Pesticides : les sénateurs sombrent dans la caricature

« Il faut interdire les pesticides » (à lire ici) . Cette exclamation de Nicole Bonnefoy, rapporteure de la Mission sur les pesticides au Sénat, lors d’une audition le 27 mars dernier révèle le dogmatisme des sénateurs de cette mission. La sénatrice, par ailleurs membre de l’association Phyto victime et ses compères sénateurs s’enfoncent dans la caricature écologiste. Quand bien même, ces mêmes sénateurs expliquent qu’ils sont ”très attentifs à l’équilibre” des auditions et des visites et qu’ils ne veulent « stigmatiser personne » (visite en Lot-et-Garonne le 22 mai 2012). Il est bien difficile pour ces sénateurs de sortir de leur idéologie écologiste. Morceaux choisis lors des auditions au Sénat.

L’agriculture bio, il n’y a que ça de vrai.
A l’image du sénateur écologiste Joël Labbé qui introduit une subtile différence entre ‘pesticides’ (sous-entendu : les mauvais) et les ‘applications biologiques’ (les bons), les sénateurs estiment que l’agriculture biologique est le must du must. Oui, le bio utilise des pesticides. Mais cela, les élus le nient. Pour J. Labbé, il s’agit d’applications bio-lo-giques ! Le terme est plus pudique… Il est vrai que sur les questions d’agronomie, J. Labbé ne s’embarrasse pas de détail. N’avait-il pas affirmé lors d’une précédente audition que les mauvaises herbes, ça n’existe pas en matière de biodiversité (voir ici et ici).
Dans la surenchère démagogique, Gérard Miquel, sénateur PS du Lot, n’est pas mal non plus :
« Il est temps de prendre des mesures fortes dans ce domaine (des épandages aériens, NDLR). Notre agriculture sait produire en évitant ces traitements. Dans mon département, de nombreux viticulteurs se reconvertissent au bio et produisent du vin de qualité. Partout où c’est possible, il faut encourager ce type de culture. »

Eviter les traitements ? Ha bon. Le déni de réalité emboîte le pas à l’irresponsabilité lorsque ce même sénateur du Lot vante… les engrais organiques. En clair, le bon vieux fumier. Côté sécurité sanitaire, on repassera !

Sus aux coopératives.
Pour J. Labbé toujours, les paysans seraient aux mains d’un système : celui des coopératives qui les pousseraient à la consommation de pesticides… (audition du 10 avril). Heureusement, face à ce système, il existe… l’agriculture bio (encore !). Et de faire la morale à Jérémy Macklin, directeur adjoint du groupe coopératif In Vivo : « Malgré tout, vous êtes les intermédiaires de grandes firmes qui commercialisent les produits les plus dangereux. Dans une tout autre démarche, il existe des agriculteurs biologiques – nous en avons rencontrés la semaine dernière – qui tentent de mettre en oeuvre une démarche alternative et avancent avec des moyens limités ». Pour la connaissance des filières agricoles, J. Labbé repassera ! Heureusement que les sénateurs ne veulent stigmatiser personne !

Cause toujours, tu m’intéresses !
Depuis le 13 février, date des premières auditions, les sénateurs ont eu l’occasion d’auditionner un certain nombre de scientifiques pour les questionner sur l’impact des pesticides sur la santé. Il est frappant de noter que ces scientifiques cherchent à dire des choses justes, sans outrance. Ainsi, le professeur Pierre Jouannet, membre de l’Académie de médecine estime, au sujet des études scientifiques, que celles-ci « ne concluent pas à un danger très clair dus aux pesticides, mais ce danger est suffisant pour justifier la poursuite de recherches ». Sur l’effet cocktail des pesticides : « Je ne puis en revanche pas répondre sur l’existence de liens indiscutables entre maladies et pesticides ». Bref, un lecteur honnête des compte-rendus de ces auditions s’aperçoit de la complexité du sujet et de la nécessaire prudence à avoir. Tout le monde (des fabricants des pesticides aux écolos en passant par les agriculteurs) s’accorde à dire qu’il ne s’agit pas de produits anodins. C’est ce qui explique que « toute publication donne lieu à des réactions émotionnelles » selon ce même P. Jouannet.
Émotion? Allez zou, côté sénateur, on continue à y aller avec la grosse Berta, et ce, malgré toutes les auditions. Le 10 avril donc, J. Labbé affirme : « Il est maintenant prouvé que des produits herbicides peuvent être des perturbateurs endocriniens, avec un effet jusque sur l’embryon et un effet transgénérationnel étudié à ce jour sur les animaux ».
Et si vous ne l’aviez pas compris : « Nous sommes dans un monde d’apprentis sorciers. Les risques des pesticides pour la santé humaine et l’embryon, démontrés par des généticiens et d’autres experts, sont suffisants pour que l’on tire la sonnette d’alarme ». Sauf que les scientifiques auditionnés jusqu’à ce 10 avril n’ont pas été aussi catégoriques que le sénateur écologiste…

Il semble surtout que le sénateur militant ait déjà en tête les conclusions de la mission. Il le dit lui-même d’ailleurs : « Nous, politiques, avons un rôle à jouer. C’est la raison pour laquelle nous menons ces auditions et réfléchissons à la façon dont pourront évoluer les législations ».

Interdiction totale des épandages aériens, durcissement de la réglementation sur les pesticides (pourtant une des plus strictes au monde), répression avec amende pour un meilleur contrôle des appareils de pulvérisation comme cela a été proposée par Vincent Polvèche, directeur du groupement d’intérêt public « GIP Pulvés », la mission des sénateurs-militants donnera vraisemblablement des préconisations basées sur de nouvelles contraintes.

Au fait, et si les sénateurs écoutaient vraiment les représentants du monde agricole auditionnés ?
Que disent-ils ? Ils avancent des solutions éprouvées pour avancer dans le sens d’Ecophyto (comme sur les eaux de surface d’un bassin versant dans l’Aisne), ils proposent des pistes de solution pour encore progresser comme les outils d’aide à la décision, comme le progrès génétique, la formation dans les écoles d’agriculture… Bref, ils parlent de choses concrètes. Et si l’enjeu était surtout de faire confiance aux filières, aux acteurs engagés sur le terrain tout en contrôlant le travail et les données au lieu de chercher d’abord à durcir la réglementation ? Mais le réel et la confiance ne semblent pas la ligne directrice de cette mission politique. Pardon, pipée.

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