Bio ou pas, l’exploitation reste l’exploitation

bananeEn République dominicaine, 80% des bananes cultivées sont bio et dans près d’un tiers des cas, elles sont aussi certifiées commerce équitable (Fairtrade-Max Havelaar). De quoi satisfaire une certaine clientèle bourgeoise-bohème occidentale. Celle-ci ignore toutefois que la plupart des ouvriers du secteur « travaillent au jour le jour, pour plusieurs employeurs, sans contrat et souvent sans papiers » (ce sont souvent des Haïtiens), ainsi que s’en étonne Libération du 28 août :

Positionnées sur un marché labellisé, on pourrait attendre des plantations de bananes de République dominicaine qu’elles soient plus respectueuses de ses travailleurs. Si le bio n’exige rien en terme de conditions de travail hormis le fait que les ouvriers ne soient pas exposés aux produits chimiques, qu’en est-il du commerce équitable ?

Vous allez le voir, rien de bien convaincant :

Chez Banelino, une importante coopérative d’environ 400 petits producteurs, labellisée Fairtrade-Max Havelaar, des projets ont été mis en place grâce à la prime de développement exigée par le label. Ainsi, pour chaque carton (de 18 kg) vendu, 1 dollar est reversé à la communauté afin de favoriser des actions menées dans l’éducation, la santé ou l’amélioration de la productivité. Banelino est également venu en aide à des sans-papiers – la quasi-totalité d’entre eux, affirme la coopérative – pour qu’ils régularisent leur situation auprès du gouvernement.

Tout ça pour dire qu’

en terme de salaire, le commerce équitable n’impose rien de mieux aux exploitants que le salaire minimum en vigueur dans le pays. Chez Banelino, pourtant considéré comme le fer de lance du commerce équitable où les conditions sont meilleures que dans une bonne partie des plantations, les travailleurs doivent se contenter d’un salaire à peine plus élevé que le minimum légal.

Résultat, pour Gabriel, ouvrier haïtien dans une bananeraie de République dominicaine, « les jours se suivent et se ressemblent » :

Réveil à 6 heures, le travail six jours sur sept à la finca jusqu’à 14 heures, puis un peu de repos avant de prendre le chemin de l’église évangélique, de 19 à 21 heures. Gabriel change souvent d’employeur, et travaille pour plusieurs fermes à la fois. Elles sont toutes labellisées bio, mais pas commerce équitable. Lui ne semble pas trop au courant. Son rêve : parvenir à gagner 500 pesos quotidiens, soit une dizaine d’euros (contre 120 par mois actuellement, ndae). « Ce serait vivre dignement. »

Mais nos écolos ont la conscience tranquille quand ils mangent une banane bio...

email
Commentaires
  1. Daniel
    • Grég
  2. dan

Envoyez votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *