Abeilles : nouvelle intoxication… médiatique !

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Le site web de la revue trimestrielle « We demain » vient de publier un article sur l’initiative nearBees, plate forme collaborative qui entend mettre en contact « les apiculteurs amateurs et les consommateurs » pour « lutter contre l’importation de miel contenant des OGM ou des pesticides et les émissions de carbone qu’elle génère. Des facteurs responsables, en partie, du déclin des abeilles. » D’entrée de jeu, ça se complique ! Le déclin des abeilles serait donc dû aux émissions de carbone liées à l’importation de miel. A moins que ce ne soit la présence d’OGM ou de pesticides dans le miel importé qui soit responsable de ce déclin des abeilles.

La journaliste Lara Charmeil nous apprend ensuite que « la production européenne de miel diminue d’année en année, alors même que sa consommation augmente. » Si la baisse de la production est bien réelle, l’augmentation de la consommation est en revanche plus qu’étonnante puisque le marché a justement la réputation d’être particulièrement stable. La suite de l’article est encore plus surréaliste : on apprend que 98% des pots de miel vendus en supermarché en Allemagne sont issus de l’importation ! Voilà qui a de quoi surprendre quand on sait que la consommation de miel en France est stable depuis plusieurs d’années (autour de 40.000 tonnes/an) dont les 2/3 sont issus de l’importation.

Heureusement que Viktoria Schmidt, à la tête de nearBees, nous livre son explication : « le marché de l’apiculture allemand est très petit par rapport à sa demande, et les apiculteurs allemands pratiquent cette activité par loisir principalement, faute de moyens pour lutter contre les multinationales du miel. » Et oui, vous qui pensiez que les abeilles étaient gentilles et qu’il fallait encourager les gentils apiculteurs, vous étiez loin d’imaginer un instant l’existence des « multinationales du miel » !

« Pour mener à bien leur projet, les quatre amis se sont entourés de quatre connaissances, avec lesquelles ils se sont lancés dans la phase test de leur projet, qu’ils ont auto-financée. De septembre 2014 à avril 2015, plus de 1 000 producteurs bavarois se sont joint à la plateforme, et plus de 1 000 lots de miel ont été vendus. (…) Chaque enveloppe peut accueillir jusqu’à 400 grammes de miel. » L’équipe de communication de nearBees a beau prendre le soin de choisir des chiffres forts, il nous semble important de préciser que cela représente au maximum 400 kg de miel, soit la production d’une vingtaine de ruches maximum. L’ampleur de l’initiative reste donc modeste.

Voyons maintenant quel est le business model : « pour financer cette plateforme collaborative, à laquelle l’inscription est gratuite, nearBees retient 15 % de commission sur chaque échange. À noter que le prix du miel est fixé par chaque apiculteur – comptez entre 7,80 euros et 12 euros pour 400 grammes. Un prix plus élevé qu’en grande surface, que la start-up justifie par sa qualité. » Si l’on prend une moyenne de 25 € le kg (aucun apiculteur français n’oserait afficher un tel tarif), le chiffre d’affaires atteint donc les 10.000 € et les joyeux étudiants empêchent 1500 €. « À la fin de l’année 2015, les huit amis espèrent ainsi avoir réussi à sensibiliser les 100 000 apiculteurs amateurs. Et au moins autant de « consomm’acteurs ». » En multipliant par 100 leur action, les dirigeants de nearBees distribueront la production de 2000 ruches (c’est la taille de certaines exploitations professionnelles en France), ce qui restera marginal dans l’économie apicole. Mais pour eux, les bénéfices se monteront à 150.000 € : voilà de quoi arrondir les fins de mois de cette bande de jeunes et de leur « Airbn’b du miel » comme ils l’ont surnommé. A défaut de résoudre la crise apicole et de sauver le service de la pollinisation, on peut constater que Nearbees sait soigner sa communication par une bonne maîtrise du sens de la formule.

 

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  1. Vincent