aucun sens. Les émissions de CO2 liées à la production de véhicules sont très significatives par rapport aux émissions liées à leur utilisation. Par conséquent, inciter les consommateurs à changer leur véhicule plus fréquemment en vertu de prétendus apports écologiques pouvait être un non-sens.

Autre exemple, l’huile de palme bannie par l’UE de sa politique de développement durable et délaissée par de nombreux producteurs effrayés par les campagnes médiatiques récurrentes la vouant aux gémonies. « Pourtant, là encore, les choses sont plus complexes que ce qu’il n’y paraît » :

le palmier à huile est le plus productif. Fabriquer des biocarburants à partir d’huile de palme exige moins de terre et d’input. Pour produire la même quantité d’huile à partie du soja ou du colza, il faut 5 fois plus de terre et d’inputs. Réduire la part de l’huile de palme, c’est accentuer les effets déjà négatifs de la production de ces biocarburants en mettant la pression sur les terres agricoles et les forêts.

Dernier exemple, celui de la voiture électrique. Selon Guillaume Pitron, auteur du livre La guerre des métaux rares : La face cachée de la transition énergétique et numérique (Les liens qui libèrent, 2018), le bilan carbone de la voiture électrique n’est pas nécessairement compatible avec une approche « développement durable » :

Il rappelle que des chercheurs de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) ont mis en évidence que l’« industrialisation d’une voiture électrique consomme trois à quatre fois plus d’énergie que celle d’un véhicule conventionnel ». La voiture électrique génère dans sa phase de conception des surcoûts écologiques, qu’il faut ensuite compenser pas des économies de CO2. Si aujourd’hui le bilan carbone est positif sur le cycle complet de vie du véhicule, l’auteur montre que plus les capacités des voitures électriques augmenteront, plus la donne risque de changer. La fabrication des batteries augmentant l’autonomie des véhicules conduit à consommer plus d’énergies et de ressources. Un constat qui rappelle celui de l’Ademe, écrit l’auteur. En 2016, l’agence constatait que la consommation énergétique d’un véhicule électrique était proche de celle d’un véhicule diesel et peut-être même supérieur dans le cas d’électricité produite par une centrale à charbon.

Bref, conclut Cécile Philippe, « en matière de développement durable, il est impératif de ne pas céder aux sirènes des apparences et des émotions. Au contraire, il faut avoir le courage de regarder les alternatives avec objectivité, de se hâter lentement de les subventionner ou les privilégier de façon réglementaire. Faute de quoi on risque trop souvent de découvrir avec retard qu’on a investi du temps et de l’argent de façon contreproductive, tout en s’abusant et se décrédibilisant au nom du développement durable. »

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