Mauvais temps pour nos cerises

Les lecteurs d’Alerte Environnement n’ignorent rien du scandale de l’interdiction du diméthoate, seul insecticide capable d’éliminer Drosophila suzukii, un moucheron venu d’Asie qui pond ses œufs dans la cerise mure et provoque ainsi sa putréfaction, ce qui interdit évidemment toute commercialisation. La présence de ce nuisible (ainsi que la concurrence de producteurs à l’international, dont les coûts de main d’œuvre sont sensiblement moins élevés que chez nous) a fait chuter la production de la France de 60 000 tonnes il y a 10 ans à 35 000 tonnes aujourd’hui. Nos producteurs avaient donc besoin qu’on leur mette un bâton supplémentaire dans les roues… Ce dont s’est chargé Stéphane Le Foll. L’ancien ministre de l’Agriculture a agi en se cachant derrière des travaux de l’Anses (Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale) et de la Dggccrf (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) qui montrent qu’en 2014, 20% des cerises sur le marché français contenaient des doses de diméthoate supérieures à celles autorisées : jusqu’à 1 milligramme par kilo de cerises au lieu de 0,2 mg. De quoi, évidemment, poser la question d’une meilleure formation à l’utilisation par les arboriculteurs de l’insecticide.

Comme ils se servent de cas de maltraitance animale pour exiger l’interdiction de la viande, des cirques ou des parc aquatiques (en attendant les zoos), les activistes et les ONG ont alors sauté sur l’occasion et obtenu gain de cause. Tant pis si les arboriculteurs n’ont pas d’alternatives réalistes. Certes, l’INRA et le Ctifl (Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes) en cherchent… Ils proposent actuellement la mise en place de filets autour des cerisiers. Coût de la solution : « 60 000 euros à l’hectare, amortissable en 8 ans ». Ceux qui n’ont pas la trésorerie ou la capacité d’endettement nécessaires devront faire sans. Sans rien. Ou tenter les « remèdes maison » comme cette concoction à base de vin, cidre, liquide vaisselle et grenadine versée dans des bouteilles en plastique rouge, couleur des cerises, pendue aux arbres. Comme l’explique le journaliste Eric de la Chesnais dans Le Figaro du 26 avril, cela « (attire) les drosophiles mais pas toutes ».

Autre possibilité, un peu comme si c’était le but de l’interdiction du diméthoate, le passage au bio : la baisse des rendements de 20% est compensée par la hausses du prix de vente de 25%… pour l’instant, la guerre des prix dans ce secteur n’ayant pas commencé et la concurrence internationale n’étant pas (encore) du niveau de celle rencontrée en conventionnel. Le bio n’excluant pas, nos lecteurs ne sont pas sans l’ignorer, l’utilisation massive d’insecticides perturbateurs endocriniens comme l’huile de Neem (c’est un exemple parmi d’autres). Cela, Eric de la Chesnais ne le dit pas dans son article. Comme par hasard. Lui résume la situation à « un changement du mode de production axé davantage sur le bio ou l’agriculture raisonnée », « paradigme valable pour toutes les productions agricoles ». Bla, bla, bla…

email
Commentaires
  1. Anonyme
  2. Anonyme
  3. Visor

Envoyez votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.