Dominique Dron, cheval de Troie des faucheurs au sein du gouvernement ?

Haut fonctionnaire française, Dominique Dron est depuis le 2 mai 2011 responsable du Commissariat général au développement durable et de la Délégation interministérielle au développement durable. Brillante universitaire, elle a gravi rapidement les échelons jusqu’à devenir en 2007 conseillère de Corinne Lepage, puis de juillet 2007 à septembre 2010 conseillère auprès de Jean-Louis Borloo pour l’environnement. En octobre 1010, peu avant le départ de celui-ci du MEEDAD, elle quitte son cabinet pour être nommée directrice générale déléguée de l’IFREMER (éviction ?).
Elle revient donc en grâce en mai dernier en étant nommée Déléguée Interministérielle au Développement Durable et Commissaire générale au développement durable. A ce titre, elle a la haute main sur tout le suivi du Grenelle de l’environnement, qu’elle avait déjà comme conseillère de Borloo.

En revenant sur l’ensemble de son parcours dans les cabinets ministériels, on est en droit de se poser quelques questions notamment sur ses rapports avec les faucheurs volontaires.
En septembre 2007, en plein Grenelle de l’Environnement, Dominique Dron  publie dans Le Courrier de l’Environnement une « compilation incomplète et subjective » d’éléments à charge contre les OGM. Le seul « expert » français mentionné dans ce texte est…Gilles-Éric Séralini, militant bien connu de la cause anti-OGM, dont les travaux sur le sujet avaient pourtant été auparavant invalidés par la communauté scientifique.
En novembre 2008, Elle n’hésite pas à participer à un colloque organisé par la LDH (grands amis  des faucheurs) sur le thème « Les droits de l’Homme, condition d’un développement durable » (voir ici)
Mais c’est un épisode datant de septembre 2009 qui nous met la puce à oreille : deux semaines après une action des faucheurs à Montech (82), devant le centre de recherches du semencier Pioneer, Dominique Dron reçoit les faucheurs au ministère de l’écologie. Voici un extrait du compte-rendu de la réunion que ces mêmes faucheurs ont fait (voir ici). On est étonnée de ne voir aucune condamnation de leurs actions de la part de la conseillère quand le sujet des fauchages est abordé. Et sur les aspects scientifiques, elle semble se laisser berner par leur argumentation, plutôt bancale selon Gil Rivière-Wekstein (voir ici) :
Deux semaines après cette agitation médiatique, une délégation composée notamment de Guy Kastler, Jean-Baptiste Libouban et Michel Metz est reçue pendant deux heures par Dominique Dron, « au 18e étage de la paroi nord de l’Arche de la Défense ». Occasion pour les militants d’apporter à la conseillère de Jean- Louis Borloo un argumentaire amalgamant mutagenèse et transgenèse (effets non intentionnels, contamination, développement de résistances…), mais surtout d’avancer toute une argumentation contre l’usage des herbicides en général. Une thématique à laquelle Dominique Dron est visiblement très sensible. À en croire Guy Kastler, la véritable agronomie consisterait à exclure tout usage de produits phytosanitaires au profit des rotations de cultures, du désherbage mécanique et des variétés anciennes. « Un peu de terre, un peu d’eau et les mains des paysans suffisent », affirme-t-il, en guerre contre toute innovation. On peut comprendre un tel discours de la part d’un adepte du retour à la terre. Mais que ces propos soient applaudis dans les couloirs du ministère de l’Écologie est plus surprenant. »
Quelle rôle va-t-elle jouer à l’avenir ? Avec le départ de NKM du ministère, il est vraisemblable qu’elle ait encore plus la mainmise sur tous les sujets sensibles…On sait en tout cas qu’elle a une oreille attentive, voire complaisante aux discours des faucheurs.

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Catégorie : Décodage politique
  • Daniel a dit :

    Quel est son parcours universitaire?
    Ecologie, Agronomie, Biotechnologie…

    Non, bien sur que non….
    Voici ce que l’on trouve sur wikipédia (je sais ce n’est pas une référence… Mai bon pas le temps d’aller chercher plus loin ce matin…):
    - Lauréate du Concours général de philosophie (1976)
    - Reçue première à l’École normale supérieure de jeunes filles
    - Titulaire d’une licence de biologie des organismes et des populations, d’une maîtrise d’océanographie (1984), d’un DEA de pétrographie (1984), agrégée de sciences naturelles (1985)
    - Ingénieure du corps des mines (diplômée en 1988), elle a atteint dans ce corps le grade d’ingénieure en chef (1995) puis d’Ingénieure générale
    - De 2004 à 2010 : Professeure à Mines ParisTech, où elle fonde la chaire « Nouvelles stratégies énergétiques ».

    Donc ses compétence en écologie s’arrête à la maîtrise d’océanographie, ce qui est très peu… juste la fin de la « période d’ensilage » des connaissance. Le reste c’est de la géologie et une simple agrégation. EN gros rien en matière de sciences et de recherches.
    Ensuite elle devient Professeure à Mines ParisTech. Que les lecteurs soient bien conscient qu’elle ne dirige pas de labo (en théorie) car elle n’est pas titulaire d’un doctorat. Mais simplement d’une agrégation… Ce que dans les fac l’on nomme vulgairement un « Prag » (professeur agrégé); pour faire la différence avec un Professeur (Docteur en science, titulaire d’une HDR ou d’un doctorat d’Etat, directeur de laboratoire).

    C’est comme comparer un infirmier avec le chef d’un service hospitalier !!!
    On joue pas du tout dans la même cour.

    Bref voila une fois de plus une personne à la limite de incompétence à la tête d’un service qui peut faire ou défaire les programmes de politiques environnementales…

      

    • Wackes Seppi a dit :

      Je ne suis pas d’accord. Cette dame est une tronche. Mais être une tronche n’empêche pas d’être c…

        

    • bob a dit :

      La comparaison infirmier/docteur est un peu poussée, comme le dit Wackes Seppi c’est une tronche, même sans doctorat. Mais c’est vrai que son parcours est assez éparpillé. Sa chaire aux Mines sur les nouvelles stratégies énergétiques ne doit pas être pour rien dans sa mission actuelle de haute fonctionnaire. Enfin d’après wikipédia elle passe son temps à naviguer de commission en mission ministérielle sans jamais passer par des boulot de «terrain», dommage.

        

      • daniel a dit :

        Pour être infirmier c’est un Bac +3 / +4 ; Pour être agrégé aussi Bac +3 / +4.
        Pour être Docteur en Médecine ou en science c’est à Bac +8, spécialisation ou post-doc à Bac +9 ou +10.

        Donc non la comparaison n’est pas osez.

        Cette personne n’est pas « une tronche ». Cette réflexion vient du fait que nombre de gens pensent, très largement à tord, que les Pr. Agrégés sont de « supers Savants ». Alors qu’en fait au mieux ils ont des connaissances généralistes sur un sujet, au pire, ils ont en cheville avec les syndicats qui mènent les jurys du concours.

          

        • Karg se a dit :

          De la biologie des pops sans formation en génétique des plantes et animaux domestiques, parfait pour se faire des idées débiles sur la propagation des OGM…

            

        • bob a dit :

          Au fond je suis d’accord avec vous, ce n’est pas un diplôme de recherche c’est évident, mais agrégé à bac+3 c’est rare. De plus cela voudrait dire que les enseignants en classe prépas sont au même niveau que les infirmières.

            

  • alzine a dit :

    A une question sur le nucléaire la réponse était plutôt bonne:
    Retrouvé dans la presse sur un sujet sensible
    « Quel est votre sentiment sur le nucléaire ?

    Cette question ne doit pas être abordée de manière théorique ni séparée de l’ensemble des énergies disponibles. Elle combine aussi du social, de l’économie industrielle et générale et de l’environnement. De nombreux travaux sont en cours aux niveaux international, européen et national. »

    Attendons la même question sur l’agriculture et les biocarburants pour porter un jugement plus avant!

    Certains blogueurs du site ont peut être la réponse?
    Dans les intervenants du colloque en question de la LDH, il y avait aussi des pro sciences et technologies. Au moins un.

    De toute façon les hauts fonctionnaires ne choisissent pas la ligne politique à la place du gouvernement qui résulte du choix des élus. Ils influent sur la marge.

    La problématique de la dette publique et ses conséquences terribles sur le pouvoir d’achat aura plus d’impact dans les prochaines années que les sujets écologiques, d’où la prudence de l’un des candidats à la présidentielle , le silence pour un second et la négation y compris des engagements et réalisations de début de mandat pour le troisième,

    Enfin un pronostic en forme d’iceberg pour les deux candidates écolos, c’est titanique ; le syndrome du titanic pour les idées boboécolos et le pire est devant nous sur le plan économique !

    Il fera bientôt aussi bon être bobo écolo que communiste après la chute du mur de Berlin et comme modèle de référence, la grande démocratie populaire de Kim jong II. Ce n’est pas une critique des communistes plus honnêtes et sincères dans leur majorité mais trompés que nos boboécolos.

    Attendons que la Grèce fasse défaut pour juger ce qui importera dans l’opinion publique, actuellement encore anesthésiée par une presse de caniveaux.

      

    • Ounichibou a dit :

      Pardon ?
      « Quel est votre sentiment sur le nucléaire ?

      Cette question ne doit pas être abordée de manière théorique ni séparée de l’ensemble des énergies disponibles. Elle combine aussi du social, de l’économie industrielle et générale et de l’environnement. De nombreux travaux sont en cours aux niveaux international, européen et national. »

      c’est plutôt le signe qu’elle est mûre pour faire de la politique. C’est une réponse passe-partout, un barnum de la politique :

      ««« Attendons la même question sur l’agriculture et les biocarburants pour porter un jugement plus avant!»»»
      => la réponse :
      « Cette question ne doit pas être abordée de manière théorique ni séparée de l’ensemble des énergies disponibles. Elle combine aussi du social, de l’économie industrielle et générale et de l’environnement. De nombreux travaux sont en cours aux niveaux international, européen et national. »

      «««De toute façon les hauts fonctionnaires ne choisissent pas la ligne politique à la place du gouvernement qui résulte du choix des élus. Ils influent sur la marge.»»»

      => sur ce type du sujet où nos fameux élus ou politiques n’ont aucune compétence particulière, il seront tentés de se faire conseiller un peu trop imprudemment par ce genre de haut fonctionnaire, par la magie de l’argument d’autorité et de la proximité.

        

      • Karg a dit :

        Ça réponse sur le nucléaire est effectivement du blabla politicien. Soit elle ne veut pas donner son opinion sans une argumentation, forcément longue et hors de portée du journaliste moyen, soit elle n’en a pas, ce qui grave de la part d’une experte dans le domaine de l’énergie.

          

        • Laurent Berthod a dit :

          Experte, vous avez dit experte ?

          NB Ceci dit, je n’accorde aucune confiance au compte-rendu de l’entrevue rédigé et mis en ligne par des gens aussi partiaux que la maffia des faucheurs.

            

    • daniel a dit :

      « De toute façon les hauts fonctionnaires ne choisissent pas la ligne politique à la place du gouvernement qui résulte du choix des élus. Ils influent sur la marge. »

      Je crois plutôt le contraire. Les politiques mettent en place les idées des hauts Fonctionnaires car souvent ils ne savent rien.
      Et pire, les Hauts Fonctionnaires déforment les propos et rédigent les décrets selon leurs propres positions de manière à détourner totalement le choix des politiques.

      Croyez vous vraiment que quelqu’un qui passe d’un ministère à l’autre au gré des changements politiques puissent être en pointe sur tous les sujets???
      Moi non, je pense donc qu’ils se reposent fortement sur les Hauts fonctionnaires!

        

    • daniel a dit :

      « Attendons que la Grèce fasse défaut pour juger ce qui importera dans l’opinion publique, »

      Pas besoin d’attendre le défaut de la Grèce, nous avons l’exemple de l’Argentine.
      Après son défaut elle a misé à fond sur l’agriculture intensive et la production d’OGM pour s’en sortir.
      Dimanche dernier il y avait un reportage sur Arte, et le président du syndicat de producteurs / exportateurs agricoles à eu ses mots qui m’ont bien fait sourire:
      « 95 % du soja dans le monde est OGM, et tant que l’Europe sera contre la culture de ce produit, nous serons tranquilles pour notre économie car nous continuerons à exporter notre production vers l’Europe »

        

  • Laurent Berthod a dit :

    Brillante universitaire

    Ah ! Ah ! Ah !

    Université à la française, auriez-vous dû préciser ! L’université à la française, une université passoire.

    Quand je constate que les grandes écoles tombent dans les travers de l’université, je me dis que notre pauvre pays est vraiment mal barré.

      

    • daniel a dit :

      Je ne suis pas d’accord avec vous M; Berthod.

      Je suis Docteur en Sciences de l’environnement, Docteur Universitaire, et j’en suis très fier.
      J’ai un Post-Doctorat réalisé au Canada.

      Et je peux dire clairement que la majorité des jeunes chercheurs de mon époque (début des années 2000) et des années avant étaient bien mieux formés que les meilleurs des étudiants des « Grandes Ecoles ».

      La France est le seul pays au Monde à avoir trois systèmes éducatifs afin de bien séparer les étudiants et répéter le schéma élitiste:
      - Les grandes écoles pour les rejetons de la haute société. Qu’ils soient bon ou non, ils auront leurs diplômes et une bonne place dans la société française
      - Les écoles d’ingénieurs pour les rejetons des cadres sup.
      - les fac pour tous les autres.

      Le système a été vider de son sens dans les années 80, et les objectifs de destruction des Universités (mais aussi des centres de recherches comme le CNRS ou le CEMAGREF) atteint dans les années 2000.
      La réforme sur l’autonomie des universités a pour but de démonter la main mise syndicalo-gauchiste et de redonner de l’éclat et de la puissance intellectuelle aux universités.

      Mais cela les « Grandes Ecoles » ne veulent pas en entendre parler. Elles voient bien tous ce qu’elles ont à perdre d’une Université évoluant sur le modèle Anglo-saxon!!!

        

      • Laurent Berthod a dit :

        Vous devriez relire le résumé de l(histoire de l’Université française faite un jour par Claude Allègre dans un article du Point.

          

        • daniel a dit :

          Un lien ou un PDF? SVP

            

          • Laurent Berthod a dit :

            C’était pas Le Point mais Le Monde. L’article est de 2007. On ne peut apparemment pas y accéder, même en payant.

            Le voici donc.

            Vous y trouverez l’origine historique des grandes écoles en France : le refus de l’université française (sciences et humanités, pas droit ni médecine) de professionnaliser leur enseignement.
            _______________________________________

            Attention, l’autonomie peut conduire à la sclérose ! par Claude Allègre

            Les universités ont été fondées aux XIIe et XIIIe siècles par des clercs pour commenter la Bible. Elles sont rapidement devenues les lieux de production de savoirs et de transmission de ce savoir. Depuis le Moyen Age, enseignement et recherche sont les deux volets indissociables de l’activité universitaire. Et dans toute l’Europe, les princes n’ont pas tardé à comprendre que les universités créant du savoir créaient aussi de la richesse et du capital humain.
            Telle est la source du conflit originel entre l’Université, qui veut réfléchir sans autre objectif que le savoir, et les pouvoirs politiques qui veulent orienter et encadrer son activité dans l’intérêt de la cité. Vieux de six siècles, ce débat n’a rien perdu de son actualité. C’est dans ce cadre historique qu’il faut réfléchir à l’autonomie universitaire. Au nom de la liberté de l’esprit, les universités françaises ont réclamé et obtenu, dès le début, une autonomie et des franchises particulières – pédagogiques, fiscales et de police – en jouant habilement de la rivalité entre le pape et le roi pour les protéger. Pourtant, si on analyse les conséquences de cette autonomie intellectuelle, on est obligé de constater qu’elles ont été proprement désastreuses pour notre pays.
            Arc-boutée sur son autonomie pédagogique, enfermée dans un corporatisme étriqué, cloisonnée en facultés isolées, opaque à toute multidisciplinarité, l’Université française a refusé d’enseigner tous les nouveaux savoirs : l’architecture, la physique, les sciences naturelles, l’art de l’ingénieur et même le grec et l’hébreu… Pour contourner l’obstacle, le pouvoir politique n’a cessé de créer des institutions à l’extérieur de l’Université : Collège de France, Muséum d’histoire naturelle, Académie des sciences, grandes écoles, Sciences Po, École nationale d’administration, CNRS, la liste est longue et non exhaustive, depuis 1518 jusqu’à 1945 !
            Consciente du caractère réactionnaire de la majorité des universités, la Révolution française les supprime. Elle crée les grandes écoles qui dépendent de l’État, et sont destinées à former les cadres dont le pays a besoin. L’Université avait mis le professeur au cœur du système et la théorie au centre de sa réflexion. Les grandes écoles y placent l’élève et les savoirs concrets. Sans toucher aux grandes écoles, Napoléon va pourtant ressusciter les universités ou plutôt les facultés, mais en leur enlevant toute autonomie. C’est l’État, désormais, qui décide de tout : les programmes d’enseignement, la nomination des professeurs, les règles de fonctionnement.
            Malgré des assouplissements, nous sommes, depuis, restés dans ce système régenté, en définitive, par le ministère. Avec une justification majeure : l’égalité, qui deviendra bientôt « républicaine ». Seul l’État peut garantir des universités gratuites pour tous ceux qui en sont capables ! Seul l’État peut s’assurer que toutes les universités donnent le même enseignement et des diplômes y ont la même valeur ! Erreur fatale de raisonnement.
            En 1870, après la défaite de Sedan, de grandes voix déplorent les carences des universités où l’on enseigne un savoir « rassis » et « obsolète ». Elles s’appellent Pasteur, Berthelot, Taine, Fustel de Coulanges. Elles réclament une réforme radicale et la fusion universités-grandes écoles. Mais le principe de l’Université étatique et des facultés n’est pas remis en cause.
            Ces facultés gérées par l’État vont se montrer aussi conservatrices que leurs devancières autonomes. Pour ne parler que de l’après-guerre, elles vont refuser d’enseigner la mécanique quantique qui pénétrera en France grâce au Commissariat à l’énergie atomique et l’École d’été des Houches, mais aussi la biologie moléculaire dont le vecteur sera l’Institut Pasteur, ou encore la tectonique des plaques qui sera enseignée via l’Institut de physique du Globe de Paris, sans parler des sciences humaines (d’où la création de l’École des hautes études en sciences sociales par Fernand Braudel).
            Cette Université étatique ne sera pas plus ouverte en ce qui concerne la préparation à des métiers. Elle refuse tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à l’utile, qu’il soit technique, commercial ou administratif. C’est au forceps que Christian Fouchet créera les instituts universitaires de technologie (IUT), au forceps encore que Lionel Jospin et moi-même créerons les instituts universitaires professionnalisés (IUP), puis la licence professionnelle. A chaque fois, les tenants de l’Université « inutile » organiseront la résistance passive contre toute introduction des disciplines professionnelles. Et l’État sera obligé d’imposer ces nouveaux cursus.
            Les universitaires d’après-guerre les plus progressistes, qui connaissent la situation outre-Atlantique, attribuent ces blocages à la centralisation. L’idée d’autonomie redevient donc, vers les années 1960, la revendication première, comme en témoigne le fameux colloque de Caen organisé sous le patronage de Pierre Mendès France. Mais il faudra attendre Mai-68 et la loi Edgar Faure supprimant les facultés et créant pour la première fois de véritables universités pour voir l’autonomie universitaire – de recrutement et de pédagogie – inscrite dans la loi.
            Brève « respiration » et autonomie toute relative, cependant, car le ministère finalement décide seul ! L’administration centrale de l’éducation nationale (mon « mammouth ») et le ministère des finances se mirent, en effet, à grignoter avec application toutes les parcelles d’autonomie qu’Edgard Faure avait données.
            Cette réaction fut définitivement scellée par la loi Savary, le pire des textes censés régenter l’enseignement supérieur, puisqu’il a instauré la centralisation à outrance et la démagogie participative au niveau universitaire. La politique contractuelle développée à partir de 1988 a certes constitué un grand progrès. Mais l’administration centrale s’est empressée, là encore, de la rogner par petits bouts. Ni le corporatisme universitaire ni l’étatisme bureaucratique n’ont permis à notre enseignement supérieur de se maintenir au niveau où il aurait dû être.
            Le gouvernement a décidé de préparer une loi sur l’autonomie universitaire. A la lumière des enseignements du passé, certaines conditions doivent être réunies si l’on veut que ce projet soit fécond. Primo, il ne faut copier aucun exemple étranger. On peut s’inspirer de telle ou telle disposition, mais il faudra inventer, innover, adapter, tant l’histoire pèse sur l’Université française. Secundo, il ne faut pas laisser les universitaires gérer seuls l’Université ; on reviendrait au Moyen Age avec les mêmes conservatismes vis-à-vis des disciplines et de la professionnalisation. Il faut, au contraire, que l’Université autonome ait à sa tête un conseil d’orientation composé d’élus politiques et de personnalités du monde économique et seulement d’un ou deux universitaires.
            Tertio, il faut trouver un mode d’intervention de l’État qui soit léger, mais efficace. Cela passe peut-être par la méthode des chanceliers et par la suppression de l’administration centrale. Enfin il faut éviter l’autorecrutement des professeurs qui est aujourd’hui désastreux. Et mettre fin aux usines à chômeurs de certains secteurs notamment dans les sciences humaines. Voilà les questions clefs. Avec, en toile de fond, une exigence : faire comprendre que l’égalité, c’est la diversité, et que l’uniformité est le plus inégalitaire et inefficace des systèmes.
            ________________________________________
            Claude Allègre est ancien ministre.
            Article paru dans l’édition du 14.06.07. Le Monde

              

            29 février 2012 à 13:50
          • Karg se a dit :

            Allègre a raison sur le fait que l’Université française est très conservatrice et refuse toute professionnalisation, mais il se trompe sur l’origine du problème. La gouvernance par l’état, qui pourrait permettre de les réorienter de force, n’est pas en cause, c’est mais la culture même des universitaires et d’une bonne partie des étudiants. Les mandarins rejettent le profit, les relations avec les entreprises, ils voient l’Université comme un système auto-suffisant dédié uniquement à la production d’enseignants ou de chercheurs. La massification des études supérieurs, nécessaire face à la progression des besoins des employeurs, est totalement incompatible avec cette vision traditionnelle de l’Université.

              

            29 février 2012 à 14:14
          • Laurent Berthod a dit :

            Je ne crois pas qu’Allègre exonère le corporatisme universitaire de ses responsabilités. Relisez bien le texte. Il lui fait partager les torts, à une certaine époque, avec le centralisme bureaucratique, à tort selon vous. Je n’ai pas assez d’éléments à ma connaissance pour trancher entre votre avis et celui d’Allègre sur ce point précis.

              

            29 février 2012 à 17:51
          • Karg se a dit :

            Mon avis provient surtout de discussion avec des étudiants syndicalisés. Ils défendent une vision auto-centré de l’Université. Après faut dire qu’avec la politique des Pôles d’Excellence c’était difficile de pas paniquer devant ce bordel. On sait très bien qu’il faudra à terme avoir des universités qui s’arrêtent au M1 ou des licence pro et des universités qui vont jusqu’au doctorat. Elles n’ont pas toute la structure pour amener les étudiants jusqu’au bout dans de bonne condition.

              

            2 mars 2012 à 9:24
        • Karg se a dit :

          Sortant d’une grande école, je suis assez d’accord avec Daniel, ce système pseudo élitiste favorise un certain profil, le bourrin de prépa, et au final tout cela n’est pas forcément plus sélectif qu’un troisième cycle universitaire (à peine 5% des inscrits en premières années atteignent le M2 dans certaines filières). Néanmoins les troisièmes cycles sont de plus en plus fréquent dans les grandes écoles, mais tout les candidats ne sont pas acceptés, aussi « prestigieuse » soit leur origine.

            

          • daniel a dit :

            Les troisièmes cycles des « Grandes Ecoles » sont obligatoirement en relation avec un laboratoire de recherche (Universitaire, CNRS autres).
            Et donc le sélection ici ce fait encore sur les compétences (pour combien de temps encore???).
            Espérons que cela continue, et nous aurons encore des Charpak, Villani, DeGenes, Fert, Lafforgue…
            Des gens du peuple qui arrivent à de très haute fonction dans la recherche.
            Ces gens là devraient avoir des postes à responsabilités dans la gouvernance de notre pays !!!

            Mais hélas, combien d’autres sont massacrés ou ignorés avant d’avoir pu montrer leur potentiel???

              

            29 février 2012 à 11:19
      • bob a dit :

        Tout à fait d’accord avec Daniel. Les diplômes d’ingénieurs sont aussi un plus pour l’embauche contrairement à une simple maitrise. Et puis il est difficile de rentrer dans ces écoles sans passer par la voix royale de la prépa. Daniel a vraiment raison, le modèle anglo saxo avec une université unique (pour les ingénieurs et les autres) est plus juste et je suis prêt à parier qu’il est aussi plus économe en locaux / prof / équipements.

          

  • Laurent Berthod a dit :

    Je n’ai pas dit qu’il n’y avait pas d’universitaires de valeur. Encore heureux qu’il y en ait. J’ai dit que l’Université était une passoire, autrement dit qu’elle promouvait des gens qui ne le méritent pas. Je ne citerai qu’un exemple Gilles-Eric Séralini. Vous n’aurez pas à chercher loin pour en trouver d’autres. Et dans le passé il y en eut aussi. Les opposants indécrottables au pasteurisme, au wegenerisme, au darwinisme, etc… D’ailleurs la biologie universitaire française n’a cessé d’avoir des faiblesses envers le lamarckisme. Bon, je ne voulais pas non plus comparer les avantages et inconvénients de l’Université et des Grandes écoles. Je disais seulement que le corps enseignant des grandes écoles est gagné par les trous de la passoire (Dufumier et d’autres).

      

    • Karg se a dit :

      Je suis persuadé qu’on trouve des anti OGM crétin du même genre issu des grandes écoles d’agronomie. Séralini c’est avant tout de la mauvaise foi, il est loin d’être idiot.

        

      • Laurent Berthod a dit :

        Est-ce que j’ai dit le contraire ?

        En outre je pense que le cas des écoles d’agronomie est plus avancé (au sens où le poisson est avancé) que celui des autres écoles d’ingénieur.

        Séralini n’est peut-être pas idiot et qu’il est avant tout de mauvaise foi. Mais le sacro-saint principe de la vérité devrait interdire à l’Université de nommer et de garder en son sein des gens de mauvaise foi scientifique (je ne parle pas de la mauvaise fois utilisée pour avancer dans sa carrière, gagner de l’argent ou séduire les femmes, sur ces plans, chacun, même un universitaire est libre de mener sa vie comme il l’entend).

          

        • Zygomar a dit :

          @ Laurent Berthod

          (je ne parle pas de la mauvaise fois utilisée pour avancer dans sa carrière, gagner de l’argent ou séduire les femmes, sur ces plans, chacun, même un universitaire est libre de mener sa vie comme il l’entend

          ===> A condition que cela ne se fasse pas audétriment de la réputation de ladite université, de son labo et de ses collaborateurs… C’est pourtant bien le cas de séralini!!

            

          • Laurent Berthod a dit :

            C’est bien ce que je dis. La mauvaise foi de Séralini étant d’ordre scientifique, elle porte nécessairement tort à son université.

              

            29 février 2012 à 23:38
  • Zygomar a dit :

    @ Laurent Berthod

    ===> Oui, mais quand même séralini s’est acheté (370 $) un diplôme de « Scientist of the Year »…..(ou bien c’est CRIIGEN qui le lui a payé??). C’est par rien çà monsieur!! Toute la communauté scientifique et « regulatory » du monde entier va maintenant se foutre de sa gueule ouvertement quand il va se pointer pour pérorer dans les colloques et autres pince-fesses CRIIGENiques!

      

    • Laurent Berthod a dit :

      Oui, c’est vrai, j’avais oublié cet aspect des choses, qui vient s’ajouter aux « résultats de recherches » qui n’en sont pas.

        

  • pascal a dit :

    Ses articles sont les plus lus sur SpringerOpen…..
    Dixit CRIIGEN > à vérifier !

      

    • Wackes Seppi a dit :

      Cela doit être vrai : http://www.springeropen.com/mostviewed

      Reste à expliquer pourquoi. À l’évidence, son article bénéficie d’une « clientèle » très diverse : scientifiques, régulateurs, anti-OGM, anti-anti-OGM…

      Avoir trois fois plus de visites que « Hemodynamic parameters to guide fluid therapy » ? Dans ces conditions ce n’est probablement pas une performance.

        

      • bob a dit :

        Clientèle qui sait profiter du buzz et des réseau sociaux ce qui lui assure de figurer dans les 1er résultats de Google. C’est un cercle vicieux.

          

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