Glyphosate : que faut-il de plus pour clore le débat ?

Un très pertinent courrier des lecteurs signé André Heitz, « ancien fonctionnaire d’une institution des nations unies », et publié dans La France Agricole du 27 avril 2018, rappelle que « le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) évalue des dangers – à distinguer des risques, qui dépendent aussi de l’exposition d’une personne, et donc des mesures de prévention ou d’atténuation. Il le fait aussi sur la base d’une clé de décision très rigide et selon une approche conservatrice. Il précise bien dans sa documentation – mais s’est obstiné à ne pas le faire pour le glyphosate – que son évaluation doit être suivie d’une évaluation des risques entreprise par d’autres instances ».

Moins cancérogène que la charcuterie ou des contraceptifs oraux
André Heitz rappelle les éléments suivants : « Dans le cas du glyphosate, preuves limitées de cancérogénicité chez l’homme et preuves suffisantes de cancérogénicité chez l’animal ont abouti en un classement en 2A : « cancérogénicité probable ». « Cancérogénicité probable » (comme pour la viande rouge) n’a pas le sens courant, mais les preuves sont moins convaincantes que pour « cancérogène certain » (comme pour la charcuterie) et plus convaincantes que pour « cancérogène possible » (comme pour les implants chirurgicaux et autres corps étrangers). Le classement n’est pas lié à la fréquence des cancers, ni à l’exposition. On trouvera donc, par exemple, en « cancérogène certain », des contraceptifs oraux et le plutonium 239. »

Le travail orienté du Circ
Certes, « une instruction quasi exclusivement à charge pour identifier un danger n’est pas déraisonnable » mais « à condition de bien préciser l’objectif et les implications de la démarche, ce qui n’a été fait qu’a minima pour le glyphosate, permettant ainsi aux controverses de se développer. » Car « le Circ a écarté de nombreuses études, pour n’en retenir qu’une poignée ». La question est donc posée : « Celles-ci sont-elles pertinentes et fiables ? Ont-elles évaluées correctement ? » Comme l’écrit André Heitz, « ça se discute sinon se conteste », « les preuves retenues pour l’homme sont fort légères » tandis que « celles sur les animaux portent sur des doses extravagantes ».

Une manipulation ?
Autre question qui fâche : « Y a-t-il eu malversations ? » En effet, « il y a un faisceau de faits qui incitent à conclure, au-delà du doute raisonnable, à une manipulation pour saborder la réautorisation du glyphosate en Europe mais aussi aux Etats-Unis et dans d’autres pays. » Outre-Atlantique, la Chambre des représentants se pose des questions mais le Circ refuse d’y répondre.

Aucune étude fiable contre le glyphosate
« Existe-t-il d’autres publications fiables sur le fait que le glyphosate est cancérigène ? Réponse : non. » Mieux : « depuis la sentance du Circ en mars 2015, une vaste étude de cohorte portant sur 57 310 applicateurs de pesticides (l’Agricultural Health Study) n’a pas établi de lien entre glyphosate et cancer ». « Une autre étude – gardée sous le manteau – a été révélée : le North American Pooled Project a amalgamé une série d’études cas-témoins et arrive au même résultat quand on corrige pour tous les facteurs confondants, en particulier pour l’utilisation d’autres pesticides (2,4-D, dicamba et malathion).

Unanimité des agences
Résumons donc, avec André Heitz, la situation : « la FAO et l’OMS (réunion conjointe sur les résidus de pesticides), l’Efsa, l’Anses (avec quelques bémols) et les agences allemande, australienne, canadienne, coréenne, états-unienne, japonaise, néo-zélandaise et suisse ont conclu à un risque improbable issu du glyphosate (l’absence est indémontrable). L’Agence européennes des produits chimiques (EChA) évalue les dangers et, sur la base de la prépondérance de la preuve, n’a pas classé le glyphosate en cancérogène, mutagène et reprotoxique. » L’auteur de conclure : « Que faut-il de plus ? »

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Commentaires
  1. Visor
    • Seppi
      • Visor

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