Retour du catastrophisme malthusien

Dans les années 70, les malthusiens ont tenté de faire passer leur idéologie avec le spectre des famines. Aujourd’hui, ils brandissent le spectre de l’extinction de masse du monde vivant. C’est ce qu’on peut en déduire avec la publication le 10 juillet dernier d’une étude de chercheurs américains et mexicain qui affirme que nous faisons face à un « anéantissement biologique », en l’occurrence l’avènement d’une sixième extinction de masse du monde vivant. Et difficile d’être passé à côté de l’info, les propos très alarmistes de cette étude – en gros, on n’a plus que deux ou trois décennies pour agir, sinon le vivant est foutu – ont été reprises dans de nombreux médias, souvent sans recul critique.

Mais tel n’est pas le cas de la journaliste scientifique québécoise Valérie Borde qui tempère les conclusions des auteurs, estimant que « depuis 40 ans, on a fait des progrès, trop lents, sans doute, mais bien réels et de plus en plus nombreux ». Mais surtout, elle rappelle à raison que l’un des auteurs de l’étude, le biologiste américain Paul Ehrlich, « a déjà été critiqué par le passé pour ses prédictions apocalyptiques qui, heureusement, ne se sont pas avérées. En 1968, il publia un livre, The Population Bomb, dans lequel il prévoyait que l’humanité mourrait de faim dans les années 1970 à cause de la surpopulation. Or même si la population humaine a continué d’augmenter, la proportion de personnes qui souffrent de la faim, elle, a diminué. » En effet, dans La Bombe P, le scénario le plus optimiste du malthusien Paul Ehrlich prévoyait « seulement » 1 milliard de morts de famine…

Donc, nous avons affaire à un grand spécialiste des prévisions apocalyptiques depuis 50 ans (selon lui, par exemple, Calcutta devait compter 66 millions d’habitants en 2000, alors qu’elle en compte aujourd’hui à peine 4,5 millions), et bien qu’elles ne se soient jamais réalisées, certains persistent à lui donner du crédit. C’est le cas par exemple de la journaliste Audrey Garric du Monde, qui cite Ehrlich et Cie à propos des causes de cette 6e extinction des espèces : « Les moteurs ultimes de la sixième extinction de masse sont moins souvent cités, jugent les auteurs. Il s’agit de la surpopulation humaine, liée à une croissance continue de la population, et de la surconsommation, en particulier par les riches. » Et elle reprend sans ciller les conclusions des auteurs : « Parmi les actions prioritaires, les scientifiques appellent à réduire la croissance de la population humaine et de sa consommation (…). » Rappelons qu’à la fin des années 60 ce grand « humaniste » d’Ehrlich accréditait la thèse nauséabonde selon laquelle « l’Inde ne devrait plus recevoir de nourriture » car elle faisait partie des « pays qui sont tellement loin en arrière dans la course population-nourriture, qu’il n’y a aucun espoir que notre aide alimentaire puisse les mener un jour à l’autonomie. » A méditer…

 

Sources
http://www.pnas.org/content/early/2017/07/05/1704949114.full
http://lactualite.com/sante-et-science/2017/07/13/faut-il-avoir-peur-de-la-sixieme-extinction/
http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2017/07/10/la-sixieme-extinction-de-masse-des-animaux-s-accelere-de-maniere-dramatique_5158718_1652692.html

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