Greenpeace pointé du doigt !

ResoluDepuis plusieurs semaines, Greenpeace tente de sensibiliser l’opinion publique à coups de vidéos aux titres accrocheurs et inquiétants : « La plus grande compagnie forestière canadienne tente de faire taire Greenpeace pour de bon » ou « Ne laissez pas Greenpeace disparaître ». La gigantesque ONG (297 millions de dollars de budget en 2014) s’y plaint de « (faire) face à une menace historique » :

En cause, la poursuite lancée le 31 mai 2016 par Produits forestiers Resolu (PFR) contre Greenpeace Etats-Unis. Le papetier canadien réclame un total de 300 millions de dollars canadiens (200 millions d’euros, ndlr) de dommages et intérêts à l’ONG. L’entité canadienne de Greenpeace est également visée ainsi que deux de ses salariés auxquels l’entreprise réclame 7 millions de dollars pour diffamation et entrave intentionnelle avec les relations économiques.

Pourquoi ces poursuites ?

PFR se base sur les déclarations de Greenpeace elle-même qui se vante d’avoir causé 100 millions de dollars canadiens de dommages économiques à l’entreprise.

Mais entrons dans les détails. En mars 2017, Lise Ravary regrette dans Le Journal de Montréal

la campagne de désinformation qu’a menée Greenpeace contre l’entreprise forestière Resolu du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la plus importante au Canada. Campagne qui a fait perdre à Resolu sa réputation, une importante certification environnementale et des ventes partout dans le monde, mais aussi, à une région qui dépend en partie de l’industrie forestière pour vivre, beaucoup d’emplois bien payés.

Greenpeace accusait Resolu de piller la forêt boréale, parlait même de « crime forestier », vidéos d’horreur à l’appui. La malhonnêteté intellectuelle de Greenpeace sidère. Ils prétendent que seulement 5 % de la forêt est protégée au Québec, alors qu’une enquête de Radio-Canada a démontré que 40 % de la forêt « potentiellement exploitable est protégée contre l’exploitation forestière ».

Pour ce qui est des revendications autochtones dans cette affaire, il s’agirait d’un différend entre les Cris et le gouvernement du Québec. Rien à voir avec Resolu. Pour les caribous, c’est plus compliqué, mais la population est en baisse même dans les régions où il n’y a pas d’exploitation forestière.

Dans un papier posté sur un blog dédié à cette affaire, PFR explique pourquoi il ne laissera cette fois-ci pas passer le « chantage » de Greenpeace :

Il y a des ONG consciencieuses dont la cause est vertueuse; d’autres existent strictement pour employer des moyens de pression et collecter des fonds au moyen de publicités tapageuses – après tout, créer des crises est leur raison d’être.

Voilà exactement pourquoi nous nous sommes tout d’abord sentis obligés de tenir tête à l’intimidation des activistes écologiques. C’est une chose pour les groupes d’activistes de participer au débat, mais c’en est une autre de nous menacer effrontément, nous et nos clients, par le biais d’une liste nébuleuse de crimes imaginaires qui n’ont aucun lien mesurable ni explicable avec la réalité. C’est simplement le modèle que Greenpeace et ses alliés utilisent pour continuer à faire marcher la grosse machine de financement qu’ils sont devenus.

(…) Le modus operandi est toujours le même parce que la plupart des campagnes militantes sont menées selon les mêmes méthodes, qui peuvent comprendre des tactiques telles que se faire passer pour des employés, présenter des photos trompeuses ou retouchées, faire d’innombrables publicités idiotes et utiliser sélectivement des résultats pseudo-scientifiques. Greenpeace avait accidentellement dévoilé ces tactiques il y a quelques années, alors qu’avait circulé cette fameuse ébauche de fiche d’information qui indiquait « Compléter par une pseudo-information apocalyptique ici ».

En effet,

Trop nombreux sont les dirigeants qui, lorsqu’ils ont affaire à de mauvais joueurs comme ceux-là, veulent calmer le jeu et être accommodants, fuir la moindre controverse et éviter d’être une cible. Qu’importe que des activistes irresponsables inventent des faits ou agissent sans scrupule ou pour leur propre intérêt. Il est plus facile de capituler, de payer et de les amadouer.

Mais il n’y a rien comme agir correctement. Dans ce cas-ci, ne pas condamner revient à fermer les yeux. En qualité de dirigeants d’entreprise, nous avons la responsabilité collective, non seulement de protéger l’avenir de notre Société, mais aussi de défendre la viabilité à long terme des collectivités où nous sommes présents ainsi que le gagne-pain de nos employés. Il s’agit là de principes fondamentaux d’une bonne gouvernance d’entreprise.

PFR ne cache pas vouloir créer un précédent, car

Lorsque des groupes d’activistes radicaux viennent frapper à la porte, l’instinct de la plupart des dirigeants d’entreprise est de suivre les sentiers battus de la moindre résistance. Calmer le jeu, concéder, capituler – amadouer les fauteurs de troubles et les chasser vers leur cible suivante.

Leur comportement menaçant est devenu si effronté, et l’expérience est courante pour tant de grandes entreprises mondiales. Ainsi va le cycle de l’intimidation : usage de campagnes trompeuses, exigences vagues, changement constant des règles et absence totale de fondement scientifique – le tout avec une rhétorique enflammée pour inciter à faire des dons. Les entreprises se trouvent devant une alternative : capituler ou voir des diffamations et fausses déclarations salir leur réputation.

Greenpeace, l’un de ces groupes parmi les plus importants et agressifs, utilise une technique de détournement (brand-jacking) pour usurper l’identité de marques populaires dans le but de porter atteinte à leur image. Sur son site Web, Greenpeace se vante de la vitesse à laquelle les sociétés capitulent, même celles de taille, malgré le fait que les campagnes de dénigrement se fassent au vu et au su de tous. Sa liste de cibles est un véritable bottin des sociétés chefs de file.

Greenpeace cherche à tromper grands éditeurs et simples citoyens

Spécialiste de la victimisation, Greenpeace a de son côté lancé une pétition adressée aux plus grands éditeurs mondiaux, les clients de Résolu, pour qu’ils fassent pression sur le papetier. Une centaine d’auteurs l’ont signée. Relayée par la plateforme Avaaz, la pétition file allègrement vers les 750 000 soutiens de « citoyens du monde entier ».

Hachette est le premier grand éditeur à être tombé dans le panneau. Dans une lettre à la direction de PFR publiée sur son site corporate, Arnaud Nourry, le P-DG du groupe français, regrette « la virulence de (leur) réaction à Greenpeace » : « Vous appuyer sur les dispositions RICO me paraît excessif », leur écrit-il. RICO, c’est la loi américaine Racketeer Influenced and Corrupt Organizations, qui concerne les pratiques commerciales frauduleuses, y compris celles des ONG. Puis, Arnaud Nourry se fait plus menaçant : « Il y a de quoi troubler profondément des éditeurs, qui par la nature même de leur activité, respectent et alimentent le débat public et comptent – c’est notre cas – de nombreux écologistes parmi leurs auteurs. De fait, si le conflit devait s’envenimer sur le plan juridique, on ne peut exclure que certains auteurs refusent de voir leurs livres imprimés sur du papier Résolu, ce qui ne ferait que compliquer davantage la situation. » Sans doute conscient de la fragilité de son argumentation, Arnaud Nourry ajoute : « Il va sans dire que nous respectons tout autant la loi et le droit de chacun de faire appel à la justice s’il s’estime lésé, mais je me demande s’il n’y aurait pas d’autres moyens de répondre aux reproches de Greenpeace. »

Richard Garneau, le président et chef de la direction de PFR, a immédiatement répondu à Arnaud Nourry dans une lettre également rendue publique. Très courtois, il y rappelle notamment les engagements ambitieux de PFR en matière de développement durable et met en cause l’honnêteté de Greenpeace :

Je partage votre déception quant aux diverses accusations de Greenpeace qui semblent difficiles à comprendre, bien que les raisons qui les motivent soient manifestes. Présume-t-elle que le public croira simplement ses allégations sans les examiner de près ? Les exigences de Greenpeace étant capricieuses, obscures et sans cesse changeantes, ses affirmations deviennent la seule norme.

PFR en profite pour lister les récentes marques de reconnaissance récompensant son « leadership environnemental » :

• Prix du Leader en environnement 2017, Conférence des leaders en environnement (Amérique du Nord)
• Prix Mercure 2017, catégorie Développement durable (Canada)
• Prix d’excellence Peer Awards 2016-2017, catégories Responsabilité d’entreprise et Secteur industriel (Royaume-Uni)
• Prix Innovation et excellence 2017 du magazine Corporate LiveWire pour la durabilité de nos produits forestiers (Amérique du Nord)

Puis, l’entreprise vante les mesures proactives suivantes en faveur du développement durable :

Nous comblons 74 % de nos besoins en énergie de sources renouvelables. Il y a quelques années, nous nous sommes engagés à réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 65 % sous les niveaux de 2000.
Nous avons surpassé cette cible, et à la fin de 2016, avions réalisé une réduction de 73 %, la meilleure de notre secteur. Nous avons suivi de près nos empreintes carbone et hydrique ainsi que nos pratiques de foresterie, et en avons fait rapport dans le cadre du Carbon Disclosure Project (CDP).
Nos notes ont été au-dessus de la moyenne de l’industrie sous les aspects du carbone et de l’eau, et, en 2016, nous avons obtenu un « A — » en foresterie, soit la plus haute note du secteur dans toute l’Amérique du Nord.
L’an dernier, Résolu est devenue l’une des premières entreprises canadiennes de la Carbon Pricing Leadership Coalition, une initiative volontaire mondiale visant à lutter contre le changement climatique par la tarification du carbone.

PFR affiche ensuite sa détermination à « maintenir (ses) certifications d’aménagement forestier et de chaîne de traçabilité à l’égard de tous (ses) territoires forestiers en fonction de normes internationalement reconnues, comme celle de la Sustainable Forestry Initiative® (SFI®), celle du Programme for the Endorsement of Forest Certification (PEFC) et celle du Forest Stewardship Council® (FSC®) » car « ces certifications permettent d’avoir l’assurance que la fibre que nous transformons provient de forêts aménagées de façon responsable ».

Enfin, PFR rappelle que « le gouvernement du Canada, qui possède et surveille les territoires forestiers où (l’entreprise exerce ses) activités, tient (…) un rôle crucial, car il veille à ce que les forêts sous (l’intendance de la société) soient aménagées de façon durable ». Or PFR a « un bilan très solide en matière de conformité aux règlements, tant fédéraux que provinciaux ».

Au début de l’année, indique Lise Ravary dans Le Journal de Montréal,

les responsables de Greenpeace ont avoué à un tribunal américain qu’ils ne pouvaient prouver leurs allégations contre Resolu. Leurs accusations, ont-ils admis, sont « des énoncés non vérifiables d’opinions subjectives » qui ne devaient pas être pris dans « leur sens littéral ». De la « rhétorique enflammée ». De « l’hyperbole ».

Résolu a d’ailleurs conçu un tableau qui prouve à quel point la communication grand public de Greenpeace fait débat (pour ne pas dire plus) :

Greenpeace

Laissons PFR commenter ces revirements :

Il s’est produit quelque chose de particulier quand Greenpeace et ses alliés ont été forcés de justifier leurs allégations devant le tribunal : ils ont commencé à changer leur discours.

Dans les derniers documents déposés devant la cour, ils reconnaissent maintenant que leur condamnation de nos pratiques forestières « ne devait pas être interprétée à la lettre et n’était pas fondée scientifiquement ». Leurs accusations contre Résolu relevaient plutôt de « l’hyperbole » ou de « la rhétorique enflammée » et elles étaient « des énoncés non vérifiables d’opinions subjectives » qui ne devaient pas être pris dans « leur sens littéral » ni les exposer à une responsabilité juridique. Enfin, des aveux sérieux après des années d’attaques irresponsables.

Résolu n’a causé « aucune perte de couvert forestier », déclarent-ils maintenant qu’ils doivent rendre des comptes.

Évidemment, leurs admissions tardives sont conformes aux observations d’à peu près tous les journalistes et commentateurs indépendants qui ont traité de ce dossier, qu’on pense au comité de rédaction du Wall Street Journal ou à Enquête, un magazine télévisuel semblable à 60 Minutes. Même Steve Forbes est intervenu, décrivant notre poursuite comme « un exemple parfait de la façon dont les entreprises accusées injustement doivent réagir ». Peter Reich, un des principaux écologistes forestiers au monde, a affirmé que Greenpeace faisait « complètement abstraction de la réalité scientifique ».

Entendre enfin la vérité de la bouche de Greenpeace justifie notre position, même si cette vérité se présente sous la forme d’une tentative désespérée de défendre ses actions, au lieu de simples excuses.

Étonnamment, malgré que Greenpeace a admis en cour que ses allégations contre Résolu étaient fausses, l’organisme continue à nous dénigrer en public comme en privé. Il y a juste quelques semaines, nous lui avons envoyé une mise en demeure l’enjoignant à arrêter d’envoyer à nos clients des lettres de menace qui nous accusent de « détruire les forêts du Québec et de  l’Ontario ».

(…) Jusqu’à ce jour, Greenpeace a agi en toute impunité et en a largement profité. Un membre de sa haute direction s’est même fait prendre à rire devant la caméra en participant à une populaire émission de télévision lorsqu’on lui a présenté des photos d’une forêt endommagée par un feu de forêt alors que le groupe avait déclaré, à tort, que la forêt avait été « détruite » par Résolu. Il s’agit d’un autre exemple moralement inacceptable de « rhétorique enflammée équivalant à de la monnaie sonnante et trébuchante » selon Greenpeace.

Dans cette affaire, les allégations de Greenpeace sont démontées sur de nombreux sites. Exemples ici, là ou encore là. Un peu comme si le fait que PFR ne cédait pas aux chantages de l’ONG avait brisé un tabou et libéré la parole.

L’action de PFR est donc historique et à forts enjeux en ce sens qu’elle pourrait bien, en cas de succès, mettre un terme  aux campagnes de pressions  orchestrées par des ONG face auxquelles jusqu’alors, tout le monde se soumettait, par peur des fameuses campagnes de dénigrement. Si PFR l’emporte et fait condamner Greenpeace devant les tribunaux, les ONG seront contraintes de limiter leur rôle à la dénonciation de faits réels, ce qui paraît frappé du coin du bon sens. La liberté d’expression incorpore-t-elle le mensonge et la diffamation ?

Quant aux 750 000 « citoyens du monde », on peut légitimement poser la question de leur instrumentalisation.

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Commentaires
  1. Visor
  2. yann
  3. Bunker D

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