Inferno de Dan Brown, le malthusianisme et l’écologisme

Inferno, le dernier opus de Dan Brown, l’auteur qui a vendu plus de 200 millions de livres, est déjà un best-seller, en attendant son adaptation au cinéma. Le pitch est simple : un savant dénommé Bertrand Zobrist est affolé des conséquences de la surpopulation sur la planète et le genre humain, et élabore un projet baptisé « Inferno » qui consiste à disséminer un virus qui stérilisera un tiers de la population mondiale. Laissons l’intrigue de côté, pour nous intéresser au fait que Dan Brown reprend à son compte tous les postulats malthusiens. Graphiques à l’appui, il est affirmé : « Le trou dans la couche d’ozone, la raréfaction de l’eau, la pollution ne sont pas des maladies – ce sont des symptômes ! Le véritable mal, c’est la surpopulation. » Ou encore : « L’humanité, sans régulation, se comporte comme une maladie endémique, un cancer… nous devenons plus nombreux à chaque génération et bientôt ce qui autrefois nourrissait notre vertu et notre altruisme sera réduit à néant… Alors viendra le règne de la bête en nous… la lutte à mort pour nourrir notre progéniture. » En fait, tout ce que font l’auteur et les héros du livre, c’est de dénoncer la méthode utilisée par Zobrist et non pas l’idéologie malthusienne. Ainsi, un protagoniste explique : « Je désapprouve évidemment les méthodes de Bertrand Zobrist, mais il dit vrai quant à l’état du monde. Cette planète doit régler son problème de surpopulation. » Le héros du livre, le fameux Robert Langdon, qualifie même Zobrist de « visionnaire ». Finalement, l’acte de Zobrist est considéré comme « l’acte d’une âme désespérée » mais émanant d’une « intelligence supérieure ».
Alors, dans le livre, le personnage de Zobrist est un généticien darwinien adepte du transhumanisme. Mais la sortie de cet ouvrage est l’occasion pour nous de rappeler que nombre de grandes figures de l’écologisme ont émis des idées assez similaires à celles de Zobrist. Ci-dessous, petit florilège non exhaustif.

« Dans l’éventualité où je me réincarnerais, je voudrais revenir sous la forme d’un virus mortel afin de contribuer un tant soit peu à résoudre la surpopulation. »
Prince Philip, duc d’Édimbourg et président d’honneur du WWF

« Nous voulons éliminer les souffrances, les maladies ? L’idée est belle mais n’est peut-être pas tout à fait bénéfique sur le long terme. Il est à craindre que l’on ne compromette ainsi l’avenir de notre espèce. C’est terrible à dire. Il faut que la population mondiale se stabilise et, pour cela, il faudrait éliminer 350.000 hommes par jour. »
Commandant Cousteau

« Nous devons radicalement et intelligemment réduire la population humaine à moins d’un milliard d’individus. (…) Soigner le corps d’un cancer nécessite une thérapie invasive et radicale, et par conséquent, soigner la biosphère du virus humain devra aussi nécessiter une approche invasive et radicale. »
Paul Watson, Sea Shepherd Conservation Society

« Il serait possible, surtout quand les méthodes contraceptives et d’avortement précoce auront fait des progrès décisifs, de n’autoriser qu’une natalité compensant exactement la mortalité, donc d’atteindre vite la croissance zéro, si on employait des méthodes autoritaires – que le danger mondial permettrait de justifier. (…) L’abandon des petites filles dans les familles pauvres chinoises, ou l’avortement systématique au Japon, avant 1869 comme après 1945, peuvent être, à la lumière de nos récentes observations, considérés comme des mesures comportant une certaine sagesse. »
René Dumont

« Une étude a montré que si on devait faire disparaître la gonorhrhée d’Afrique [MST pouvant entraîner la stérilité chez les femmes], la population augmenterait de deux fois. Ainsi, j’ai parfois tendance à placer la gonocoque très haut dans mon estime »
Edouard Goldsmith, fondateur des revues The Ecologist et L’Ecologiste

« Une population mondiale de cinq cents millions d’hommes, moyennant quelques changements technologiques minimes et quelques changements radicaux dans le rythme d’utilisation et la répartition des ressources mondiales, on résoudrait sans doute la crise écologique. »
Paul Ehrlich, auteur de La Bombe P

« Au cours du XXe siècle, nous avons crû de manière exponentielle comme des bactéries dans une soupe. »
Gilles-Eric Séralini, Crii-Gen

«Sur Terre, les humains se comportent à certains égards comme des micro-organismes pathogènes, ou comme les cellules d’une tumeur ou d’un néoplasme. Nous avons accru notre population et ses effets nocifs sur Gaïa à un tel point que notre présence est devenue visiblement invalidante, comme une maladie. (…) Aucune des atteintes écologiques auxquelles nous sommes confrontés (…) ne constituerait un problème perceptible si la population humaine du globe était de 50 millions. Même avec un milliard d’humains, il serait probablement encore possible de limiter les pollutions. »
James Lovelock, auteur de l’hypothèse Gaïa

Sources
Dan Brown, Inferno, JC Lattès, 2013.

email
Commentaires
  1. Karg se
    • bob
      • Karg se
    • La Coupe Est Pleine
  2. Laurent Berthod
    • Daniel
  3. Vincent
  4. douar
  5. Anton Suwalki
  6. miniTAX
    • Zygomar
  7. JFP
    • adminalerte
  8. philippulus
  9. ClemFages