Perturbateurs endocriniens : le lobbying de Jean-Louis Roumegas et des ONG

Comme le relatait il y a quelques jours un article du Monde, le député écologiste Jean-Louis Roumegas a rendu public un rapport d’information consacré à la stratégie européenne sur les perturbateurs endocriniens (PE), adopté la veille par la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale. Il s’agit clairement d’une opération de lobbying visant à faire pression sur Bruxelles pour « publier sans délai une nouvelle communication stratégique d’ensemble sur les PE ». Mais il s’agit aussi de maintenir la pression sur le gouvernement français puisque la stratégie nationale sur les PE est en cours de discussion au niveau interministériel et doit être présentée en avril devant le Conseil national de la transition écologique.

Pour démontrer le sérieux de ce rapport, Jean-Louis Roumegas a indiqué avoir « auditionné 45 personnes, au cours d’une trentaine de séances de travail, à Paris et à Bruxelles ». Dommage qu’aucun journaliste n’ait relevé le fait que parmi les 45 personnes auditionnées par Jean-Louis Roumegas, 7 appartiennent de fait aux mêmes structures, elles-mêmes reliées entre elles : Générations Futures, le Réseau Environnement Santé (RES), PAN Europe, HEAL et l’Institut Notéo (voir Infographie). Dommage également que le Monde, habituellement très au fait des éventuels conflits d’intérêts, ait oublié d’indiquer que le rapport du député n’est ni plus ni moins qu’un copié-collé des revendications de ces associations, dont certaines comme le RES a bénéficié en 2013 de 40.000 euros d’aide en provenance de la réserve parlementaire de… Jean-Louis Roumegas et du groupe EELV du Sénat ! A cette modique somme, il faut ajouter les 20.000 euros de la réserve parlementaire du parti de Roumegas dont a bénéficié Générations Futures, membre du RES. On comprend mieux pourquoi le député salue la « rigueur scientifique – garantie par le recours à un laboratoire indépendant agréé » de deux enquêtes réalisées par GF en 2013 sur l’exposition aux PE, et qu’il en reprenne les données. Or ces deux enquêtes spécifient bien que « les résultats contenus dans ce dossier n’ont pas de valeur statistique significative au regard du faible nombre d’échantillons analysés. » Pour la rigueur scientifique, on peut mieux faire !

Enfin, le député s’appuie sur une synthèse évaluant la présence de PE dans les produits cosmétiques réalisée par l’Institut Noteo, présidé par Baptiste Marty. Jean-Louis Roumegas décrit cet institut comme un « organisation non gouvernementale créée en 2006, (qui) réunit des experts en nutrition, environnement, toxicologie et responsabilité sociale ». Or, une bonne partie de ces « experts » viennent de… GF et du RES. Ainsi, une fois que les produits sont notés de façon « experte » par GF et le RES, Baptiste Marty peut ensuite vendre, à travers sa société commerciale Notéo Solutions, ses services aux entreprises pour améliorer leur note. Tout cela donne plutôt l’impression d’un petit commerce entre amis, non ?

Sources
http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/02/27/a-bruxelles-le-dossier-des-perturbateurs-hormonaux-s-enlise_4374238_3224.html
http://www.actu-environnement.com/ae/news/rapport-information-roumegas-assemblee-definition-strategie-perturbateurs-endocriniens-france-europe-20899.php4
http://www.assemblee-nationale.fr/14/europe/rap-info/i1828.asp
http://www.assemblee-nationale.fr/14/europe/c-rendus/c0120.asp
http://alerte-environnement.fr/2013/09/16/noteo-institut-independant-ou-ecolobusiness/

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Commentaires
  1. Alzine
  2. Wackes Seppi
  3. roger
  4. Laurent Berthod
  5. roger
  6. elpulverisator